‹ Histoire de la comédie ancienneChapitre 112 sur 129 · CHAPITRE V. LA COMÉDIE D'ARISTOPHANE · texte numérisé non relu

CHAPITRE V. LA COMÉDIE D'ARISTOPHANE

exaspérées de leur état de veuvage. Le peuple mAle était souverain : c'était écrit dans la Constitution, et par conséquent incontestable; mais comme beaucoup d'autres, celte souverainetélà avait des ficelles organiques, et les Athéniennes, formées en société Secrète, résolvent de les tirer à leur profit , et de veiller elles-mêmes au salut de la République. Elles ont une idée que notre siècle croyait avoir inventée : dans l'espérance de guérir un abandon parliel par un abandon complet, les plus violentes proposent de traiter leurs maris par l'homœopathie. Beaucoup, parmi les plus jeunes et les plus aimées, trouvent le remède bien dur; mais l'héroïsme est contagieux, elles sacrifient leur intérêt personnel à la cause générale, et la séparation de corps est mise à exécution dans toute la Grèce. Les vieilles l'aggravent par des voies de fait et des injures ; les autres, par les amabilités les plus décolletées : il y a même une scène d'alcôve entre deux époux, qui à la vérité n'aboutit pas, mais dont les préparatifs, à peine suspendus , devaient singulièrement embarrasser la pudeur même des sergents de ville (1). Elles finissent cependant par trouver ces petits triomphes bien illusoires, et le blocus leur devient aussi à charge qu'à leurs maris. Quelquesunes voudraient t'apituler ou plutôt se rendre à discrétion, et toutes éprouvent le besoin de rentrer, au moins pour quelques minutes, dans le domicile conjugal : l'une pour soigner de la laine qui doit être mangée par les vers ; l'autre, pour donner de la bouillie à un pauvre enfant dont son instinct maternel entend les cris. Heureusement le chef de la conspiration avait assez souffert pour ne compatir aux souffrances de personne ; il veille à la boucle de toutes les ceintures, et personne n'amène son pavillon. Les maris, convaincus tout à coup par la grâce de leurs femmes, que leurs ennemis ont toujours été leurs amis

(l) C'était, au moius originairement, des Scythes , des Barbares.

les plus cbers, s'empressent de conclure la paix: : elle est proclamée dans toutes les chambres à coucher, et Ton va la fêter deux à deux.

Malgré toutes les personnalités qui en épicent le comique, le Plutus n'est plus si exclusivement local. La scène se passe bien encore à Athènes, le jour même de la représentation (1) , mais elle aurait pu se passer ailleurs : le sujet véritable était une idée qui appartient également à tous les pays et à tous les temps. Les déshérités de naissance croient volontiers la distribution de la richesse inique et détestable : leur mécontentement du sort se double de Tenvie qu'ils ressentent de la fortune des autres; leur avidité de jouissances semble aux plus passionnés une question de principe, et ils attaquent la Société avec rage comme des Pandours montent à l'assaut quand le capitaine leur a promis le pillage. Aristophane avait beaucoup trop de modération et de bon sens pour donner à ce socialisme ravageur l'appui d'une comédie signée de son nom. Il ne nie pas que Plutus soit aveugle ; c'est une vérité mythologique : il se trompe donc quelquefois dans la distribution de ses bienfaits, et on ne peut s'en prendre raisonnablement ni aux gouvernants ni au dieu. Mais Esculape va lui rendre la vue : désormais, il sera donné à chacun selon ses œuvres, et un bonheur sans nuage régnera sur la terre. En conséquence, l'homme exemplaire de la pièce se trouve tout à coup comblé de biens, et aussitôt les indifférents murmurent et suspectent sa délicatesse; plus jaloux encore, ses amis le soupçonnent d'avoir volé, et le lui disent en face avec toute la franchise de l'amitié. Dans une scène quelque peu

(l) La quatrième année de la xm^ Olym- v. 175, 176, etc.). C'est probablement cette

piade (408 avant l'ère chrétienne) : il fut dernière qui a servi de base; mais les vers

repris vingt ans après, sans doute avec beau- que les changements de la législation avaient

coup de changements. Il y a dans la version forcé de supprimer au moment de la repré-

actuelle quelques vers qui n'ont pu appartenir sentation ont été rétablis, et peut-être ne

à la première édition (v. 173 et 1146); s'en est-on pas tenu à des interpolations

d'autres ne pouvaient plus se trouver dans aussi spécieuses. la seconde (toutes les attaques nominatives,

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