‹ Histoire de la colonie française in CanadaChapitre 266 sur 428 · CHAPITRE XIV · texte numérisé non relu

CHAPITRE XIV

quatrième guerre des iroquois depuis lôsy jusqu'à 1660.

Depuis la paix conclue avec les nations Iroquoises, & nouvelle déclaration après la reftitution, qui avait été faite mutuellement, des ""^ guerre par les

'^ 111 1 IROiiUOIS , DANS LA

captifs pris de part & d autre dans les guerres précédentes, ,,ort de salnt-père les colons de Villemarie étaient sans défiance à Tégard des " autres. Iroquois qui se présentaient chez eux. Le 25 octobre lôSy, trente sauvages d'Onneiout, voisins de ceux d'Onnontagué (i), s'approchèrent des maisons, dans le dessein dy (o Relation de 1 658, faire quelque coup ; & plusieurs de cette troupe, étant allés p- -• à la Pointe Saint-Charles, entrèrent chez un brave colon, Nicolas Godé, qui y conllruisait un bâtiment pour son usage, aidé par Jean de Saint-Père, son gendre, & Jacques Noël, leur serviteur. Godé & de Saint-Père les accueillirent gracieusement, les reçurent en amis, leur donnèrent même à manger; & après une réception si amicale de leur part, & acceptée par ces Iroquois avec des témoignages apparents de reconnaissance, ils étaient loin de penser qu'ils avaient affaire à des assassins. Ils montèrent donc tous trois sur leur maison, qu'ils couvraient alors, & n'ayant aucune défiance, négligèrent de porter sur le toit leurs armes avec eux. Alors ces Iroquois, par une lâche 8: barbare perfidie, les voyant sans défense, eurent l'insigne cruauté de les mettre en joue 8c de tirer sur eux leurs arquebuses, dont les décharges les firent tomber du toit, comme on eût pu faire des oiseaux (2). Bien plus, après (2) Hift. du Montun tel coup de valeur, ils n'eurent pas honte d'arracher la "^^j'^gi^/iôn^g ig=,s peau de la tète à Nicolas Godé & à Jacques Noël (3), pour p. ,0.

en faire trophée dans leur bourgade, & de couper la tète

de Jean de Saint-Père, pour conserver, dit-on, par ce

:i) Écrits autogra- moyeu, & emporter avcc eux sa belle chevelure (i). Nico-

geoys'!"'^'^"''^°"'" las Godé était âgé de soixante-quatorze ans, & Jean de

Saint-Père, son gendre, de trente-neuf. Ils furent inhumés

(2) Regiftre de la pa- le même jour, & tous trois dans le même sépulcre (2).

roisse de Viiiemane, gaint-Pèrc laissait deux enfants : un fils, qui mourut en

25 ofl, 1657. ^ ... ^

bas âge, & une fille, Agathe de Saint-Père, âgée d'en'V'iron un an, dont nous aurons plusieurs fois occasion de parler dans la suite. « Cette perfide rupture nous fut bien « fâcheuse, dit M. Dollier de Casson; car il eft difficile de « recouvrer des hommes tels que ceux que nous perdîmes, « & il eft bien affligeant de voir périr, par de si infâmes « trahisons, les meilleurs habitants qu'on ait, surtout Jean • « de Saint-Père, d'un esprit vif, d'une piété sincère & d\m

« jugement aussi excellent qu'on en ait eu ici. »

LA TÈTE DE SAINT-PÈRE Aussltôt après cctte noire adfion, les assassins prirent

REPROCHE AUX iRo- j^ f^i^•e . nials si personne ne put alors venger sur eux

(lUOIS LEUR PERFIDIE. . ii i ^- i 1111 '1

cette mort si cruelle, le Ciel sembla la leur reprocher par un prodige sensible, proportionné à la grossièreté de leurs esprits & très-propre à les frapper. « Ce que j'avance, dit M. Dollier, eft un dire commun, qui prend son origine dans les récits de ces mêmes assassins. Ils ont assuré que la tête de Saint-Père, qu'ils avaient coupée & qu'ils emportaient avec eux, leur fit quantité de reproches; qu'elle leur disait en fort bon iroquois, quoique, de son vivant, le défunt n'entendît pas cette langue : Tu nous tues, tu nous fais mille cruautés; tu veux anéantir les Français dans ce pays ; tu n'en riendras pas à bout. Vous avei beau faire, un jour nous serons vos maîtres & vous nous obéire{. Les Iroquois disent que cette voix se faisait entendre de temps en temps, le jour 8c la nuit; qu'ils en étaient importunés & effrayés ; & que, pour l'empêcher de se faire ouïr , ils mettaient la tête du défunt tantôt dans un endroit, tantôt dans un autre ; que même ils la couvraient en mettant quelque chose des-

