A DES COMPARAISONS E^•TRE LUI ET -M. DE LA\'AL
Mais les progrès mêmes de la colonie de Villemarie, dont M. de Queylus était alors l'un des principaux sou- ~ queylus donne lieu tiens, & la popularité qu'il s'était acquise à Québec, pouvaient faire craindre que sa présence dans le pays, en lui conciliant les esprits & les cœurs, n'affaiblît l'autorité morale du Vicaire apoftolique. M. de Queylus était riche & généreux; il avait fait venir de France vingt-trois hommes à ses propres frais, par le dernier embarquement, & soutenait, à Montréal, un certain nombre de familles. Quand il exerçait le grand vicariat & les fonctions paftorales à Québec, il donnait largement aux pauvres, tandis que M. de Laval, qui, avant de partir pour le Canada, avait renoncé, dit-on, à son patrimoine (2), n'était pas en (2) Mémmres sur moyen de les aider beaucoup, alors qu'il n'était pas encore Latou^Tn-î^^f-e'!! pourvu de l'abbaye de Maubec (3), & n'avait pour subsifter Pag. 1 1. que la pension de mille francs que lui faisait la Reine. '.■'■ Archevêché de « C'efi: bien l'homme du monde le plus auflère &; le plus "^ ^''' ^'^°' ' " ' " « détaché des biens d'ici-bas, écrivait encore la même (I Religieuse ; il donne tout & vit en pauvre, & l'on peut
« dire, avec vérité, qu'il a l'esprit de pauvreté. Il pratique <i cette pauvreté en sa maison, en son vivre, en ses meu- « blés, en ses domeftiques; car il n'a qu'un jardinier, « qu'il prête aux pauvres gens quand ils en ont besoin, & « un homme de chambre. Il ne veut qu'une maison d'em- « prunt, disant que, quand il ne faudrait que cinq sous « pour lui en faire une, il ne voudrait pas les donner. Ce « ne sera pas lui qui se fera des amis pour s'avancer & (1 pour accroître son revenu; il eft mort à tout cela. Peut- (I être, sans faire tort à sa conduite, que, s'il ne l'était pas (1 tant, tout en irait mieux ; car on ne peut rien faire ici (ij Lettres spiri- « saus le secours du temporel (i); & mon sentiment par- HncïnaîionTie'tLgos " ticulicr cil que , si uous souffrous en nos personnes, p. 2o3, 204. « ce sera plutôt par la pauvreté que par le glaive des Iro-
(2) Lettres hiftori- « quois (2). )) Il était difficile que cette vie pauvre & ques, lett. 57», p. 44- aulîère de M. de Laval ne donnât lieu à des comparaisons entre lui 8c M. de Queylus, & ne fît regretter à plusieurs l'absence de ce dernier. Quelques-uns en vinrent même jusqu'à blâmer les aftes les plus légitimes du"Vicaire apoffolique qui concernaient le temporel ; entre autres un règlement par lequel il avait imposé certaines taxes, pour retrancher l'usage abusif d'inhumer les défunts dans l'église paroissiale, qui, étant peu spacieuse & toute bâtie sur le roc, en devenait malsaine à cause des exhalaisons (*). Ce règlement, quoique très-sage, fut cependant mal inter-
(*) Pour détourner les paroissiens de cette coutume, il avait ordonné qu'on payerait cent vingt livres à la Fabrique, &que les parents du défunt feraient creuser, à leurs propres frais, une fosse d'une certaine profondeur. Mais comme plusieurs, par oflentation, demandaient, pour leurs défunts, des services honorables, un grand luminaire, des messes hautes, & ne payaient rien ensuite, pas même les droits du fossoyeur, ni ceux du sonneur, ce qui engageait laFabrique dans des dépenses considérables, M. de Laval avait défendu aux marguilliers de rien accorder de ce qui serait demandé pour les défunts qu'on ne l'eût payé d'avance, en exceptant pourtant de cette (3) Archevûchc de défense les pauvres, pourlesquels la Fabrique devait faire des services Québec, rég. A, p. 23. & fournir le luminaire gratuitement (■').
I" RETOUR DE M. DE QUEYLUS EN FRANCE. l65g. S^-S
prêté par quelques-uns; 8c Jean Péronne du Alesnil, envoyé en Canada comme contrôleur général, intendant & juge souverain, accueillit trop légèrement leurs plaintes, mal fondées sur ce point, & même injuftes. Dans son Mémoire, adressé à Colbert, il rapporte que les droits prétendus excessifs, imposés par Tévêque de Pétrée, pour pouvoir être enterré dans Téglise, avaient fait résoudre plusieurs habitants à se faire inhumer dans leurs jardins, & il ajoute : « Le sieur abbé de Queylus, grand vicaire de (( Tarchevèque de Rouen avant l'arrivée de l'Évêque de « Pétrée, n'en usait pas ainsi; car, au lieu de prendre, il (i) Archives de la « donnait aux pauvres; c'eft pourquoi il eft regretté de "^-Tipe, canon Ca>ia-
, , , . , , da, iG'jo. Mémoire de
« tous les habitants (l). » PéronneduMesnil.