LA PERSEVERANXE LE -T • 'T. IT > J
NOUVEAU CHRÉTIEN, obtcttu la permissîon de parler, apoflropha le néophyte en ces termes : « Mon frère, écoute-moi; je te nomme « ainsi, car tu es mon frère, en vérité, tant parce que nous « n'avons plus qu'un même père qui est Dieu, que parce que (1 nous portons tous deux le nom de celui que les chrétiens « honorent en ce jour (saint Jean-Baptifte). Tenons ferme (( dans la foi ; ne fétonne point pour les crieries de tes « gens, & ne te mets pas dans l'esprit qu'ils doivent tous " croire, car tu serais trompé. Pour moi, je t'assure que, Il quand je serais persécuté de tout le monde & que je me (I verrais à deux doigts de la mort, jamais je ne ferai un « pas en arrière. » — « J'espère, lui répondit le néophyte, « que je respecterai mon baptême toute ma vie, & que la « crainte de la mort n'ébranlera pas ma créance. » Tout ceci se passa avant la Messe que ce nouveau chrétien entendit pour la première fois, & à laquelle il fit sa première Communion. Ces deux sacrements, qu'il reçut ainsi le même jour, produisirent en lui un changement si remarquable, qu'encore qu'il fût ordinairement bien répandu à l'extérieur, ajoute le P. Lallemant, on vit néanmoins dans toute sa personne une modeftie extraordinaire, qu'il a
PAIX. KVÉCHli EN CANADA. 1646.
conservée jusqu'à ce jour (i). Le capitaine huron dont (i) Relation de 1646,
nous venons de parler, Jean-Baptiste -Attironta, frappé de P' ^^'
la beauté des blés dinde de Montréal, prit la résolution
d'aller chercher sa famille & d'en amener encore une
autre, pour venir y faire leur séjour. « S'il continue dans
tt ce propos, ajoute le Père Lallemant, il ébranlera beau-
« coup de Hurons pour le suivre, & je ne puis douter que,
(I si les Iroquois supérieurs ne descendent point jusqu'à
« Montréal, cette île ne se peuple de sauvages en quelque
« temps, &. que Dieu n'y soit honoré. »
La nouvelle de la paix faite avec les Iroquois s'étant répandue en France, les Associés de Montréal jugèrent que l'occasion était favorable pour envoyer à Villemarie un clergé nombreux, que cette paix devait naturellement rendre nécessaire, en ouvrant aux ouvriers apostoliques la porte de toutes les nations. On a vu déjà qu'en 164!^ ces pieux Associés avaient écrit au Souverain Pontife, pour qu'il lui plût d'autoriser le Nonce résidant à Paris à donner des pouvoirs de jurididion aux ecclésiaftiques qu'ils avaient résolu d'envoyer alors au Canada. Mais, n'avant point reçu de réponse à cette demande, ils concertèrent entre eux le moyen de réaliser enfin le dessein qu'ils avaient conçu de faire ériger, dans le pays, un Siège épiscopal. Ce moyen, qu'ils jugeaient nécessaire pour y étaWir solidement la religion, leur semblait d'ailleurs être le plus doux & le plus naturel, pour introduire à Villemarie les prêtres séculiers qu'ils avaient en vue. Après donc que M. de Maisonneuve eut réglé les affaires domeltiques qui l'avaient amené en France, Téredion de ce futur évêché fut l'objet de toute sa sollicitude & des conférences qu'il eut avec les autres Associés de Montréal. Comme ils avaient déclaré que, dans l'établissement de "Villemarie, ils ne voulaient être à charge ni au peuple, ni au clergé, ni au Roi, ils résolurent de doter, à leurs propres frais, le nouveau Siège épiscopal 8c de chercher parmi les membres de leur Compagnie un homme
iL*0CCAS:ONDELA PA'X, LESASSOCIÉSDE MONT- REAL VEULENT FAIRE ÉHIGER A LEURS FRAIS UN ÉVÊCHÉ EN CANADA
ET NOMME EVECillE DU CANADA.
48 n*^ PARTIE. LES CENT ASSOC. ET LA COMP. DE MONTRÉAL.
qui eût toutes les qualités désirables pour le remplir.
LEGAUFFRE DÉSIGNÉ Déjà lls avalcnt jeté les yeux sur M. Legauffre, sans
lui découvrir pourtant leur pensée. Thomas LegaufFre, autrefois maître des Comptes à Paris, converti à Dieu par le miniftère du P. Bernard, dit le pauvre prêtre, avait embrassé l'état ecclésiaflique, pour rompre entièrement avec le monde, & s'était donné à ce saint Prêtre comme son coadjuteur dans l'exercice de sa charité. Le P. Bernard avait obtenu, par ses prières, de l'avoir pour successeur, ainsi qu'il le lui avait déclaré lui-même avant sa (i)Vie de M. Le- mort, qui eut lieu en 1641 (i); & M. LegaufFre lui succéda, gauffre, par Grandet, ^^^ ^^^ ^^^^ j^ service des malades de la Charité à Paris,
manuscrit, t. Ij p. 4«i. ' . , . • j i •
dans le soin des prisonniers de la Conciergerie du palais
& dans l'assiflance des criminels condamnés au dernier
(2) Le Nouveau supplicc (2). Commc il jouissait d'un riche patrimoine &
Monde, ou l'Amérique ,j^ ^ j^ très-génércux aie répandre en bonnes œuvres,
chrétienne, par Lhol- ^ o t J
mer. dès qu'il eut appris que les Associés de Montréal , ses
confrères, se proposaient de fournir une somme considérable pour en former un revenu à l'évêque & à son clergé, M. Legauffre, qui ne savait pas qu'on pensât à lui pour ce Siège, donna trente mille livres, à quoi les Associés joignirent encore d'autres sommes. Pour en venir à l'exécution, ils proposèrent leur dessein au cardinal Mazarin, qui avait alors la conduite des affaires, & ce Miniftre approuva hautement l'éredion d'un Siège épiscopal dans la Nouvelle-France, en ajoutant que M. Legauffre, dont il connaissait le zèle, le courage & la vertu, était très-propre pour le remplir. Il crut cependant qu'avant de donner suite à cette affaire il était de la sagesse & de la prudence de savoir si Téredion d'un évêché & si la personne de l'élu seraient agréables aux RR. PP. Jésuites, chargés seuls de toutes les missions du Canada. Les Associés allèrent donc trouver le P. Georges Delahaye, qui prenait soin alors de la mission de ce pays. Ce Père, après avoir ouï leur proposition, en conféra avec deux autres Religieux de la même Compagnie, qui l'un & l'autre connaissaient