M. DE MAISONNEUVE DANS SES SENTE.N'CES
qui, pendant quinze jours, avait logé, nourri & médica- (1) Jugement de mcnté Ce soldat (i). Un serviteur, frappé par un individu, 29 décembre°,65^''' ^^^^ mis par là hors d'état, pendant quelques jours, de servir son maître; M. de Maisonneuve, par sa sentence, n'attribua aucun dédommagement personnel à ce serviteur, qui sans doute n'était pas tout à fait innocent dans le conflit; mais, sur la visite du chirurgien, il condamna l'agresseur à douze livres envers le maître.
SAGESSE ET ÉQUITÉ DE Voici uttc prcuvc rcmarquable de la sagesse de M. de
Maisonneuve, dans les appréciations qu'il faisait de la culpabilité des prévenus, & de la parfaite équité qui présidait à ses sentences. Un soldat des plus braves de sa garnison, qui s'était diftingué dans plusieurs faits d'armes, nommé Saint-Jacques, venait d'assiller à la sainte Messe^ sans doute dans des dispositions très-chrétiennes, lorsqu'il fut assailli à la porte de l'église par une femme qui, se jetant sur lui, se mit à le frapper à coups de bâton, pour le punir, disait-elle, d'avoir noirci sa réputation par une atroce calomnie. Ce soldat se laissa injurier & frapper sans en tirer par lui-même aucune vengeance, quoiqu'il l'eût pu aisément, & se contenta de porter sa plainte à M. de Maisonneuve, en proteftant qu'il n'avait jamais eu la pensée d'inventer sur cette femme la calomnie qu'elle lui imputait. M. de Maisonneuve la fait comparaître; elle se présente avec assurance, avouant qu'elle a battu Saint- Jacques pour se venger d'une calomnie qu'il a inventée contre son honneur; & comme M. de Maisonneuve lui demandait devant qui Saint-Jacques avait donc proféré cette calomnie, elle articule le nom d'un autre soldat, qu'elle assure la lui avoir rapportée à elle-même, en ajoutant que celui-ci la tenait de la propre bouche de Saint- Jacques. Là-dessus, M. de Maisonneuve fait comparaître ce soldat, qui avoue sans détour avoir tenu ce propos à la femme en queftion, mais en déclarant en même temps qu'il Ta inv^enté lui-même par légèreté, & qu'il n'a jamais entendu dire rien de semblable à Saint-Jacques. Voici
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quelle fut la sentence de M. de Maisonneuve. Dabord, de ra\eu des parties, il déclara que Saint-Jacques était innocent, & qu'il avait été injuftement opprimé. Quant au soldat calomniateur, il jugea qu'il avait offensé tout à la fois &: Dieu, qui défend la calomnie, & cette femme, dont il avait voulu noircir malicieusement la réputation. 11 le condamna donc, d'abord, à vingt livres d'amende envers l'église paroissiale, pour satisfaire à Dieu, & ensuite à cinquante livres pour réparation envers la femme outragée; mais celle-ci ayant entrepris de se venger de ses propres mains, & même de frapper un innocent, il la condamna à son tour à vingt livres au profit de l'église paroissiale, pour réparer l'injure faite à Dieu, & à donner à Saint- Jacques les cinquante livres que le calomniateur était tenu de lui donner à elle-même (i).
Lorsqu'il s'agissait de délits publics contre les bonnes mœurs, M. de Maisonneuve, en condamnant les coupables, ajoutait aux amendes le bannissement perpétuel, de peur qu'ils ne devinssent contagieux en demeurant dans la colonie. Nous trouvons aux archives judiciaires de Villemarie trois cas de ce genre, arrivés sous son gouvernement. Un soldat de sa garnison, qu'il avait chargé de veiller à la garde de la Pointe-Saint-Charles, fut accusé d'abandonner journellement la redoute, 8c d'aller tenir à plusieurs femmes honnêtes des discours fort messéants. Pour s'assurer de la vérité, il usa d'un rtratagème qui lui réussit, par le moyen du major Closse, encore vivant, & de son aide-major, M. du Puis, qu'il avait mis l'un & l'autre dans le secret. Saisi & conduit en prison, ce soldat confessa lui-même sa mauvaise conduite; &, sur ses propres aveux, fut condamné au bannissement. « Pour réparation du scandale qu'il a donné à toute l'ha- (I bitation de Villemarie, dit M. de Maisonneuve dans « sa sentence, nous l'avons cassé de notre garnison, & « condamné à deux cents livres d'amende, applicables à « des filles pauvres, pour les aider à se marier à Ville-
, i) Jugement du i3 juillet iG56.