4'" GUERRE. MORT DE SAINT-PÈRE. lÔSy. 365

SUS , sans rien gagner pour cela ; qu'enfin ils écorchèrent la tête & en jetèrent le crâne de dépit, pour se délivrer de ses reproches, & que néanmoins ils ne cessaient pas d'entendre encore la voix du côté où ils mettaient la chevelure. J'ai appris ceci de personnes dignes de foi, entre lesquelles je puis dire que la dernière qui m'en a parlé, & qui assure l'avoir ouï de la propre bouche de ces barbares, eft un homme d'une probité très-avérée, & qui comprend aussi bien l'iroquois que je puis entendre le français. Cela étant, j'ai cru devoir rapporter la chose avec ingénuité, & j'eflimerais être répréhensible si je la laissais dans l'obscurité du silence (i). >' La Sœur Bourgeoys, qui était alors à Ville- (i)HifioireduMontmarie, rapporte le même prodige : « Les sauvages, dit-elle, '''''''' '^^ '^^" ^ '*^^^ayant emporté la tête de Saint-Père pour avoir sa belle chevelure, on rapporta, peu de jours après,, que cette tête leur parlait. M. Cuillerier, qui, ayant été pris, était dans leur pays, a attefté que cela était vrai ; d'autres ont assuré aussi que la tête parlait & que les sauvages l'ont 2, Écrits autograentendue plus d'une fois (2). » p'^-^' "^^'^ S'=^"'' •^°"'"-

^ ^ ^ . geoys.

ni.

Quoique les assassins eussent pris la fuite, on saisit „. de maisonneuve re-

d'abord quelques-uns de leurs compagnons, qu'on amena ^"^^"^ prisonniers au Fort. Alors, par un sentiment de charité chrétienne qui ne trouve d'exemple que dans les Saints, Mathurine Godé, veuve de Jean de Saint-Père, & Françoise Gadois, veuve de Nicolas Godé, la digne mère d'une telle fille, apprenant leur arreftation, allèrent prier M. de Maisonneuve pour qu'on ne fit aucun mal aux prisonniers, & leur

apportèrent elles-mêmes quelques vivres (3) (*). A l'occa- (3) Écrits autographes de la Sœur Bourgeoys.

(*) Dans la l'ie de la Sœur Boiirffcojs, nous avions été induit en erreur par une copie fautive des Mémoires de la Sœur, & où l'on avait lu, mal à propos, les deux enfants, au lieu de ces mots que porte l'original : les deux veufves; l'ancienneté de l'écriture & l'orthographe surannée du mot veufves ayant été cause de cette méprise dans la copie qui nous avait été communiquée.

TOl'S LES mOQUOIS (iU'iL PEUT SAISIR.

sion de ces meurtres, il fit arrêter & mettre aux fers tous les Iroquois qu'on put saisir dans Tîle de Montréal, de quelque nation qu'ils fussent ; & entre autres, un Onnontagué, qui y chassait depuis quelque temps & se retirait le (i) Relation de iG38, plus souvcut chez les Français (i). Interrogés pourquoi ^^ '°' ils en avaient usé de la sorte, malgré la paix faite avec eux,

ces prisonniers, dit-on, répondirent en se moquant : « Les « Français tiennent entre leurs bras les Hurons & les V Algonquins ; il ne faut donc pas s'étonner si, en ^■oulant (I frapper les uns, les coups tombent quelquefois sur les « autres. » Cependant, quatre jours après ce meurtre, trois sauvages d'Onneiout se présentèrent d'eux-mêmes au Fort, pour parler à M. de Maisonneuve, 8c lui proteftèrent qu'ils étaient innocents & très-afïligés de l'attentat commis. L'un d'eux, tirant même sept présents, composés de neuf colliers de porcelaine, assura que des sauvages de Goiogwen avaient fait ce méchant coup , & un des présents qu'il offrait fut pour raffermir le mai ébranlé, auprès duquel devaient se tenir les conseils entre les Français & les nations Iroquoises. M. de Maisonneuve, en homme sage, reçut les présents , n'ayant pas encore alors assez de lumière sur les sentiments de ces perfides, qui paraissaient fort innocents ; néanmoins, voulant observer de plus près leurs démarches, il les invita à demeurer quelque temps auprès des Français. Mais comme ils se sentaient coupables 8: qu'ils étaient, disait-on, camarades des assassins ; voyant, d'ailleurs, qu'un sauvage d'Onnontagué était dans les fers au Fort de Villemarie, ils s'enfuirent durant la nuit. Sur ces entrefaites, quelques Algonquins, qui étaient allés chasser vers les îles de Richelieu, tuèrent un Onnontagué, qu'ils rencontrèrent par hasard avec un autre qui s'échappa de leurs mains. Celui-ci s'étant présenté à 'Villemarie, M. de Maisonneuve le fit saisir 8c mettre aux fers comme les autres; mais, pour ne pas compromettre, par ces arreftations, la vie & la liberté des Pères Jésuites & des Français résidant à Onnontagué, il envoya, dans ce pays, l'un des prisonniers avec des lettres

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