V. Les Oscilla
Le lendemain du jour où l'on eut personnifié les dieux, en les concevant à son image, la logique fut plus forte que les enseignements des prêtres; on les crut aussi animés de ses passions, sensibles à ses goûts et désireux de ses plaisirs. Il ne fut plus permis aux dévots de s'approcher les mains vides de leurs autels (3). C'eût été leur manquer d'égards, et on les supposait
(1) Girdy ne se trouve pas dans les die- Pauly, et celui de VAllgemetne Ëncyclopâ' tionnaires , mais comme Girdbreiv signifie die, m* p., t. V, p. 3 51 , n'a aucune va- Bouiliie (grossière) à l'eau, nous traduirions leur. Dans son Der BaumkuUvs , p. 80-88 , volontiers Une écuelle de purée (grossière) M. Botticher a réuni un certain nombre de sans beurre. Le patois de Cornouailles ajoute faits avec son érudition ordinaire ; mais l'orvolontiers un y à la fin des mots : Backy, dre et les idées y manquent un peu, et la Milky, Talky, Thicky. vraie connaissance du sujet n'y a pas bcau-
(2) Nous ne connaissons aucun autre tra- coup gagné.
vail spécial sur ce curieux sujet que le Mé- (3) Non apparebis coram me vacuus ;
moire insignifiant de Wallen , De Oscillis Exode, ch. xxiv, v. 15, et Peii/no/io/ne,
Baccho suspendi solilis , Abo, 1815. Il n'y ch. xvi , v. 16. a pas même d'article dans VEncyclopiidie de
beaucoup plus enclins à accueillir favorablement les prières quand on avait soi-même prévenu ou satisfait leurs désirs : on leur donnait par spéculation autant que par respect, pour mériter d'en recevoir. Rien ne semblait trop précieux à cette dévotion doublée d'intérêt personnel : c'était un crédit que l'on croyait s'ouvrir sur leurs bienfaits, et on leur apportait le plus possible pour en obtenir davantage. On choisissait donc de préférence les animaux les plus utiles et les plus chers (1), et, pour les leur offrir réellement, il fallait en répandre le sang au pied des autels (2) : c'était le sacrifice qui faisait l'offrande. L'homme lui-même n'était pas à l'abri de ces meurtres sacrés : on le regardait comme la victime d'élite, et l'on se plaisait à en rehausser encore la valeur en immolant des princes de sang royal, de vaillants guerriers ou des vierges dans tout Téclat de leur beauté (3). Encore de nos jours les Thugs offrent par l'assassinat, à une divinité altérée de sang, des victimes humaines dont ils s'imaginent augmenter le mérite en courant euxmêmes le risque d'une mort violente (4), et le Gouvernement anglais s'efforce d'abolir dans le Khondistan l'usage de sacrifier solennellement, pour obtenir d'abondantes récoltes (5), des vies d'hommes que l'on croyait plus agréables au dieu de la terre (6)
(1) Sanctifica mihi omne primogenitum encore : il réclamait comme lui appartenant quod aperit vulvam iu filiis Israël , tam de en propre tous les premiers-nés du sexe mashominibus quam de jumentis ; £xo(i«, ch. XII, culiu ; Exode, ch. xiii, v. 12.
V. 2. Voy. Ghillany , Die Menschenopfer der (4) Toy. le livre publié à Londres en 1851,
alten Hebràer; Nuremberg, 1842. sous le titre de Illustrations of the history
(2) Anima enim omnis carnis in sanguine and practices of the Thugs. On en était venu est, dit le Lévitique (cb. xvn , v. 14 : peut- à croire que les souffrances de la victime êtrelePurpuream vomit aniniam de r£/iejde, étaient agréables au Dieu : voy. Campbell, A 1. IX, V. 349, se rattachait-il à cette croyan- personal narrative of thirteen years' service ce) , et les Perses croyaient que le dieu ne amongst the wild Tribes of Khondistan for voulait rien que l'âme (^'■'/;'i) de la vie- the suppression of human sacrifice, p. 126, time ; Strabon, 1. xv, p. 1065, éd. de 1707. et M. Russel, Report, p. 54-56.
