DE CES BRAVES
4" GUERRE. FAIT d'aRMES DU LONG-SAUT. 1660. 4l3
Grecs & chez les Romains, des hommes se sacrifier pour leur patrie; mais quand on connaît jusqu'où Tamour de la gloire profane les portait à des actions éclatantes, dans Tespérance de se survivre à eux-mêmes après leur mort, on n'efl: pas surpris que cette passion ait pu leur faire mépriser la vie. En mourant pour leur pays, ils étaient assurés que des orateurs loueraient leurs adions de courage dans des tribunes; que des poètes les chanteraient dans leurs vers ; que des adeurs les donneraient en scène au public, sur les théâtres; que des sculpteurs les immortaliseraient dans les chefs-d'œuvre de leur art. Cette passion tyrannique de la gloire, qui dominait & tenait asservies toutes leurs autres passions, qu'était-elle autre chose qu'un monflre qui dévorait tous les autres monltres opposés à son empire? Et si ces mêmes hommes eussent été assurés qu'après leur mort on ne parlerait plus d'eux dans le monde, que leurs actions tomberaient, avec leur mémoire &; leur nom, dans un oubli éternel, eussent-ils jamais eu la pensée de sacrifier ainsi leur propre vie?
Il faut à l'homme raisonnable des motifs d'intérêt les dix-sept braves personnel pour le déterminer au sacrifice de lui-même, & °^'^ sacrifie leur
i: r ' VIE PAR LES MOTIFS
ce dévouement pur & désintéressé, dont nous voyons tant purs de la foi. d'exemples dans les martyrs, ne peut être inspiré que par la certitude inébranlable des espérances de la Foi. Ce fut ce motif qui détermina Dollard & ses compagnons d'armes à la résolution inouïe de se battre jusqu'au dernier soupir; & si, avant leur départ pour le combat, tous ces braves eurent soin de se purifier de leurs moindres souillures par le sacrement de Pénitence & de se nourrir du Pain des forts, en s'engageant encore, par un serment solennel, à n'accepter aucun quartier, c'était pour avoir une plus grande assurance de recevoir, de Celui à la gloire duquel ils voulaient se sacrifier ainsi, la récompense qu'il a promise à ses serviteurs fidèles. C'était là toute leur ambition, & elle se manifefte jusque dans les dispositions teftamentaires qu'ils avaient faites avant d'aller au combat. Nous
avons sous les yeux le teftament d'un de ces héros chrétiens, didé par lui-même au notaire public de Villemarie, la veille même du départ, i8 avril 1660. Il y déclare que : (I Désirant aller en parti de guerre, avec le sieur Dollard, « pour courir sur les Iroquois, & ne sachant comment il « plaira à Dieu de disposer de sa personne dans ce voyage. Il il inftitue, en cas qu'il vienne à périr, un héritier uni- « versel de tous ses biens, à la charge seulement défaire (I célébrer, dans la paroisse de Villemarie, quatre grand' s- (0 Greffe de Ville- « mcsses & d'aiitrcs pour le repos de son âme (i). » Voilà
marie. Afles de Bas- , , , . . -ïi ^
set is avril i6''o. ^'^^^ ^^ 1^^ ^^^ bravcs se proposaient en se sacrifiant Teftament de Jean ainsi. (( M. DoUard, dit la Sœur Bourgeoys, assembla ''"^*^' <i seize ou dix-sept hommes des plus généreux pour aller
« attaquer les sauvages & à dessein d y donner leur vie, « si c'était la volonté de Dieu; mais ils furent trahis 6c (j) licriis autogra- « tous tués (2). )) L'intrépide Major Closse, avons-nous ''e"s'^^'''^°'""^'^°"'" '^^^' ^^^ voulu se joindre à eux; c'était pareillement pour trouver sûrement, dans cette rencontre, le bonheur de mourir pour Dieu & pour l'établissement de son Église, unique motif qui l'avait attiré lui-même en Canada. Quelques-uns lui ayant lui jour représenté qu'il exposait trop sa vie, en courant, selon sa coutume, partout où il y avait quelque danger, il leur fit cette réponse, bien digne d'un héros & d'un martyr chrétien : « Messieurs, je ne suis « venu ici qu'afin de mourir pour Dieu, en le servant (I dans la profession des armes; & si j'étais assuré de ne '( pas y donner ma vie pour lui, je quitterais ce pays & « irais servir contre le Turc, afin de n'être pas privé de
(3)HiftoireduMonl- , • /o r r
réai, 1661-1662. « cette gloire (3). »
DANS LA MORT DES DIX- Quel autre motif pouvait inspirer tant de résolution
& de courage à ces héros chrétiens, alors que le pays, encore dans son enfance, ne leur offrait aucune perspeflive de fortune ni d'avancement personnel, comme le montrait assez l'exemple de tous ceux qui jusqu'alors s'étaient exposés ou sacrifiés pour l'établir? Eloignés de douze cents lieues de leur patrie, perdus au delà de l'Océan, dans des