SENTENCES DE BANNISSE- MENT POUR PROCURER LES BONNES MŒURS DANS LA COLONIE.
528 11'' TARTIE. LES CENT ASSOC. ET LA COMT. DE MONTRÉAL.
« marie; &, afin d'éviter la continuation du scandale, « nous l'avons banni pour toujours de toute l'étendue de fr .lugcmL-nt du « notre Gouvernement (i). »
4 novembre i638.
Un autre, qui avait défriché & mis en valeur trois arpents & demi de terre sur le domaine des seigneurs, ayant été convaincu d'avoir cherché à porter atteinte, quoique sans succès, à l'honneur d'une mère de famille, M. de Maisonneuve le déposséda de cette terre, dont il donna la moitié à l'église paroissiale, en réparation de l'offense faite à Dieu, & le relte aux enfants de la femme qu'il avait voulu outrager. Une femme, ayant eu le malheur de tomber dans une faute contre les mœurs, & le bruit s'en étant répandu parmi les colons, M. de Maisonneuve, après avoir convaincu le coupable, le condamna à une amende de six cents livres envers le mari, 6c au bannissement perpétuel, après trois mois pour régler ses affaires; &, sur l'aveu de la femme, il la priva de son douaire, cassa toutes les autres conventions matrimoniales faites à son prolit, &: permit à son mari de la rendre à ses père & mère, ou de la tenir renfermée le refle de ses
(2.1 Jugement du jours (2). On Ht daus le journal des Jésuites que, vers le 17 jum i6ho. mois de septembre 1648, on amena de Villemarie à Qué-
bec un tambour, condamné à mort pour un crime détestable qu'on ne spécifie pas, en ajoutant que les Missionnaires, résidant alors à Villemarie, s'opposèrent secrètement à l'exécution du criminel & demandèrent qu'il fût conduit à Québec, où d'ailleurs celui-ci avait droit d'appeler de la sentence de M. de Maisonneuve. C'eft la seule sentence de mort portée par celui-ci, à en juger du moins par tout ce que nous avons pu trouver des adfes de son Gouvernement. Le procès de ce condamné ayant été revu à Québec, on commua la peine en celle des galères, en lui offrant cependant sa liberté, s'il voulait accepter l'office
(i) Journal des Je- d'cxécuteur public, Ce qu'il fit (3).
suites, sept. 1640.
En terminant ce chapitre, nous ferons remarquer,
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qu'à toutes ses autres qualités comme juge, M. de Maisonneuve joignait une impartialité que sa grande religion, son désintéressement parfait & sa fermeté de caradère rendirent toujours invariable (*). Llin des individus dont on vient de parler, quoique des plus considérables de la colonie, fut néanmoins condamné par lui au bannissement perpétuel. Il eft vrai que plus tard il reparut à Villemarie, peut-être parce qu'il appela de cette sentence, & que le jugement fut reformé; du moins fit-il une fondation perpétuelle à l'église paroissiale, sans doute en réparation du scandale qu'il avait donné à ses concitoyens. Ce fut la fondation de six messes en l'honneur du Très-Saint Sacrement, qu'on devait célébrer le premier jeudi des mois de janvier, mars, mai, juillet, septembre & novembre, à huit heures & demie du matin (**).
(■*) C'eft, comme le fait observer M. Olier, l'un des attributs divins qui devrait reluire dans les juges de la terre. « Dieu, dit-il, ne tt considère point si la personne ell grande ou petite pour lui faire v; bon droit, si elle ell pauvre ou riche; il regarde à l'équité & à ren- « dre à chacun ce qui lui appartient, ne voyant goutte pour faire «t acception de personne. Non est personarum acceptor Deus. Ainsi ^i) Manuscrits de « le vrai juge doit être aveugle à toute condition (i). » M. Olier. Attributs Je
Dieu.
