‹ Histoire de la colonie française in CanadaChapitre 319 sur 428 · GUERRE. PRISONNIER ÉCHAPPÉ · texte numérisé non relu

GUERRE. PRISONNIER ÉCHAPPÉ

continent la fuite 8c s'enfonça dans les bois. Mais, après avoir beaucoup couru^ par des broussailles & des halliers, jusqu'à perdre haleine^ il reconnut, à sa grande frayeur, qu'il se retrouvait précisément à la cabane d'où il était parti. Il s'élance au plus tôt d'un autre côté, se met à courir avec plus de vitesse encore ; enfin , le jour commençant à poindre, il aperçoit de nouveau la cabane. Alors il monte sur un arbre, d'où il peut apercevoir les Iroquois; il eft témoin de leur ctonnement , lorsqu'ils reconnaissent sa faite ; & il les voit allant & venant tout autour de lui, suivant ses traces assez bien marquées sur la neige, mais tellement confondues à cause des tours & des détours qu'il avait faits, que les Iroquois s'y perdaient eux-mêmes & ne savaient de quel -côté le poursuivre. Le jour & la nuit suivants se passèrent dans ces frayeurs mortelles; mais, le lendemain, tout le bois d'alentour étant dans un profond silence^ il jugea qu'il pouvait descendre avec assurance, dans l'espoir que sa fuite serait plus heureuse le jour qu'elle ne l'avait été la nuit. Il prend donc le chemin opposé à celui qu'avaient tenu les Iroquois à leur départ, & se met à marcher à grands pas; toutefois^ sans y penser, il va se jeter dans une autre bande d'ennemis, qui à l'inftant ne manquent pas de le garrotter fortement comme un captif repris. Se ^'oyant alors replongé dans son premier malheur, il s'adresse de nouveau à sa Protedrice^ parvient une seconde fois à se remettre en liberté & se dirige du côté de 'Villemarie. Chemin faisant, il rencontre fort à propos un pied ou plutôt un os d'orignal, qu'il suce & qu'il ronge quelque temps; mais, quoiqu'il n'ait plus bientôt pour toute nourriture que les bourgeons des arbres, il eit toujours plein d'espérance que Celle qui l'avait fait échapper de tant de périls le conduira enfin au port du salut. Après s'être ainsi sauvé deux fois, il gravissait une petite colline, lorsque la même bande d'Iroquois, des mains desquels il s'était échappé d'abord, montait de l'autre côté, revenant de Villemarie, où elle avait fait de nouveaux captifs. De sorte que, arrivé

(i) Relation de 1661, p. 24, 25, 26; 27.

Page 1