‹ Histoire de la comédie ancienneChapitre 107 sur 129 · CHAPITRE V. LA COMÉDIE D'ARISTOPHANE · texte numérisé non relu

CHAPITRE V. LA COMÉDIE D'ARISTOPHANE

faisaient corps avec elle, étaient altérées sans vergogne en vue d'un effet de théâtre (1). Le malheur n'était plus un mystère dont le Ciel se réservait le secret, et la vie future, le dernier mot: c'était un châtiment, la conséquence logique d'une faute, et les inculpés plaidaient non coupables, même quand ils étaient condamnés par la conscience publique. Ils s'autorisaient de l'exemple de héros dont on avait enseigné le respect au peuple, glorifiaient la passion dans tous ses excès, confondaient audacieusement les limites du bien et du mal (2), initiaient les esprits honnêtes aux faux- fuyants avec soi-même, leur apprenaient à transiger avec le devoir, à capituler avec le crime, et accusaient le Destin, la loi suprême des dieux et des hommes, d'aveuglement ou d'injustice. La Patrie lui semblait un accident et un préjugé, qu'il n'acceptait que sous bénéfice d'inventaire (3) : en cas de conflit il se tenait pour plus obligé envers l'Humanité (4), et déniait à la volonté passagère d'une foule ignorante et passionnée, à la Loi, le droit de diriger la conscience et le pouvoir de réglementer la vie (o).

(1) Eschyle lui disait dans les Grenouilles, V. 106-2 :

et le peuple applaudissait. Ainsi, par exemple, il avait si capricieusement altéré les traditions relatives à Hélène, qu'un de ses admirateurs a supposé que la tragédie dont elle est le centre n'était pas une œuvre sérieuse, mais un drame sa lyrique ; Firnhaber ; dans Zimmermann , Zeitschrtft fur Alterthum , 1)^39, t. I, cah. 2. Voy. E. C.urtius, Griechische Geschichte , t. II, p. 316 , 512 et suivantes.

(2) Aristophane le lui reprochait par la bouche d'Eschyle : nTw'^'Aiav i^i'îaîa; • Ranae, V. 1069. Quelquefois même le cynisme de ses personnages dépassait toutes les bornes et révoltait le public : voy. Sénèque, Epislolae , let. c.w.

(3) Il est souvent difficile d'apprécier la signification réelle d'un fragment, et pres(|iie toujours impossible d'attribuer à un auteur dramatique les sentiments <|u'il a donnés à

ses personnages. Ce jugement sur l'inlluence politique d'Euripide s'appuie donc surtout sur les tendances morales et les habitudes de sa pensée. Nous indiquerons cependant quelques vers où la forme doctrinale de l'expression semble donner un sens précis et général à la pensée.

Incerla Fabula, fr. (.xxxn) 867, éd.

de Wagner.

Il a même dit, Phaethon, fr. (iv) 765 : iii; ■navTayoû yî "«tj'i? t^ JJÔffxo'jffa "^r^.

Voy. aussi Incerta Fabula, fr. (xxx) 86;-.

(4) A la première citation de la note précédente et à la seconde de la note suivante, nous ajouterons, Sup})lices, v. 50 6 :

«^iXeiv [xiv O'jv yoT] toù; (joçoù; icowtov léy.va, "trî'.Ttt Toxia;, r.a.-z^i^a. xî-

Voy. aussi Hercules furens, v. 574.

Tov [AÈv vàp o'jiî'i; àv St.T.a-z^i'iai r.o-ï

Dans ses hardiesses de libre penseur il avait devancé de plusieurs siècles ses contemporains, et réprouvait dédaigneusement les vieilles coutumes sanctionnées par la sagesse des ancêtres, qui servaient de base à la civilisation d'Athènes. Il voulait qu'on consultât pour se marier, non les prétendus intérêts de la Société ou la convenance de sa famille, mais ses convenances personnelles et ses propres sentiments (1). Les enfants n'étaient pas dans sa pensée de petits citoyens dont la propriété appartenait ofTiciellement à TÉtat; il les croyait vraiment fils de leur père et lui reconnaissait le droit de les élever à sa guise, selon sa condition et son amour paternel (2). Il ne voyait pas dans la femme une créature inférieure, née pour tenir la maison de son mari comme une femme de charge, et couver des poussins comme un animal de basse-cour (3). Enfin, il n'admettait pas que le malheur eût dépouillé l'esclave de sa dignité d'homme, et l'eût livré pieds et poings liés aux caprices et au fouet impitoyable d'un maître (4). Malgré toute son honnêteté de philosophe, c'était, en un mot, un poète très-romantique et

ftiTup ^ûvat-o, xôv S' âvu T£ /.al xaTw et voulait qu'on songeât plutôt à développer

AÔYO'.ç Taçâ(T(Twv ToX\ây.t<; \'r^a.l^f:a: ■ lintelligeuce des enfants qu'à suivre l'usage

Pirithous , fr. (vm), 598. grec, à fortifier leur corps pour en faire de

,^' ^Sf ■■ ■ ' a ,^- ■ , bons soldats :

oçôwç à6{i"^ffavT' ti'îivai to Qpacrrîov ■ Sooôv fàp w poÛAî'j;j.a xà; -rroÂAà; '/i'^'^'i

EurystheUS, fr. (vn) 379. vuà • (tÙv ojTkm 5' à;AaOia lîAetOTOv xajcôv •

( l) Non-seulement il veut que l'amour n'at- Antiopa , fr. (xxx) 205.

tende pas le mariage (&ùx aùOaipsToi ^çgtoiç ^h ^pap t^^ ffôivoç àvépoç •

•é?(ot:;- Dictys, fr. (ix) 340); mais il dit, Aeolus , fr. (xni) 27.

Fabula incerta, fr. (clv) 984 : /^\ ,- i ^ ■ i ix -ax i i

^ (3) Noulant pemdre 1 épouse idéale, il

Ut'Avr^a 8' 'Ejwç ao-ji.aç àçtTr^i j^^^j ^-^^^ ^ Andromaque :

.■t condamne en termes aussi positifs que ^.^^^^^^ .^^ ,^^ ^^^^^ .^,^. .

pourrait le faire un Anglais les mariages de " ^

convenance : ^ • •

il -KoWà /jj-h'^o.!:' , oùx izi.<navTa'. Ya|Xitv • TOV.vO(xa • xà H^âKK-t Ttà-na twv tkvM^w

Melanippa vincta, fr . (xxxi) 513. °"^^"^« "«"^"^ ^°^'^«"; > °^'«^ ^^''"'^°« T" (2) Il disait, Fabula incerta, fr. (li) 884

/on, V. 8 54.

To Dftiai S' èv ^fOToïfft i:oUà/.iç Voy. aussi Melanippa vincta, fr. (xxiv) 506,

z\sUo ^opi'Csi ?i>--p« to^ Ç'J'ai -f"'*» ^* Pliryxus, fr. (sni) 823.

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