‹ Histoire de la colonie française in CanadaChapitre 280 sur 428 · GUERRE. ARMÉE IROQUOISE EN MARCHE, 1660. 39I · texte numérisé non relu

GUERRE. ARMÉE IROQUOISE EN MARCHE, 1660. 39I

C'eft qu'après révasion des Français établis à Onnontagué, les Iroquois de cette bourgade, voyant leur conjuration découverte, avaient envoyé au plus tôt des présents aux nations voisines, afin d'en tirer du secours contre les Français; &, depuis ce temps, on craignait avec raison, à Québec & ailleurs, de voir arriver les cinq nations Iroquoises, pour mettre tout à feu & à sang dans la colonie (i). L'année suivante, i65g, un Huron, échappé du pays des Iroquois, assura qu'ils préparaient une armée puissante (2); & cette armée s'étant en effet mise en marche au printemps de l'année 1660, on apprit à Québec le i5 mai, par un prisonnier Iroquois, que huit cents de ces barbares s'assemblaient à la Roche-Fendue, proche de Villemarie,

iltMÉK IROCJUOISE EN CAMPAGNE HOUR DÉ- TRUIRE LA COLONIE.

(i) Lettres de Marie de l'Incarnation, 4 ocl.

iG58. Lettre 50', p.

(2) Ibid., lett. 57», p. 542.

grandes dépenses qu'elle y avait faites, qui toutes tournaient au bien général du pays : ces avantages touchèrent la grande Compagnie du Canada; & quoique, en bien des occasions, elle eût été assez peu bienveillante pour les Associés de Montréal, elle sembla, cette année 1659, vouloir réparer tous les torts qu'elle aurait pu se reprocher à leur égard. On a vu qu'en ratifiant & en modifiant, en 1640, la donation de l'ile de Montréal que M. de Lauson leur avait faite, elle s'était réservée la tête de l'île, dans l'espérance d'y établir un magasin pour son commerce, &, en outre, cinq cents arpents de terre sur la montagne pour v conflruire un Fort. N'ayant Jamais été en état de réaliser ces projets, & même, depuis l'année 1645, avant renoncé au monopole de la traite en faveur des habitants, elle n'avait plus aucun intérêt à conserver cette réserve qui lui était devenue tout à fait inutile. Aussi, sur la demande de M. de Fancamp, s'en démitelle en faveur des Associés de Montréal, le 21 avril lôSq, en ajoutant à ce don un témoignage d'eflime & de reconnaissance, le premier qu'elle leur ait donné, & qui précéda de peu d'années la dissolution de cette Compagnie, aussi bien que de celle de Montréal, comme il sera dit dans la suite. « La Compagnie de la Nouvelle-France, lit-on « dans cet acle, désirant de tout son pouvoir obliger ceux qui peuvent a faire travailler au défrichement des terres, & ayant connaissance « du zèle, de la piété, des bonnes intentions & des grandes dépenses « que fait la Compagnie de Montréal pour l'augmentation de la co- « lonie dans cette île, désirant enfin contribuer, autant qu'il nous eft « possible, au bon dessein de ladite Compagnie, nous lui avons « donné, par ces présentes, le refiant de l'île de Montréal (3). » Par ce même afle, la grande Compagnie céda en propre à M. de Fancamp les cinq cents arpents de terre qu'elle s'était réservés à la montagne, ■& celui-ci en fit don au séminaire de Saint-Sulpice.

(3) Archives du séminaire de Villemarie.

Pièces originales. — Regirtre des insinuations du Conseil supérieur de 166' à 16S2, volume in-fol. .4, n^i, fol. 16. — Archives de la marine, à Paris, Canada, tome I, de 1659 à 1669, 21 avril lôSg.

— Edits & ordonnances. Québec, 1S54, t.

I, p. ag.

8c que quatre cents autres devaient aller les y joindre, pour fondre de là tous ensemble sur Québec, au nombre de (•1) Journal des Jé- onzc OU douzc cents (i). Il ajouta que leur dessein était 1 Ls, I. mai I o. jig,-,]gygj. j^ j-^jg jy Gouverneur général, afin qu'après la mort du chef ils pussent plus facilement venir à bout de tout le refte de la colonie. Qu'enfin, à l'heure qu'il parlait, l'armée Iroquoise devait être dans les îles de Richelieu, ou à Villemarie, ou aux Trois-Rivières, & qu'assurément l'un ou l'autre de ces portes était assiégé.

jnsTi: TERREUR QVE Cctte nouvcllc répandit l'alarme dans Québec, & aus-

^Nspiar aux" COLONS sitôt on cxposa le Très-Saint-Sacrement dans les églises,

D1.S ENVIRONS DE Qu fit des processlous & d'autres exercices de piété, pour

'■^"'""^'^' implorer le secours du Ciel (2). Cette crainte n'était que

fi Lettres de Marie ^j-Qp fondée : « Car, pour dire vrai, écrivait-on dans la

de l'Incarnation, lett. i • j - -i i • i • • ^ • i

58- 1. .545. " relation de cette année, a n y a rien de si aise a ces bar-

« bares que de mettre, quand ils voudront, toutes nos « habitations à feu & à sang. Ce qui donne cet avantage « à l'ennemi sur nous, c'efi: que toutes les maisons hors « de Québec sont sans défense & éloignées les unes des « autres, sur les rives du Saint-Laurent, dans l'espace de « huit ou dix lieues. Il n'y a en chacune que deux, trois « ou quatre hommes, souvent même qu'un seul avec sa « femme & quantité d'enfants , qui tous peuvent être en- « levés ou tués, sans qu'on en sache rien dans la maison « la plus voisine. A la vérité, Québec efl: en état de dé- « fense; mais il ne serait plus qu'une prison dont on ne i< pourrait plus sortir en assurance, & où l'on mourrait (îj Relation de ibiio, " ^^ faim, si la Campagne était ruinée (3). « Aussi, dès

p. 4. qu'on apprit que l'armée Iroquoise était en marche, l'alarme

fut si universelle qu'on abandonna, comme en proie à l'ennemi, les maisons de la campagne, & qu'enfin tout le

(4) Relation de 1660, Hionde se fût cru perdu , si M. d'Argenson n'eût rassuré

p- 5. les esprits par son courage (4).

FHAVEi.R DES COLONS DE jyj jg Laval eut uéanmoins une si grande appréhen-

tiUEBEC A LA NOU- . . ,,--,.

VELLE DE l'approche siou que, le 19 mai, il fit ôter le Saint-Sacrement de l'Eglise

Page 1