PAIX. CHARLES LE MOYNE
« cultivent encore quelque temps sans qu'il y ait personne « qui puisse être contraire à leurs desseins (i). » Nous devons ajouter que, si Ton considère ce qui eut lieu immédiatement après, savoir que la paix avec les Iroquois fut rompue au bout d'une année, & que la guerre avec ces barbares réduisit la Colonie Française aux dernières extrémités, on conviendra en effet qu'un évêque n'était pas encore devenu nécessaire.
(i Lettres spirituelles de Marie de l'Incarnation, lettre 42% p. 80.
MARCHES, LA COUR SE PROPOSE DE FAIRE ÉRIGER PROCHAINE- MENT IN livÉCHÉ AU CANADA.
Quoique cette tentative n'eût pas alors le succès que p^r suite de ces dédésiraient les Associés de Montréal, elle fut néanmoins l'occasion qui fit prendre à la Cour la résolution arrêtée de donner, dans un temps plus ou moins éloigné, un évêque à la Nouvelle-France. Aussi voyons-nous que, l'année suivante, 1647, dans les articles dressés pour le gouvernement de ce pays, le roi déclara que le conseil qu'il établissait à cette fin serait composé de trois personnes ; du gouverneur de Québec, de celui de Montréal & du Supérieur des Jésuites, en attendant qu'il y eût un évêque en Canada. Il est bien probable, comme la suite le montrera de plus en plus, que, sans ces efforts de la Compagnie de Montréal, on n'aurait point songé à donner un évêque à ce pays, & qu'il en aurait été du Canada comme de la Martinique & des autres îles Françaises, qu'on a vues refier si longtemps sur le pied de simples missions, & qui n'ont été pourvues de Sièges épiscopaux que vers le milieu de notre siècle.
Cependant la paix faite avec les Iroquois allait être rompue par ces barbares, quoiqu'ils l'eussent eux-mêmes désirée ; & la Providence, qui veillait à la conservation de Villemarie, lui procura, dans ces circonftances, un secours important dans le don qu'elle lui fit d'un habile interprète en langue iroquoise, qui rendit les services les plus signalés & illustra même le pays : nous parlons de Charles Le Moyne. Jusqu'alors on n'avait pas eu à Villemarie d'interprète assez capable pour négocier avec les Iroquois;
CHARLES LE MOYNE SE FIXE A VILLEMARIE, EN QUALITÉ d'iNTER- PBÈTE.
suites. 1046.
& cette année 1646, M. de Montmagny y envoya, très à propos, celui dont nous parlons, pour qu'on s'en servît dans les pourparlers avec ces barbares. Charles Le Moyne, venu de France en 1641, s'était d'abord engagé au service des Pères Jésuites, qui ra\-aient conduit & entretenu pendant quatre ans au pays des Hurons , ainsi qu'un de ses oncles appelé Duchesne. Dans le séjour qu'ils y firent, ils acquirent une certaine habitude des langues sauvages, avantage qui les mit à même de servir ensuite utilement les Français. Aussi -^'oyons-nous que Duchesne fut envoyé aux Trois-Rivières, & Charles Le Moyne à 'Villemarie, (1, Journal des Je- Puîi & l'autre en qualité d'interprètes & de soldats. Ce dernier était né à Dieppe, paroisse Saint-Remi (*), & ce fut, sans doute, sur ses invitations ou à son exemple, que plusieurs honnêtes familles de la même ville quittèrent la France 8c allèrent s'établir à Viliemarie (**). Nous n'osons
(^) Charles Le Moyne, fils de Pierre Le Moyne & de Judith
Duchesne, fut baptisé dans l'église paroissiale de Saint-Remy de
Dieppe, le 2 août 1626, & reçut le nom de Charles, que lui imposa
[2] État civil de honorable homme Charles Ledoiix, son parrain (2). Vers l'année
Dieppe, regiftres de la i633, ses parents quittèrent cette paroisse & s'établirent sur celle de
paroisse de St-Remy, Saint-Jacques (3), alors habitée principalement par des marins & des
''^, ,'/''!. '^ '^'.^•ft commerçants, & y tinrent une hôtellerie : ce qui les a fait qualifier
Il ; ., regi res /((J^^/Zeri dans le regiftre de la paroisse de Villemarie (4). de la paroisse de bt- ™^, • j c ■ . t j t>- - j • »
Jicques de iG'i 4 à ^ ' ^^ '^ paroisse de bamt-Jacques de Dieppe, ou demeuraient
ji3,., ■' les parents de Charles Le Moyne, sont parties une multitude de
(4'. Regifires de la familles pour aller s'établir en Canada. Dans le regiftre de la seule paroisse de Villemarie. année 1G28, on trouve mentionnés des Duhamel, Hardy, Auger, Aubuchon, Duhuc, Godebout, Svmon, Davignon, Caron, Dujardin, Bourdon, Boulanger, Léger, Fontaine, Baudry, Le Duc, Brunel, Dufresne, Hébert, Sénécal, Gaudry, Thierry, Duval, Blondel, Gervais, Vallée, Leroy, Lecomte, Lemercher, Dumetz, Godard, Neveu, Lécuyer, Leroux, Dumouchel, etc. Sur la paroisse de Saint-Remy étaient établies des familles des noms de Viger, Cardinal, Gisfard, Duchesne, etc., etc. Dieppe étant alors l'un des principaux ports d'où partaient les navires pour la Nouvelle-France, & où ils arrivaient à leur retour chargés des produclions de ce pays, ces relations commerciales devaient naturellement attirer en Canada un grand nombre d'habitants de cette ville, & en mettre beaucoup d'autres en rapport avec les précédents. Aussi vovons-nous qu'en l'année 16^7 on avait
marine à Paris.