Eu grec, al^ôffirw toù; ^o);j.&ù; , littéralement , (5) Les prêtres disent en immolant la vic-
Ensanglanter les autels , signifiait Faire des time, appelée Meriah : 0 God, we offer this
sacrifices , Consacrer , UpoToUu. Le vieil al- sacrifice to you ; give us good crops, seasons,
lemand appelait même encore un Prêtre, and health ; Athenasum , n" 1881, p. 635. i?/u//teW, littéralement , Homme de sang. (6) Tado Pennor : il est représenté par
(3) Le dieu des Juifs était plus exigeant un paon.
quand on les avait achetées à prix trargcnt cl payées plus cher (1). Mais avec les progrès de la civilisation les mœurs se sont adoucies : en les faisant à son image on suppose bientôt les dieux plus sensibles à nos souffrances, et l'on renonce peu à peu à des formes d'adoration si barbares. Le peuple hébreu luimême, malgré la brutalité de son attachement aux traditions de ses pères et sa dureté de cœur, admit des compositions avec le ciel et des compensations moins sauvages (2). Les Grecs devaient répudier plus complètement ces holocaustes de sang : leur imagination si vive et un peu féminine était trop douloureusement impressionnée des souffrances physiques pour ne pas vouloir idéaliser le culte et remplacer les sacrifices réels par des symboles qui satisfissent également la foi et autorisassent les mêmes espérances. Au lieu de victimes humaines on immola d'abord des animaux, ordinairement des chèvres (3), dont le sang aussi rouge trompait les spectateurs ; puis cette illusion parut elle-même trop poignante : le peuple mit aussi dans le culte cette poésie riante qui lui était si naturelle, et substitua aux animaux des images en cire (4), des gâteaux de farine qui en reproduisaient la forme (5) ou simplement des
(1) Voy. le livre tout r6cent du général geniain Aulide , v. 1587-1 b89. Cette suhi,- Caniphell que nous citions tout à l'heure. titution amiable a eu lieu partout, inènie dans
(2) Priniogenituni asiui inutabis ove : quod l'Inde : voy. Campbell, L L, p. 73, et Edinsinon redemeris, intcrlicies. Omne autem pri- burgh Review, t. C.VXII , p. 392. mogenitum hominis de (iliis tuis, pretio redi- (4) Etsciendum iu sacris sinudata pro veris mes; Exode, ch. xui, v. 13. In sacellum Uitis accipi ; uudc ([uum de animalibus quae difliarae Saturni cohaercns oscilla quaedam pro cile iuveniuntur , est sacrilicandum, de pane suis capitibns ferre (docuisset) ; jMacrobe, vel ceraliunt; Servius , ad Aencidos l. ii , Satiirnalioritm 1. l, ch. xi , p. 241 , éd. v. 116 : voy. aussi ad 1. iv , v. !)12 , et cide 1G70. l*ilae et viriles et nudicbres effigies dessous, p. 434, note 2. Ou se servait qucliii compitis sus|)endel)antur Compitalibus ex quefois pour ces imitations de graines de lana, quod esse deorum inferorum hune diem concombre (Zeuobius ; dans les Paroemiofestum , (|uos vocant Lares , putarent ; qui- graphi graeci, t. I, p. 116) et de suif; bus eo die tôt pilae , (juot capita servorum , Aesopi Fabulae, lab. xxxvi : car nous ne tôt effigies quot essent liberi, ponebantur : ut voyons aucune raison sérieuse de lire o-Ta-.Tlvoj; vivis (sic enim invocantur) parcerent , et es- au lieu de atîativou; pôaç. Voy. PoUux , l. vi sent his pilis et simulacris contenti ; Festws , par. 76. ^
p. 207, éd. de Lindemaun. (5) Plutarque , De Iside et Osh'ide, ch. xxx
(3) Il suffira de rappeler le sacrifice d'.V- et i. (un âne et un hippopotame); Liicullus.
