PAIX AVEC LES IROQUOIS. 1646. ^.S
avait pensé mourir de froid ; s"adressantà Dieu, dans cette extrémité, il lui tint ce langage : « Secours-moi, mon Père; « si tu veux, tu le peux faire; mais sache que tu ne me <( fâcheras point si tu ne le fais pas. Si j'étais baptisé, je ne « serais pas marri d'être malade, je ne craindrais point la (( mort : fais-moi recevoir le baptême avant que je meure. » Le missionnaire à qui il demandait ce sacrement avec inftance lui dit un jour, pour l'éprouver, qu'après son baptême il serait infidèle à ses engagements. «"Peut-être (( que oui, répondit le sauvage, car je n'ai point d'esprit; « néanmoins, si je ne craignais de parler en téméraire, je « dirais que je tiendrai bon & que je serai confiant; du (( moins j'en ai le désir sincère. » Madame d'Ailleboufi, qui aimait à s'entretenir avec ce catéchumène, lui dit un jour : « Oui, tu désires le baptême ; mais si ta femme voulait t'em- « pêcher d'être chrétien, que ferais-tu? — « Je ne l'aime « pas, répondit-il, j'aime le baptême. " C'était leur façon de s'énoncer, afin de témoigner leur amour pour une chose qu'ils préféraient à toute autre. « Je n'aime personne, « j'aime le baptême. Le missionnaire peut bien me le re- (I fuser; il ne saurait m'empécher de prier; &, quand il <i me chasserait d'auprès de lui, je ne laisserais pas de
-^. , '^ , ', . . ^ '^ , , (1) Relation de 1Ô46,
(I croire en Dieu, dans quelque endroit que je tusse (i). » „. ^g^ 3-,.
Les longues épreuves de ce sauvage, qui augmentèrent ce néophyte est bapsa ferveur, contribuèrent à rétablir dans l'esprit des païens i!j'^E-r^MADlM'E°D\iLl'estime de la dodfrine chrétienne; & enfin, lorsqu'on Feut leboust le nom de suffisamment éprouvé, il reçut solennellement le baptême, jean-baptiste. le 24 juin de cette année 1646. M. d'Ailleboufi voulut être son parrain, & madame d'Ailleboufi se fit un plaisir d'être sa marraine ; & comme c'était la fête de saint Jean-Baptiste, ils lui imposèrent le nom de ce saint. Il paraît que ce néophyte, alors âgé de trente-cinq ans, n'avait pas eu moins de zèle à s'inftruire des vérités de la religion que de générosité à en observer les préceptes : c'est le témoignage qu'on lui rend dans l'ade même qui fait foi de son ^--. ^^f'^ï^^f '^^ }^
l^ paroisse de V illemarie,
baptême (2). Aussi les Français & les principaux d'entre 24 juin lO^e.
les sauvages assiftèrent-ils à cette cérémonie ; & nous devons ajouter que ce ne fut pas sans une grande édification pour eux. Quoique le néophyte fît paraître une modestie peu commune dans un sauvage, elle ne Tempéchait pas de répondre d'une voix forte & assurée à toutes les interrogations qu'on lui fit. Passant même les limites qu'on lui avait prescrites, de peur que la cérémonie ne traînât en longueur, il donnait à chaque inttant des marques de sa foi, en proteftant qu'il la conserverait & la défendrait au péril de sa vie; & quand on lui demanda s'il renonçait à ses anciennes superftitions, au lieu de répondre par un seul mot, il les nomma toutes en particulier, en présence
fi) Relation de 1646, j ^ • ^ ,- n
M^ des sauvages ses compatriotes (i).
JEAN -BAPTISTE ATTi- Après la cérémouie du baptême, un capitaine Huroii, RONTA EXHORTE A ^-(Qj^j^^é Jean-Baptiftc Attironta, qui était présent, ayant