GE L OPPORTUNITE DE ^ ^ <J
LA FONDATION DUN clatlonS;, & prièrent les évêques de rassemblée générale du clergé de France, commencée en 1645, de prendre en considération cette affaire; ce que les prélats firent volontiers. Dans la séance du vendredi 25 mai 1646, Mgr Godeau, évéque de Grasse, après avoir rappelé aux évêques la générosité de M. Legautfre, qui, avant sa mort, avait donné dix mille écus & se proposait de donner beaucoup davantage encore, ajouta : « Il eft digne de la piété & de « la dignité du clergé de France de travailler à la perfec- « tion d'un si religieux dessein, afin que TÉglise que Dieu « a assemblée au pays de Canada, avec tant de merveilles, « ne demeure plus longtemps privée d'un évêque pour la « gouverner. Dans Tétat où elle se trouve maintenant, on « peut dire que ce n'est qu'à moitié une Eglise chrétienne, « lÉglise étant l'assemblée du peuple, uni à son évéque. « Les Apôtres ayant annoncé l'Évangile quelque part y « laissaient toujours un évêque pour gouverner ceux qu'ils « avaient éclairés de la lumière de la Foi ; telle a été aussi « la pratique confiante de leurs successeurs, & l'Église « de France, en particulier, a donné souvent des évêques « à d'autres royaumes. L'établissement d'un évêque en « Canada ayant été retardé jusqu'ici, à cause de la guerre « qui existait entre les deux plus puissantes nations de ce M pays, il n'y a plus sujet de différer, maintenant que la u paix établit la sûreté & le commerce entre elles. Les « Français habitués en ces quartiers désirent ardemment « d'avoir un pafteur qui les régisse, dans l'ordre de la « hiérarchie, & leur adminifire, à eux & à leurs enfants, le « sacrement de la Confirmation; & les infidèles qui secon- « vertissent en ont particulièrement besoin pour être fora tifiés dans la Foi qu'ils ont embrassée. Enfin messieurs « de la Compagnie de Montréal sont disposés à contri-
raie
rance.
PAIX. ÉVKCHÉ EN CANADA. 1646. 5l
« buer, de leur part, pour assurer, autant qu'ils le pour-
« ront, la subsiltance de l'Évéque & celle de son clergé (i). (O Procts-vcrbai de
« C'est pourquoi il me semble que l'assemblée ferait une l'assemblée genc
t ~L ^ T- , 'i'J 'Vierge de Frai
« adion très-sainte & tres-honorable de députer quel- ,645, p. 748
« ques-uns de ses membres vers la Reine pour la sup-
« plier de nommer un évèque en Canada, afin que l'Église,
« privée de cette consolation depuis si longtemps, s'ac-
« croisse, de jour en jour, par les soins & la conduite d'un
« bon pasteur, que la Reine choisira, sans doute, tel qvi'il
(1 doit être pour une si grande entreprise. Nous espérons
« même de sa piété & de son zèle pour la gloire de Dieu
« quelle contribuera par quelque don à la fondation de
« cet é\'êché & qu'elle trouvera bon que la Compagnie
« supplie Sa Majesté d'interposer son autorité, afin que
(I les dix mille écus destinés par feu M. Legauffre, pour
« ce dessein, y soient appliqués, selon son intention. »
L'assemblée des évéques accueillit avec empressement l'assemblée approuve une r>roposition si conforme à ses i^roiires désirs & réso- le dessein d ln eve-
1 J- • ir- 1--1 ~1T-.- '^"^ ^^ CANADA, ET
lut, a un commun avis, de taire des mltances a la Reine, le cardinal mazarin Elle nomma même, pour porter la parole de sa part à cette i-romet de contri-
I , A J r^ . .1 J /-■ • • BLER ASAFONDATION.
princesse, les eveques de Seez èc de Crasse, ainsi que MM. d'Aquilinguy & Barsillon, priant en même temps les deux évêques d'écrire à Sa Sainteté, si leur demande était favorablement accueillie (2). Le mercredi 11 juillet (2)Procès-verbai suivant, le cardinal Mazarin, s'étant rendu en personne à l'assemblée du clergé, 8c présidant la séance, l'évêque de iô4.Sp!75o Grasse prit la parole pour lui rappeler la résolution des évêques de supplier la Reine de favoriser l'établissement d'un évêque en Canada. Il ajouta que tous ces prélats espéraient de son zèle & de l'affedion qu'il portait en toute occasion à leur Compagnie, qu'il apprécierait très-volontiers cette humble supplication ; que toute l'assemblée la lui faisait d'une commune voix, & qu'enfin ces prélats seraient doublement satisfaits du succès , soit à cause de 1 avantage qui en reviendrait à l'honneur & au service de Dieu, soit parce qu'ils auraient obtenu l'accomplissement
rassemblée gtntralj du clergé de Frar.ce,
LE PROJET DE L ETA- BLISSEMENT d'i'N ÉVÊ- CHÉ EST DIFFÉRÉ.
d'un si pieux dessein par Tentremise de Son Éminence. - Le Cardinal reçut cette proposition avec une satisfaflion toute particulière. Il répondit qu'il la jugeait si utile à rÉglise^ que non-seulement il était prêt d'employer^ pour la faire réussir, ses services auprès de Sa Majesté, mais qu'il offrait même de donner du sien propre pour la dota-
(1) Pioccs-verbaide tion de l'évêquc, jusqu'à mille écus par an, en attendant rassemblée générale qu'on DÛt Créer unc pensiou de pareille ou de plus grande
du clergé de France, ^ '■ . ^ . . ta
1645, p. 822. somme, sur le premier bénéfice qui viendrait à vaquer (i).
Il paraît que le cardinal Mazarin promit même de donner douze cents écus de pension, à prendre sur ses pro-
(2) Procès-verbal de pres bénéfices (2). Mais, quelque zèle qu'il fît paraître rassemblée générale Péreflion d'un évêché cu Canada, & quelque em-
du cierge de rrance, '^ > ^ L '
i656. p. G29. pressement que montrât, de son côté, le clergé de France,
la chose n'eut pas lieu alors. Les RR. PP. Jésuites, que le cardinal avait jugé convenable de pressentir sur l'érection de ce Siège, n'ignoraient pas que, pour former une véritable Église, il eft nécessaire qu'elle soit gouvernée par un évéque. « Il ne faut pas attendre, écrivait l'un « deux, le P. Biard, que les sauvages n'aient besoin « ni de curés ni d'évêque. Dieu n'a pas encore fait de i< tels chrétiens, ni n'en fera, comme je le pense : car « notre vie spirituelle dépend de la doétrine & des sacre- « ments, &, par conséquent, de ceux c^ui, selon l'inflitution « divine, doivent notis les administrer. » Mais il paraît que ces Religieux, après de mûres réflexions, considérant l'état incertain de la paix, que déjà les Iroquois cherchaient à rompre, jugèrent que le moment de cet établissement n'était pas encore venu. On peut du moins le conclure de ce qu'écrivait, sur ce sujet, la Mère Marie de l'Incarnation, le 11 odobre de cette année 1646 : « L'on « parle de nous donner un évéque en Canada; pour moi, « mon sentiment eft que Dieu ne veut pas encore d'é- (I véque dans ce pays, lequel n'eft pas assez bien établi. « D'ailleurs, nos Révérends Pères y ayant planté le chris- « tianisme, il semble qu'il y a de la nécessité qu'ils le