braham ; Kuripide , Ion, v. 231-244, et Iplii- ch. x (une vache) ; Suidas, s. v. [io"j; ïS^o^xoi ,
fruits (1). Les sacrifices les plus coûteux et les plus révoltants ne furent plus alors qu'une modeste et innocente offrande. Sous le bénéfice de celte transformation, ils se multiplièrent et entrèrent assez profondément dans les habitudes du monde ancien pour qu'on les retrouve à peine déguisés dans les usages populaires du moyen âge (2). De nos jours encore on confectionne à certaines fêtes des gâteaux qui se rattachent certainement par leur forme à des traditions sorties du paganisme (3), et peut-être même conservent à leur insu un arrière-souvenir des victimes humaines (4). Bacchus qui présidait au développement de la vie, qui don-
l. 1 , i>. II, col. lUiG. t)J;xaTa signifiait même à la fois t;àleau\ eu forme d'animal et Victimes. Les offrandes de gâteaux dans les mernuments figurés sont beaucoup trop multipliées pour (juil soit nécessab-e d'en indiquer aucun exemple : nous citerons seulement de Witte, Élite des monuments céramographiques , t. II , p. 106. Un exemple de ces subhtitutious s'est encore produit, pour ainsi dire . sous nos yeux. Il y a vingt ans , les maîtres d'école de Contich étaient obligés par un vieil usage de donner à leurs élèves, le 2 i décembre, un coq et une poule qui étaient décapités avant la nuit. C'était certainement un ancien sacrifice , puisque , sans aucune autre raison connue , les enfants de Saint-Trond se mettent encore ce jour-là, comme des sacriiicateurs, des couronnes de papier sur la tète. Le coq et la poule ne sont plus livrés en nature ; mais , dans les Ardeimes et les environs de Huy, les enfants les remplacent par des cocottes qu'ils brûlent solennellement devant les maisons d'école ; Le Calendrier belge , t. II,'p. 321.
(1) Mï/iv, Pomme, signifiait même à la fois Bœuf, Chèvre, Mouton et Brebis (voy. Euripide, Ion, v. 234; Diodore, 1. iv, ch. 27, et Paléphatus, De incredibilibus ilisloriis , ch. ix) : l'explication de cette substitution se trouve dans Pollux, t. I, p. 22, éd, de 1706, et Zeaobius, Paroemiographi (jraeci, t, I, p. 124. Les monuments figurés nous ont conservé d innombrables exemples de ces offrandes de fruits : nous ne citerons qu'un ancien vase du Musée Canq)aua, maintenant à Saint-Pétersbourg , publié dans le
Monumenti delV Instituto archeologico , t. VI, pi. XXXV, fig. 1. A'oilà pourquoi les cierges ont joué et jouent encore un si grand rôle dans le culte : avec une différence d'accentuation, certainement bien peu sensible à l'oreille puisqu'elle disparaissait au génitif, ^w; signifiait à la fois Homme et Lumière, Cierge allumé.
(2) Sic pro bove, sic pro equo , sic ))ro ove, oscilla (ex cera) templis poniraus (in Italia)... Auctore Catone (De Be rustica) , sic Romanorum moris fuit, pro bobus, ut valerent, vota facere ; Polydore Virgile, De Inventoribus rerum, 1. V, ch. i, p. 298, éd. d'Amsterdam, 1671 .
(3) Figurati et melliti panes, qui tempore nativitatis Christi hodieque conficiuntur , et figuram plerumque referunt animalium , verris, hirci, et similium ; Westphalius, Monumenta inedita Mecklemburgensia , t. I, préf. p. 17, note 0. Voy. leBerliner Monalschrifl, janvier 1784, p. 77 et suivantes, et Chokicr, Facis historianim cent. Il, ch. xxxviii, p. o9, éd. de Leyde, 1650. En souvenance du sacrifice spécial à la fête de Julé, on fait aussi encore dcins le temps de Noël deg gâteaux, appelés Stollen en allemand, À>rskoelen dans la Belgique flamande , et Cougnout à Namur, qui airectent la forme d'un sanglier rôti; Le Calendrier belge, t. 11, p. 32o.
