PROCÉDURES DE M. DE UVAL
lification si étrange qu'on n"ose presque pas la rapporter, car il les appela prêtres de TAntechrift (i) (*).
Voyant donc que M. d'Argenson lui refusait son appui, M. de Laval écrivit le même jour, 5 août, une deuxième lettre à M. de Queylus, par laquelle il le menaça de suspense, en lui faisant, par cette seule lettre, les trois monitions canoniques usitées en pareil cas (**). M. de Queylus, Tun des seigneurs propriétaires de Tîle de Montréal, qui y possédait d'ailleurs en propre les maisons fortifiées de Saint-Gabriel & de Sainte-Marie, où il entretenait un certain nombre d'hommes pour la défense du pays, ne jugea pas que M. de Laval, comme revêtu du caradère épiscopal, pût Tempècher légitimement de se rendre dans ses propriétés, ni même qu'il eût ce pouvoir comme Vi-
(2) Archives de la Propagande, \o\.A merica,'}, Canada , 2 56, fol. 299, art. 24, 25.
(*) On supposait apparemment que ces prétendus jansénilles sulpiciens devaient résider en France; car, l'année 1660, M. de Laval, dans sa relation adressée au Souverain Pontife touchant l'état de l'Eglise du Canada, déclarait qu'il n'y avait dans ce pays ni erreur dans la foi, ni abus dans l'exercice du culte: « Romanum ritum hic « omnes sequuntur, nequeerrores uUi, nulliabusus irrepserunt; nul- « lus hic error in fide, neque ahusus ullus in religionis exercitio (2). «
(' ') La lettre de M. de Laval ell conçue en ces termes : « Nous étant senti obligé, par le soin que Dieu nous a donné de « cette Église, de vous faire défense expresse, sous peine de désobéis- « sance, de quitter cette habitation de Québec, & toutefois ayant « appris de divers endroits que, nonobftant toutes nos prières & « défenses, vous continuez, avec mépris de notre autorité, dans le « dessein de monter au plus tôt à Montréal; après nous être servi de « tous les movens possibles que la charité & le devoir de notre charge « nous ont pu fournir pour vous réduire à votre devoir, nous nous « sommes enfin vu contraint, quoique à regret & contre nos inclina- « tions, vu votre obltination dans le mépris de nos ordres, de vous « faire itérative défense d'aller à Montréal sans notre permission, « sous peine de suspension des fonctions sacerdotales encourue par « le seul fait. C'ell ce que nous faisons par ces présentes; & afin que « vous n'en prétendiez cause d'ignorance, nous mandons au premier Cl clerc, ou prêtre, de vous signifier cette ordonnance pour première, « deuxième & troisième fois, à cause de la précipitation que vous '< apportez pour votre départ. •■
M. DE QUEYLUS A OUKBFC. \C)6l . ^Si)
Caire apoltolique, après l'accueil que lui-même avait reçu à Rome. Voyant d'ailleurs que M. d'Argenson, convaincu de l'abus qu'on faisait alors des lettres de cachet , ne trouvait pas mauvais qu'il entreprît ce voyage 8c se refusait absolument à y mettre obrtacle, quoique représentant, dans le pays, la personne du Roi, il se détermina à partir, malgré le danger qu'il devait courir de la part des Iroquois, en remontant le fleuve; & ce fut sans doute pour éviter plus sûrement leur rencontre qu'il s'embarqua dans la nuit du 5 au 6. A peine M. de Laval eut-il appris son départ que, poussant les choses à la dernière rigueur, il lui écrivit une nouvelle lettre, le 6 août, conçue en ces termes : « Et « d'autant que^, depuis notre ordonnance portée, nous « avons appris que non-seulement vous ^■ous disposiez à « partir au plus tôt^ mais encore que^ le jour d'hier, « 5 août, vous vous êtes embarqué de nuit, nous vous « réitérons les défenses précédentes; &, au cas que vous « ne retourniez à Québec pour y recevoir nos ordres 6c y « obéir, nous vous déclarons suspens de l'office sacer- (I dotal , peine que vous encourez si vous passez ic outre.