‹ Histoire de la colonie française in CanadaChapitre 255 sur 428 · LETTRE DE CACHET POUR FAIRE REPASSER M. DE QUEYLLS EN FRANCE · texte numérisé non relu

LETTRE DE CACHET POUR FAIRE REPASSER M. DE QUEYLLS EN FRANCE

Pour faire cesser ces comparaissons odieuses, qui pouvaient diminuer la confiance à Tégard de 1 evêque de Pétrée, on jugea donc que le moyen, seul efficace, serait d'éloigner du Canada M. de Queylus, qui y donnait lieu par sa présence; & longtemps avant l'arrivée du navire le Saint-André à Québec, on avait déjà écrit à la Cour pour obtenir une lettre de cachet qui l'obligeât de quitter le pays. Ainsi, sans dire avec le P. le Clercq, pour expliquer le départ de M. de Queylus, qu'il ne put soutenir plus longtemps les mauvais offices qu'on lui rendait de tous côtés, en France & en Canada (2); ni avec (2) Premier étabiis-

,, , ,, V 1 ^ n • • ^ 1 sèment de la Foi, t.

d autres, qu on 1 accusa a la. Cour d avoir enivre des n „. ,q. hommes de la côte de Beaupré, crime qui aurait consifté à donner une étrenne au maçon qu'il conduisit avec lui pour marquer la place où fut bâtie la chapelle de Sainte- Anne (3); sans dire non plus, que M. de Queylus fut re- (^; Mémoire de m. présenté à la Cour comme un homme capable de remuer toute la Nouvelle-France (4.); il suffit d'alléguer la dispo- (4 /*ii.-Abre'gé de sition des esprits, trop prévenus en sa faveur, pour trou- '"xiV'art '^■'^-' '■•'îst ver un motif légitime de son éloignement, à cause des circonftances où se trouvait alors le pays. Nous avons vu que, l'année précédente, les aumôniers des deux communautés de Religieuses avaient quitté le Canada, à l'occasion

de la retraite de M. de Queylus à Villemarie, & que soixante personnes l'y avaient accompagné de Québec. Cette disposition à son égard fournissait seule un motif pour demander une lettre de cachet qui le fît repasser en France; & cette lettre arriva lorsqu'il était à Villemarie, après sa visite à M. de Laval.

M. DE dUEYLus CONDUIT Seulemeiit, on aurait pu désirer, peut-être, qu'elle lui

A QUÉBEC PAR UNE g^j- g^^ siguifiée avcc un peu plus de considération pour DATs. sa personne, & plus de resped pour le caraftère sacerdo-

tal dont il était honoré, qu il n'y en eut dans la mesure séA'ère qu'on crut devoir prendre. Par sa lettre de cachet du 14 mai, le Roi avait dit à M. d'Argenson : » Ce que (I A^ous avez à faire se réduit à maintenir Tévêque de Pétrée Il en la pleine fondion de sa charge ; mais je désire que Il vous ménagiez les choses de telle sorte que les vicaires « de l'archevêque de Rouen aient lieu de se louer de (0 Archives de l'ar- « votrc couduite (i). » Cette recommandation lie regardait chevêche de Q.uébec, j^^-, fQj^j g^g jy[ ^jg Qucylus ; & toutefois, par zèle pour le

reg. A, p. 232.— Em- , . , t 1 • i ,

piois du vicomte d'Ar- bien, M. de Laval crut pouvoir outrepasser les bornes genson, fol. 2 q^ig |g p^gj avait prescrites. Du moins on lit, dans le jour-

nal déjà cité, que ce Prélat, n'ayant plus sujet de se fier à M. de Queylus après l'arrivée de la lettre de cachet du 1 1 mai, disposa tout souverainement à Québec & à Mont-

(2) Journal des Je- réal (2) : c'eft-à-dire qu'au lieu de se contenter de lui suites, 7 sept. iGSg. eiivoyer l'original ou une copie de la lettre qui ordonnait

son retour en France, il voulut que M. d'Argenson partît de Québec pour aller le prendre à Villemarie, accompa-

(3) Hiftoire du Ca- gué d'une escouadc de soldats (3), ou plutôt d'un nombre nada, par M. de Bel- considérable d'hommes armés comme pour quelque

(4) Mémoire de M. expédition militaire, ainsi que le rapporte M. d'Allet (4), '''■^^''^^- présent à leur arrivée, & l'un des trois qui furent conduits

à Québec sous cette nombreuse escorte. C'est là sans doute ce que le journal appelle avoir disposé tout souverainement à Montréal, puisque M. de Laval ne fit alors d'autre acte d'autorité souveraine dans ce lieu que celui dont nous parlons. Nous verrons, au refte, qu'au bout de

hcv(3chi; de Québec, A, p. 140, 141.

I" RETOUR DE M. DE QUEYLUS EN FRANCE. iGSq. 347

deux ans, M. de Queylus ayant reparu en Canada, M. de Laval pressa fortement de vive voix & par écrit ce même Gouverneur de lui prêter son miniftère pour le saisir, demandant même main-forte contre lui, aux noms des Majeftés divine & humaine (i), ce que, cependant, ( 0 Archives de l'ar- M. d'Argenson refusa absolument cette fois; mais, en i65g, il crut devoir se prêter, quoique à regret, à une mesure si sévère envers des ecclésiafliques qu'il eftimait & qu'il honorait. Arrivé donc à Villemarie, il signifia la lettre de cachet à M. de Queylus; & outre celui-ci, il ramena encore deux autres ecclésiafliques du séminaire pour les faire repasser en France. L'un, comme nous le disions, était M. d'AUet, qui pourtant ne put partir de Québec, où il refla malade tout l'hiver (2). Nous ignorons (i) Journal des Je le nom de l'autre; mais il paraît que M. de Laval se relâ- ^"'"^^' "'' '^^"^' cha à l'égard de celui-ci, puisque, l'année suivante, nous voyons tous les autres confrères de M. de Queylus résider comme auparavant au séminaire de Villemarie (3). , (-3) Archives de rar-

clievêché de Québec,

On aura de la peine à comprendre comment M. de vlf'de'IaPro^çan^i^ Laval put en user si souverainement, pour nous servir ici \d\. AmcrUa, ?, cade l'expression du journal, que de livrer ces trois ecclé- "^f"^'^ verso ^"^^ ^°' siafliques au bras séculier, comme on eût pu le faire de malfaiteurs ; ce qui fait dire à M. d'AUet : « Si les peuples « n'eussent été convaincus de la piété de ces messieurs, « il ne tenait pas à la manière dont on les traitait qu'ils « ne passassent dans le public pour des criminels d'Etat. » Mais le caraftère sévère de M. de Laval, joint à son zèle ardent pour le bien de l'Église, qu'il croyait procurer en employant ainsi la force armée, peut expliquer sa conduite en cette rencontre. « Monseigneur notre Prélat, écri- « vait la Mère Marie de l'Incarnation, elt tel que je vous « l'ai mandé par mes précédentes, savoir : très-zélé 8c infle- « xible. Zélé pour faire observer tout ce qu'il croit devoir (I augmenter la gloire de Dieu; 8c inflexible pour ne point « céder en ce qui y eft contraire. Je n'ai point vu de per- \f^ lettres spm-

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