(4) On fait encore en plusieurs endroits des gâteaux liguraut un homme, qui ont un nuui ])articulier : Bourette, à Valognes ; Cochelin, à Bonneval; Mémoires de l Académie celtique, t. IV, p. 429.
nait à l'olivier ses fruits et mûrissait les raisins, devait passer avant les dieux d'une utilité moins positive et moins continue, dans Testime des habitants des champs. La dévotion qu'ils lui portaient était donc plus empressée, plus exigeante, et ils réservaient pour ses autels leurs plus précieuses offrandes. Peut-être en sa qualité de dieu infernal lui attribuait-on aussi des goûts carnassiers; mais on lui sacrifiait volontiers des êtres humains (1), et quelques restes de cet usage subsistaient encore du temps de Plutarque (2). Généralement cependant une compalissanceplus émue et plus impérieuse, une religion plus intelligente, sans doute aussi de pures raisons d'économie domestique firent préférer de simples simulacres (3) : le sacrifice n'était plus qu'un symbole, et l'on se croyait les mômes droits à être exaucé quand on avait mis dans ses prières les mêmes sentiments de respect et d'amour. Une foule de ces poupées a été retrouvée dans les tombeaux grecs et romains (4) ; mais le plus souvent ces représentations étaient encore simplifiées, et, par une nouvelle métaphore, on regardait comme suffisante une seule des parties capitales de la victime, habituellement la tête (5), quelquefois un phallus qu'à cause des prédilections bien
(1) Plutarque, Themistocles , cli. xni ; voy. entre autres le Museo Borbonico , Pausanias, 1. VII, ch. xxi, par. 1, et l. TX, t. VII, pi. 44. Dans son désir de représenter ch. VIII, par. 7 ; Elien, Variarum historia- exactement des hommes, on donnait même à rum 1. m, ch. 42; Porphyre, De Abstinen- ces poupées des vêtements à la mode du lia, I. n, ch. 55, et Gerhard, Griechische jour. Ei^wXa •!to',ci\jvTai; àvîpôixeAa , x;/.o(T[j./);xéva Mxjlhologie , \)-à.T . 453, note 4. Hésychius, w aùtov è/.îivor.ç Tpômv, disait Dcnys d'Halicars. V. 'AYpiàvtœ ^la forme dorienne), explique nasse dans le passage que nous citions tout à même les Agrionies par Nexùata. l'heure.
(2) Quaestiones Graecae, ch. xxxviii : (5) Inferentes Diti non hominuni capita, voy. ^^'elcker, Die Aeschrjlische Trilogie, sed oscilla ad humanam effigiem arte simup. 591 . lata; Macrobe, Salurnaliorutn 1. vu, ch. 1 1 .
(3) Aux passages de Macrobe et de Fcstus Voilà pourquoi on a trouvé à Athènes tant de que nous avons cités, p. 433 , note 2, nous petites tètes peintes et dorées dans les anajouterons Plutarque , Quaesliones lioma- ciens tombeaux : voy. von Stackelberg, Die naC; ch. xxxu ; Moralia, p. 33b, éd. Didot ; Q r liber der Ilcllencn, pi. 75, 76, 77, 78 et Denys d'Ilalicarnasse, 1. i, ch. 38; Opéra, 79. Elles avaient habituellement un anneau sur t. I, p. 9C , éd. de Reiske. Une preuve le haut de la tète, comme celle que Panofka évidente de l'origine hclléuique de ces simu- asignaléc dans// Museo Bartoldiano, p. 43, iacres est le nom qu'on leur donnait, Argci n" 61. Quelquefois on représentait le buste (Plutarque, l. /.), 1, es Grecs. , tout entier et on le posait sur un Hermès.
(4) Il y en a dans tous les grands Musées: Ees deux miniatures représentées dans une
connues de Bacchus (1), on simulait avec des fleurs (2). Par une de ces illusions si familières aux esprits superstitieux, on crut ajouter à la vraisemblance et au prix de ces puériles offrandes en leur donnant le mouvement, Tapparence de la vie ; on ouvrit la bouche de ces simulacres comme s'ils avaient parlé (3), et on les suspendit à des branches (4) élevées où il suffisait pour les agiter du moindre souffle (5). Leur nom grec le plus ordinaire, A?wpa, signifiait même littéralement Gordon de suspension (6) ; mais ils s'appelaient aussi ripoc70)7:£tov , Fausse apparence (7), 2TO[j.à''.ov, Petite tête (8), et le nom latin, Oscilluniy
peinture murale de Pompeï {Museo Borbonico, t. VII, pi. 3) étaient aussi certainement destinées à servir d'Oscilla.
