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CHAPITRE V. LA COMÉDIE D'ARISTOPHANE

philosophique et très-spirituelJe, la -Médiocrité l'engage alors à rejeter loin de lui l'opulence qui le détournerait du travail, l'habituerait à une lâche indolence et le rendrait inutile à luimême et à sa Patrie; mais en sa qualité de bourgeois sensuel, Ghrémyle préfère garder la richesse qui lui est tombée du ciel. Les Athéniens honoraient de leur gratitude, sinon de leur estime, ces sycophantes au poil toujours hérissé et à la voix aboyante qui veillaient sur la liberté comme des dogues et se faisaient une fortune de la délation : Aristophane en montre un dépouillé tout à coup des indignes profits de son métier et en appelant bruyamment au Peuple de la justice du dieu. L'enrichissement fortuit d'un jeune homme vertueux détruit aussi le bonheur d'une vieille femme dont il était le dernier amoureux : elle pourvoyait si généreusement à toutes ses nécessités qu'elle s'en croyait aimée, et maintenant qu'il n'a plus besoin de ses dons, il la fuit et lui reproche outrageusement son âge. La fortune est l'objet le plus habituel des convoitises humaines : elle promet même ce qu'elle ne peut donner, et console des déceptions qu'elle n'a pas empêchées. Aussi, quand le bruit vient à se répandre que Plutus n'est plus aveugle et qu'il est possible d'attirer ses regards par des adorations, les autres divinités sont bien abandonnées. Mercure, affamé, renonce à sa dignité de dieu, et prend du service dans la valetaille de son confrère. Il n'est pas jusqu'à Jupiter, le maître des dieux et des hommes, qui ne tombe en discrédit, et son prêtre, réduit aux abois, déserte l'autel qui ne le fait plus vivre. La morale de la pièce n'est pas formellement exprimée ; mais l'intelligence des Athéniens suppléait au texte : ils comprenaient que les injustices, si criantes en apparence, de la Fortune étaient un contre-poids nécessaire à son immense crédit : si les dieux lui avaient accordé en outre le respect moral qu'on doit à la vertu, l'argent serait devenu un fétiche et les plus religieux ne reconnaîtraient plus I- 27

d'aulre Olympe que leur cassette. Le Plutiis n'est plus, comme on voit, la comédie sortie immédiatement des Bacchanales : la comédie barbouillée de lie, et d'une gaieté désordonnée; poussant droit devant elle, sans crier gare à personne, et comptant moins sur le travail patient de la lampe que sur l'étincelle qui jaillit tout à coup du briquet, et le feu de paille. C'est une comédie moins primesautière et moins brutale, mieux attifée et mieux peignée , qui s'emporte un peu moins contre l'immoralité du mal et s'amuse beaucoup plus de son côté ridicule. La forme elle-même est différente : il y a une action qui à la vérité ne finit pas, mais elle commence et elle marche : les principaux personnages ne sont plus la menue monnaie de l'auteur; ils ont, chacun, une physionomie distincte, pensent ce qu'ils disent, et parlent pour se répondre et non divertir l'auditoire. Le Chœur n'est plus une troupe de comparses qui chante et qui danse; c'est un personnage multiple, encore étranger au sujet et se mêlant beaucoup trop de choses qui ne le regardent point; mais il participe vraiment au dialogue et n'interrompt plus l'action par des réflexions épisodiques (1). Le Plutus était donc une première tentative de transformation, bien incomplète sans doute et, à tout prendre, peu satisfaisante: trop d'attaches la retenaient encore dans les vieux errements, et aucune théorie ne lui montrait la voie à suivre. La Comédie nouvelle ne fut, si l'on peut se servir de cette expression, qu'une comédie empirique, sans conviction et sans initiative, qui se modifie parce qu'elle voulait se modifier à tout prix, parce que les changements de la Constitution avaient rendu les anciennes libertés du Théâtre impossibles. Il lui fallut abdiquer

(1) Le Chœur est encore mêlé à la'pièce, tioii est interrompue et passe brusquement

et avait probablement un rôle réel dans la d'une scène à ime autre, Xopô;, nous paraît

première édition; mais il ne fait plus que même prouver que, malgré l'opinion des an-

figurer dans la nôtre, comme un intermède de ciens grammairiens, ce n'est pas le Chœur qui

musique et de danse. L'indication quise trouve manquait dans la pièce actuelle, mais le Cho-

dans les manuscrits, toutes les fois que l'ac- rége qui avait manqué dans la représentation.

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