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PREMIÈRE CHAPELLE DE SAINTE-ANNE

(c si heureux commencements nous font espérer que Dieu^ par l'in- « tercession de sainte Anne, comblera en ce saint lieu ce nouveau i) Arcliives :iu se- « pays de mille bénédidions (i). »

naire île Québec, |." Il eft certain que l'église dont M. de Queylus marqua la place

fut conflruite non sur la côte, mais au bord du fleuve, & que, par

conséquent, elle a été la première église de Sainte-Anne de Beaupré.

Comme, dés le commencement^ les grandes crues des eaux firent

craindre que l'église & le presbytère, conftruit tout auprès, ne pussent

subsifter longtemps dans ce lieu, M. de Laval , le 17 décembre 1666,

en confirmant les privilèges accordés au donateur du terrain par

M. de Queylus, y mit cette condition expresse : « Au cas qu'il soit

« bdti une chamelle du côté de la côte, il sera pris sur la terre dudit

« sieur de Lessart autant de terre qu'il sera jugé nécessaire pour cet

K effet. 1) Et encore : « Dans ce cas, il sera pris pareillement sur la

« terre du sieur de Lessart, du côté de la côte, ce qui sera nécessaire

« pour l'accommodement du presbytère, qui eft placé sur la conces-

(2) Archives de la « sion du sieur de Lessart (2). » Mais cette clause : au cas qiCil soit

paroisse de Sainte- bdti une chapelle du côté de la côte, montre manifeftement que la

Anne; confirmation chapelle alors exiftante,& à l'occasion de laquelle M. de Queylus

par M. de Laval, à la ■ 1-1 • -i - c • j n 1 - • • .

■^ . , . \ j avait accorde les privilèges conhrmes dans cet acte , n était point du

suite du contrat du . . , ^^ ix~. -^^

8 mars iGSy. '^ôté de la côte, qu'elle était située près du fleuve, sujette à être enva-

hie par les eaux, & par conséquent la chapelle primitive de Sainte- Anne.

5° Ce que M. de Laval avait craint & prévu arriva : l'église de Sainte-Anne & le presbytère furent détruits par les eaux avant l'été de 1676, où M. Fillon, prêtre, en commença une nouvelle, non plus au bord de l'eau, comme avait fait M. de Queylus, mais du côté de la hauteur. Or le manque de fonds n'ayant pas permis de continuer la conftruiftion du nouvel édifice, il n'v eut plus, pendant un certain nombre d'années, aucune église de Sainte-Anneau Petit-Cap. C'eft M. de Laval qui nous apprend ces particularités dans un mémoire qu'il envoya de France, au séminaire de Québec, en i685, & qu'il remit à M. de Saint- Valier, son successeur. «Comme M. Morel devait a faire encore quelques quêtes pour le rétablissement de Péglise de « Sainte-Anne , dit-il, il faudrait, en cas que l'on envoyât six maie çons, en occuper deux à Sainte-Anne, & commencer au plus tard « l'été de l'année 168G, à moins que les navires n'arrivassent assez a tôt pour que l'on pût commencer dès cette année même; ce qui « aurait un bon effet & exciterait les peuples à continuer leurs cha- « rites pour le rétablissement d'une église où tout le pays a une si f3)Mémoirede i685 " grande dévotion (3). « Voilà donc l'hiftoire véritable de la deftruc- 16 pages in-fol. tioD de la chapelle primitive, & l'établissement d'une nouvelle sur l.i

hauteur.

6° Un autre témoignage, qui confirme de plus en plus & justifie

A LA COTE DE BF.ArPRK. l()3(S. 505

sans réplique ce que nous venons d'établir, c'eft une note écrite en i68(j, adressée à M. des Maizerets, prêtre du séminaire de Québec, & portant au dos ces mots écrits de la main de M. de Saint-Valier ■' Le temps qii 'on a commencé à bastir les églises de la côte de Beaupré. Voici ce qu'on y lit : « lôSp, l'église de Sainte-Anne, pour la « première fois, fut placée sur le bord de la rivière, à la haute marée, « & ensuite portée plus haut, sur le bord du grand coteau , à cause « de l'incommodité des eaux qui l'entouraient dans sa première a place. Cette (première) église, bâtie de pierres, en la place (c'efl-à- « dire en remplacement) de cette première, qui n'était que de bois, « fut commencée l'été de 1666, par les soins de feu M. Fillion, 'i) Archives du sé- « prêtre (i). » Cette deuxième, dont il eft parlé ici, subsifta jusque minaire de Québec, dans l'année 1787, où l'on en conftruisit une nouvelle sur le même Lettre a M. Desmaize-

emplacement (2). /• x d -a j 1

r \ J . . . „ (2) Regiltre de la

Il faut donc conclure que la première église du Petit-Cap, enva- paroisse de Saintehie ensuite par les eaux du fleuve, était celle même dont M. de Quey- Anne. Note de M. lus désigna la place en i658, & qu'il mit sous l'invocation de sainte Gaillard. Anne] qu'enfin la supposition d'une église plus ancienne encore, qui aurait été bâtie dans le même lieu par des Normands ou des Bretons, efl une hypothèse fausse, démentie par les monuments hiftoriques du séminaire & de l'archevêché de Québec.