(1) Bacchus amat flores
(Ovide, Faslorum 1. v, v. 34b) :
on l'appelait 'Avôio;, 'AvOi-j; (Pausanias, 1. I, ch. XXXI, par. 2 ; 1. YII, ch. xxi, par. 4), le Fleuri, EjàvOr,; (Welckcr, Nachtrag zu Trilogie , p. 189), le Bien fleuri : voy. Buouarroti , Ossercazioni sopra alcuni medaglioni antichi,]). 447, et Panofka, Cabinet de Pourtalès, pi. xxxvm.
(2) Alii dicunt oscilla membra esse virilia de floribus facta; Servius, ad Georgicon 1. II, V. 389. In quo tamen eaAAov multi intcrpretanlur : nam et obscoenae eliam partis simulachrum oscillum vocari posse ceusent ; Turnèbe , Adversariorum 1. vu, ch. 20; t. 1, p. 232, éd. de 1580.
(3) Voy. Tomasinus, De Donariis Veterum, ch. xxvn, à la fln.
(4) Et te, Bacche, vocant per carmina laeta
[tibique Oscilla ex alta suspendunt moUia piuu ; Virgile, Georgicon 1. ii, v. 38 8.
Nous citerons entre autres MafFei, Gemme anticlie figurale , t. III, pi. lxiv , p. 113; Gori, Muséum Florentinum , t. 1, pi. xci, lig. 1 ; LePilture antiche d'Ercolano, t. IV, p. 14, et Botticher, Der BaumUuUus, fig. 14 B. Quelquefois même o« les sculptait sur des médaillons : il y en a un avec des anneaux qui eu rendaient la suspension trèsfacile dans V. Stackelberg, /. l. , pi. vu, lig. 1 1 , et un autre est pendu aux branches d'un pin sur une pierre gravée, publiée par .M. Botticher; Der Baunikulliis , fig. 8. Ces oscilla étaient si connus qu'on s'en servait , comme d'ornements dans la peinture décora-
tive : quatre sont mêlés à des fleurons sur une muraille de Pompeï , dont un dessin a été donné par le Museo Borbonico,t. VII, pi. 6.
(5) Voilà pourquoi on cherchait à les rendre légers, et on les faisait quelquefois en laine : Laneae effigies, Pilae ' Festus, ex Paulo , p. 121 et 239.
(6) Voy. Hésychius, s. v. AUopa, col. 180, éd. d'Albertus; iwfx zAixtâ, dans Sophocle, Oedipus rex, v. 1264. jEora autem graece, pensilem quandam gcstationera significat ; Turnèbe, Adversariorum 1. xx, ch. 24; t. II, p. 196.
(7) C'est la traduction iVOscillum que donnent la plupart des anciens glossaires, et Colunielle lui donnait probablement le même sens dans ce passage : Si huraor invasit, vernies gignit, qui simul atque oscilla lupinorum ederuut, reliqua pars enasci non potest ; 1. ii, ch. 10 : les jardiniers de plusieurs provinces appellent encore maintenant le Germe des légumineuses la Tête ; Pline l'appelait UmbHicum;\. xvm, par 36. Aussi se servait-on quelquefois pour ces offrandes de petits masques scéniques : voy. Panofka,// Museo Bartoldiano, p. 47, n° 86 ; le vase connu sous le nom de Coupe des Ptolémées, à laB. I. Cabinet des Jlédailles, n° 279 ; les Mémoires de l'Académie des Sciences de Saint-Pétersbourg, 1833, t. II, p. 122 ; Moscs, A Collectionof antique vases, pi. bli; Visconti, Museo Pio-ClementinO; t. III, pi. 18 ; Passeri, Lucernae fictiles , i. Il, pi. 1, et le passage de Servius cité , p. 437, note 3.
(8) D'après un vieux glossaire , cité par Tollius, Ausonii poemata; p. 50 3 : littéralement. Petite figure. Lippert voyait aussi dans Oscillum un diminutif de Os; DaclyliotheU , t. l, p. 17 5.