(**)Du consentement de M. Souart, curé de la paroisse, les trois v^^ Greffe Je \iliemarguilliers alors en charge, Charles Le Moyne, Pierre Gadois & ^f'"": Actede Basset, Jacques Le Ber, acceptèrent la fondation, en promettant de faire son- ^■"ff°"j ' ,/' :,,'"' ner ces jours-là la cloche en branle une demi-heure avant la Messe (2). p^ui^^j. dekt^bdque'
vol. A, 27 août 1662.
DE LA RECRUE DE l653.
Nous avons dit que M. de Mai^onneuve & M. de la Dauversière enrôlèrent pour Villemarie cent cinquante-quatre hommes^ dont cent dix-huit passèrent leurs contrats d'engagement à la Flèche, devant de Lalbusse, notaire de cette ville, dans les mois de mars, avril &. mai 1 65 3 . Le 20 juin suivant, le vaisseau qui portait la recrue étant dans la rade de Saint-Nazaire, près de Nantes, le notaire Belliotte se transporta à bord de ce navire & dressa un acte par lequel cent trois de CCS hommes reconnurent avoir reçu diverses sommes, formant en tout onze mille soixante-dix livres, en avancement des gages que la Compagnie de Montréal s'était obligée de leur donner à chacun tous les ans. Il paraît que plusieurs, après s'être enrôlés, se désiftèrent ou furent empêchés de partir alors. On peut d'ailleurs présumer que quelques autres qui s'étaient d'abord embarqués, voyant ensuite le danger imminent où les exposait le mauvais état du vaisseau, qui les obligea enfin de relâcher, profitèrent de cette circonftance pour déserter la recrue. Du moins, ce fut pour rendre leur désertion plus difiicile, que M. de Maisonneuve les mit tous dans une île, en attendant qu'il se fût pourvu d'un autre vaisseau. Quoi qu'il en soit, de cent cinquante-quatre qui s'étaient enrôlés, il n'y en eut que cent treize qui passèrent la mer; & la maladie, pendant la traversée, ayant emporté huit de ces homines, la recrue, en arrivant en Canada, ne fut plus composée que de cent cinq soldats efteftifs, ainsi que l'assure M. de Belmont.
Comme tous étaient pleins de résolution & en état de porter les armes, ils prirent part à une multitude de petits combats, dans lesquels vingt-un ou vingt-deux de ces braves succombèrent, de ce nombre sept ou peut-être huit qui périrent, en i66o, dans la célèbre action du Long-Saut. Un grand nombre d'autres qui survécurent aux
précédents furent sans doute grièvement blessés en combattant & mis hors d'état de service, par suite de leurs blessures. C'efl: ce qui. peut expliquer pourquoi, lorsque M. de Maisonneuve établit, en i663, la milice de la Sainte-Famille^ dans laquelle cent quarante colons entrèrent aussitôt, il n'y eut dans ce nombre que trente-un des hommes de la recrue de i653, quoique environ quatre-vingts, qui en avaient fait partie, fussent encore vivants.
Nous donnerons ici le rôle général des cent cinquante-quatre hommes qui s'engagèrent pour faire partie de cette célèbre recrue de i653j qui, sous la conduite de M. de Maisonneuve, sauva toute la colonie Française en volant au secours de l'ile de Montréal; & nous indiquerons ceux d'entre eux qui, en i663, s'enrôlèrent dans la milice de la Sainte-Famille. Q.uelque monotone que puisse paraître cette nomenclature^ on nous permettra de la donner ici dans son entier, en considération de ceux qui devront y trouver la souche de leur famille en Canada, & la désignation des lieux particuliers de l'ancienne France d'où ils tirent leur origine.
ANSELIN,
Pierre, d'Abbeville, en Picardie, par acfe passé à la Flèche, entre lui & M. de la Dauversière, le 14 avril i653, s'engagea à faire partie de la recrue qui devait s'embarquer prochainement pour Villemarie. {De Lafousse, notaire.)
AUDRU,
Jacques, de Paris, s'engagea aussi à La Flèche, avec le même, le 18 avril [de Lafousse) ; & le 20 juin étant dans la rade de Saint- Nazaire, il déclara avoir reçu, en avancement de ses gages, la somme de soixante-quinze livres. {Belliotte, notaire.)