Si M. de Queylus plaça cette église sous le vocable de sainte Anne, ce fut pour mettre de plus en plus en honneur le culte de cette Sainte en Canada, conformément à ce que M. Olier avait déjà fait à Paris, & surtout dans la paroisse de Saint-Sulpice, par un effet de sa grande dévotion envers la sainte Famille de Jésus , Marie & Joseph , dont il voulut même que le monogramme servit d'armoiries à la Compagnie qu'il inftitua. M. Olier honorait d'un culte particulier la glorieuse sainte Anne, qui eut des rapports si intimes avec ces trois augulfes personnes; il l'avait prise pour son avocate dans ses affaires temporelles; &, faisant le pèlerinage d'Auray en Bretagne, il s'était associé à la confrérie inftituée en son honneur dans cette célèbre église (3). Il eut toujours singulièrement à cœur de répandre son culte ( <} Vie de M. Olier, parmi les paroissiens de Saint-Sulpice; &, en 1647, ayant fait cons- part. II,liv. iv, ch.xM,

truire, à l'extrémité du faubourg Saint-Germain, une église suceur- ^•'''"°" ""^ ■' ■"'-' *• '> , ,- , , " . , . „.?,,,,,. p. S5t). Ibid., liv. VI.

sale pour la commodité de ceux qui étaient trop éloignes de leglise ^.,, ^^^, , n ^■:j

paroissiale, il l'avait placée sous le vocable de sainte Anne, quoique

les Religieux de l'abbaye eussent d'abord désiré qu'elle fût mise sous

celui de saint Maur, ce qui la fit appeler indi([in£[ementSainte-Anne, (4.) IbiJ., part. II,

ou Isi petite paroisse {^). Le vocable donné à cette nouvelle église fut •''*■• "•> '-"h- vi, t. II,

cause, sans doute, qu'en i655 & i656 une chapelle avant aussi été ^' ' ^'

n ■ ■ c ■ T^ ■ 1 J-»'- J 1 (5; Recherches cri-

conltruite au quartier Saint-Denis, pour la commodité des quelques jj ' ^^ ^^^ j^ ^.jug jg

habitants trop éloignés de l'église de Montmartre, on l'appela pareil- Paris,par.Taillot.i773,

lement du nom de Sainte-Anne, à laquelle on la dédia (5). M. de quartier Saint-Denis.

566 PREMIÈRE CHy\PELLE DE SAINTE-ANNE. l658.

Queylus suivit donc ces exemples, en mettant aussi sous l'invocation de sainte Anne l'église dont il autorisa la conrtrudion à la côte de Beaupré, pour l'avantage de plusieurs habitants trop éloignés de l'église paroissiale de Québec.

Nous ajouterons, en terminant, qu'à Paris, pour diftinguer l'église de Sainte-Anne, au faubourg Saint-Germain, de celle du faubourg Montmartre, on désigna cette dernière sous le nom de Sainte- Anne de la Nouvelle-France. On appelait ainsi le voisinage de cette église, parce qu'on avait commencé à y bâtir des maisons & à l'habiter vers l'année 1 624, d'où lui vient le nom de quartier ou faubourg de la Nouvelle-France ; & c'eft ainsi qu'on le trouve désigné sur les (i) Recherches cri- anciens plans de Paris (i). Un particulier fort dévot à sainte Anne,

tiques sur la ville de gyam laissé par teftament une rente à la fabrique de Saint-Sulpice à arib.par ai ot,ij-j., Paj-jg attribua une partie de ce legs à l'église de Sainte-Anne de la

quartier Samt-Denis. , ^ . ° ^ " ■ r

Nouvelle-France, ce qui donna heu a un smguher quiproquo.

M. Dudouit, chargé à Paris des intérêts de M. de Laval, alors évéque

de Québec, eut connaissance de ce legs , & en informa ce prélat , ne

doutant point qu'il n'eût été fait à l'église de la côte de Beaupré. Il

agit donc en conséquence; mais il se désilta dès qu'il eut vu le tefta-

jnentj & en écrivit à M. de Laval en ces termes : « J'ai éclairci le

a teftament, par lequel on disait être donnée à l'église de Sainte-Anne

« de la côte de Beaupré partie d'une rente due par la Fabrique de

K Saint-Sulpice. Cette donation ne regarde point le Canada, mais

« une chapelle Sainte-Anne au faubourg de la Nouvelle-France

(2) Archives du se'- « à Paris (2). « Le nom de ce faubourg eft tombé depuis longtemps

minaii-e de Québec. ^^ désuétude; il n'en subsifte d'autre veftige aujourd'hui que le nom

Lettre de M. Dudouit . , , j r- • •.„ - r j n 1

à Mgr de Laval du de la caserne des gardes r rançaises. Située presque en tace de 1 empla- 26 mai 1682. cernent où était l'église de Sainte-Anne, & qu'on appelle encore

caserne de la Nouvelle-France.

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