Figure remuante (1), indique plus clairement encore dans quelle intention on les avait imaginés. Sans doute Tliistoire n'est pas aussi simple que se plaît à l'affirmer le dogmatisme philosophique des historiens qui prétendent lire à livre ouvert dans les desseins de la Providence. La vie tout entière de l'Humanité y circule sans cesse, et dans l'infinie variété des faits qui se poussent dans toutes les directions à la fois, se croisent en tous sens, s'infléchissent, se redressent, se comhinent et se neutralisent, il est rare qu'une cause reste assez isolée pour produire à elle seule un effet qui ne dépende d'aucune autre. Peut-être espéra-t-on aussi rendre ces offrandes plus agréables au dieu, en les attachant à des arbres, ainsi que les fruits qu'il donnait aux hommes (2), ou en les faisant balancer dans l'air comme une expiation en souvenir du suicide d'une de ses prêtresses (3).
(1) Plusieurs érudits, et notamment Dacier, In Festum, p. 555, éd. de Lindemami, l'avaient déjà dit : Dicta Oscilla , ab Ore et Cîlleo, Moveo.
(2) Videtur Yirgilius opiniouem eoriim sequi , qui in honorem Liberi patiis putant oscilla suspendi, quod ejussit pendulus fructus ; Philargyrus , ad Virgilii Georgicon 1. H, V. 389. Il y a même au British Muséum une petite tète de Bacchus eu marbre antique, publiée par Donaldson, The Théâtre of the Greeks, p. 250, 7* édition, sur le haut de lafiuelle se voit encore un anneau, qui ne permet pas de douter qu'elle fût destinée à être suspendue. Le petit Priape eu bronze, signalé par Panofka , Il Museo Bartoldiano, p. 21, n° 33, était aussi certainement fait pour être suspendu, puisqu'il a des anneaux aux deux mamelles et à l'ombilic.
(3) y uum Erigone laqueo se interfecissct. . . Athenieiisihus niorbus immissus est talis, ut eorum virgines furore (juodam compellereutur ad laqueum. Besponditque oraculum sedari pestilentiam , si Krigones et Icari corpora requirerentur ; quae quum nusquam in venirentur , Athenienses... suspcuderunt de arboribus funem , ad qucm se tenentes bomines hue atque ilbic agitabantur. Sed quuui iude i)ierique cadereut, inveutum est, ut foruias vel personas facerent et pro se move-
rent; Servius, ad Georgicon 1. n, v. 389 : voy. aussi Hyginus , fab. cxxx, p. 119, éd. de Muncker.^ lue représentation de ce goure, plus solennelle encore, avait lieu dans les Jeux de Delphes, lue poupée figurant f'.harila , Xao'.lci; -aiSi-cov eïiîuV.ov, avait une corde au cou, parce qu'elle s'était étranglée avec une corde, et on l'enterrait à l'endroit même où la prêtresse d'Apollon avait été enterrée ; Plutarque, Quaestiones Graecae , ch. xn, p. 302, éd. Didot. Les trois vases peintsoù sont représentés des jeux d'escarpolette (dans Gerhard, Antike Bildiverke, pk 53 y- 54 et 5 5), ne permettent pas de douter qu'on y attachât une signification mythique : voy. Panofka, Il Museo Bartoldiano. p. 122 et 123 : Gricchinnenund Griechen nach Antiken, p. G, pi. m, n° 7; Creuzer, Symbolik, t. III, p. 325 ; Bernhardy, Eratosthenica, p. 113, et Turnèbe, Adrersariorum 1. vni, ch. 20. Probablement l'explication réelle de cet usage se trouve dans la croyance que les dieux infernaux , les Lares , étaient aussi les dieux de l'air : \arro similitcr haesitans, nunc esse illos (Lares) Mânes, et ideo .Maniam matrem esse cognominatam Larum : nunc <icrios rursus deos, et Heroas pronuntiat appellari ; Arnobe , Adversus Gantes , 1. III,par.xLi, p. 124 ; éd. de Leyde, 1G51 .
Mais le sens primitif et essentiel des Oscilla était la représentation symbolique d'un homme vivant immolé à Bacchus(l).