SAUVERENT LECANADA PAR LEUR MORT
4" GUERRE. FAIT d'aRMFS DU I.ONG-SAUT. 1660. 41I
« à nous; nous y péririons tous. Retirons-nous donc & K reprenons le chemin de nos bourgades* « Telle fut, en effet, la conclusion qu'ils tirèrent & qu'ils exécutèrent immédiatement.
Ainsi le dévouement héroïque du brave Dollard des ces dix-sept draves Ormeaux & de ses compagnons d'armes sauva, dans cette circonftance, le Canada tout entier, & juftifia de plus en plus l'assurance que les Associés de Montréal avaient eue dès le commencement, & qu'en 1643 ils ne craignirent pas de rendre publique dans les Véritables motifs, qu'une des fins de l'établissement de 'Villemarie était de procurer par ce porte, à Québec, une protedîion puissante & une sorte de rempart contre les Iroquois. « On peut dire, ajoute M. Dollier de Casson, que ce grand combat a sauvé le pays, qui sans cela était perdu, suivant la créance commune. Ce qui me fait dire que, quand l'établissement de Montréal n'aurait eu que cet avantage d'avoir sauvé le pays dans cette rencontre, & de lui avoir servi de vidimie publique en la personne de ses dix-sept enfants, il doit être tenu pour considérable à toute la postérité, si jamais le Canada devient quelque chose, puisqu'il l'a ainsi sauvé dans cette occasion, sans parler des autres rencontres semblables. » M. de Belmont dit aussi, dans son Hiftoire du Canada : « Les ennemis furent effrayés de cette résiftance & se retirèrent ; sans cela, tout était perdu. » Ce jugement, si honorable aux colons de 'Villemarie, n'était pas particulier à ceux-ci ; c'était, ainsi que le dit M. Dollier, la créance commune; & les monuments montrent, en effet, qu'il n'y eut jamais, sur ce point, aucune sorte de partage parmi les Canadiens. « Nous nous « sommes vus à la veille que tout était perdu, écri- « vait de Québec la Mère Marie de l'Incarnation, & cela « serait arrivé si l'armée Iroquoise, qui venait ici & nous <i eût trouvés sans défense, n'eût rencontré dix-sept Fran- <i çais 8^ quelques sauvages chrétiens. C'eff une chose ad- « mirable de voir la Providence 8c les conduites de Dieu
(' sur ce pays, qui sont tout à fait au-dessus des concep-
(( tions humaines. Lorsque nous devions être détruits,
" ceux qui étaient partis pour prendre des Iroquois ont été
« pris eux-mêmes & immolés pour tout le pays. Il efl
« certain que, sans cette rencontre, nous étions perdus
(i) Lettres de Marie « saus ressouixc (i). » Le gouvcmeur général, M. d'Ar-
u^e 58 ""^5°^"' uit' 8^"son, dans les lettres qu'il écrivit peu après cet événe-
spirituéiies, let. oc, ment, tenait le même langage. « Ce printemps, les Iro-
P- -°'-'- « quois, dit-il, avaient fait une armée de sept cents hommes
<i pour descendre à Québec & venir ravager nos côtes;
« mais Tordre de Dieu a détourné cet orage, & dix-sept
V Français de Montréal, quatre Algonquins & quelques
(( Hurons ont été les vidimes. Ils ont résifté huit jours
, Em lois de M " ^^^^ ennemis, au milieu de quelques pieux (2). » Enfin
d'Argenson. Lettre du Ics Pèrcs Jésuitcs, daos Icur relation de cette année,
4 juillet 1660, fol. 71. quoique assez mal informés alors de plusieurs particula-
Méinoire sur le sujet ^^^ i-i -i > j
de la guerre des iro- ntés de Cette acuon, dont US attribuent, en très-grande quois, foi.8. partie, la gloire à ces Hurons, dans l'ignorance où Ton
était encore de leur lâche conduite, n'ont pu s'empêcher d'avouer que le Canada était perdu sans la vigoureuse résirtance des colons de 'Villemarie. « Il faut donner ici la (i gloire à ces dix-sept Français de Montréal & honorer (I leur cendre d'un éloge, qui leur eft dû avec juflice & Il que nous ne pouvons leur refuser sans ingratitude. Tout « était perdu s'ils n'eussent péri, & leur malheur a sauvé Il ce pays, ou du moins a conjuré l'orage qui venait y (I fondre, puisqu'ils en ont arrêté les premiers effets & « détourné tout à fait le cours (1). »
Ils méritent avec d'autant plus de juftice les hommages de notre admiration & de notre reconnaissance, que le motif de leur dévouement a été plus noble, plus sublime, plus pur. Dans toute l'hiftoire profane, on ne trouve rien de plus audacieux, de plus magnanime, que cette résolution de nos dix-sept braves , conçue avec tant de courage & soutenue jusqu'à la fin avec tant de conltance & d'intrépidité. On voit, il eft vrai, chez les
(3) Relation de
oGo,