‹ Histoire de la comédie ancienneChapitre 128 sur 129 · III, ch. XX, par. 3. . Thesmophonazusae, v. 7 S S · texte numérisé non relu

III, ch. XX, par. 3. . Thesmophonazusae, v. 7 S S

(3) Drus les Euménides, Electre, les Tra- (6) Scolies, >li'es , v.668, 671, 674; chinicnnes, etc. Aristophane fait même dire Vesi^ac, v. 1219.

au Chœur des Femmes j)olitique s : w çlXa-. (7) Scolies, Pax, 1)22; Acharnenses, v.

vjvaïxsî; V. 1164. Voy. Pollux, 1. iv, par. 1 199 ; Equifes, v. 1 38o, 1387, etc.

habituel qui ne provoquait rétonnement de personne, qu'elles y formaient une partie du public (1), et dans une de ses utopies politiques, il interdit aux acteurs étrangers l'accès des théâtres, où par leur voix douce et pénétrante ils pourraient gagner l'amour des femmes au détriment des citoyens (2). Un passage de Satyrus, conservé par Athénée, est plus décisif encore : il nous apprend que pour remplir les fonctions de Ghorége, Alcibiade s'était drapé dans une robe de pourpre qui excitait l'admiration des spectateurs et des spectatrices (3). Il y avait sans doute des esprits graves qui désiraient plus de réserve aux femmes et n'approuvaient point l'exhibition qu'elles faisaient de leur personne dans les assemblées publiques; mais cette austérité ne leur était point dictée par une loi et n'exerçait aucune influence sur les mœurs : autrement Plutarque n'eût pas fait un sujet d'éloges à sa femme de ne s'être jamais donnée en spectacle dans les cérémonies religieuses ni dans les jeux du théâtre (4). On connaît même un vase où sont peintes des femmes attendant dans une salle de spectacle le commencement d'une représentation dramatique (5), et, comme elle aurait dû le faire pour quelques vases de fantaisie érigés naïvement en monuments historiques, la critique ne peut y voir l'invention saugrenue d'un peintre à la recherche d'un sujet bien extraordinaire, puisqu'il y avait au théâtre de Syracuse

(1) Par. i.vii ; Opéra, t. I, p. 3r8, éd. terons encore son De Saltatione , par. v. Didot : nous avons c'ûé le grec, p. 360, (5) Publié \^av 'Sïûiin, Peintures des vases jY(j[c 2. antiques, t. II, pi. i,v : il se rapporte proba-

(2) De Legibus, 1. vu; Opéra, t. II, blement au Théâtre de Bacchus, puisque le p. 396, éd. Didot. peintre y a figure aussi l'Acropole. Cette

(3) "Oti 8ï /.'fïi-f^ÎTj ~o[i.Ti'jm iv T:op=vft'^., opinion a été adoptée par Miillcr, //and6«c/i ti(T'.o)v ù? TÔ 6âaTf!>v ÈOa'j;AaCtTo cv [aôvov liTtô Twv der Archàologie, par. 42 5, et par M. Gepà/SfCiv, àWà /.fi: Tôjv Y'Jvau.wv • 1. xii, p. 534 C. pert, Dieallgriechische Bùhne, p. xxi ; mais

(^) 'n [JiY) Oia^a Tapi/îi; àv Upot; y.al ÔJdia'.ç le duc de Luynes [Annali deW Instituto

xa\ OîttTfoi; T>iv Ti*'-»-',? àçi>>e'.av • Conso/a(JO ad orcheologico, t. I,p. 407) et 31. "NVelcker

'U.rorcm , par. v; Opéra moralia, p. 736, {Zimmermann's Zeitschrifl fur die Alter-

éd. Didot. Sans vouloir nous appuyer positi- thums^cissensclwft, 1838, n° xxvi) ont pro-

vement du témoignage de Lucien, qui appar- pose des explications dlIFérentcs : voy. Wie-

tenait, non-seulement à une autre époque, seler, Denlcmdler des Biihnenwesens, p. 3i. mais à une civilisation différente , nous ci-

des places réservées aux femmes, où se lit encore leur nom (1). Une ancienne Iradilion, à la vérité fort suspecte, mais qui ne se fût pas conservée si elle eût été manifestement contraire aux usages du Théâtre, racontait même qu'à la représentation des Euménides, la terreur qu'éprouvèrent les spectatrices fut assez forte pour provoquer de nombreux avortemenls (2). Enfin, il y a dans les Grenouilles un passage beaucoup trop négligé, qui trancherait à lui seul la question : le grave et respectable Eschyle y reproche à Euripide d'avoir perverti l'honnêteté naturelle des femmes, en leur montrant dans ses tragédies des femmes comme elles, poussées invinciblement à des passions criminelles, et s'y abandonnant tout entières (3).

Aussi les critiques les plus autorisés, ceux qui même dans leurs opinions préconçues gardent le respect de leur érudition et de leur intelligence, restreignent -ils cette exclusion des femmes à la représentation des comédies (4). Mais d'abord c'est oublier qu'on représentait habituellement à la suite des trois tragédies réglementaires un drame satyrique dont le personnage capital devait, par la grossièreté des paroles et l'obscénité des gestes, égaler, sinon surpasser, la licence des comé-

(1) Yoy. Gôttling, Ueher die Inschriften im Theater zu Syrakus ; dans le Rheinisclies Muséum j 1834, p. 103 et suiv., et Paoofka, Letlera sopra una iscrizione del teatro di Siragossa.

(2) Elle ne se trouve que dans le Vita Aeschyli, p. 4, éd. de Butler, et sa vérité a été fortement contestée par Botliger , par Hermann et par Kolster ,. De Parabasi , p. 19.

^3) Ranae, v. 1043 et 1050.

(4) Passow , Ueber den Theaterbesuch der Alhenischen Frauen, dans le Zeitschrift fur AUerthumsivissenschaft, 1837 , u'' 29 ; von Liniburg, Histoire de la civilisation des Grecs, t. IV, p. 13b; Lctronne , Appendice aux Lettres d'un antiquaire, p. 33 ; Kgger, Histoire de la critique chez les Grecs, notcC, p, 504-o08; van Stegcreu, De Conditione

domestica feminarum Atheniensium, p . 1 2 6 • Becker, Charikles, p. ii, p. 152; Bergk, dans Mcineke, Fragmenta comicorum graecorum , t. II, p. 1140; Bode , Geschichte der liellenischen Dichtkunst, t. Iir, p. 124 • Geppcrt, Die altgriecliische Biihne, p. 111 note 2. Parmi les savants qui pensent qu'aucune règle n'obligeait les femmes à s'interdire la comédie plutôt que la tragédie , nous citerons Bockh, Graecae tragoediae Principes, \y. 37; Jacobs, Vermischte Schriften, t. IV, p. 274; Schlegel, Heindorf, Welcker, Sommerbrodt, K. Fr. Hermann A'oss et Meier. M. Richter est allé jusqu'à dire : Ua man indess die Anwesenheit der Frauen nicht mehr hinweglaugnen kann • Zur Wiirdigung der Aristophanischcn Komôdie, p. 31.

dies les plus osées (1), et aucun témoignage direct ou indirect n'autorise à croire que les officiers de police aient veillé à la pudeur des femmes et les aient forcées pendant Tentr'acte à sortir de la salle. La Comédie était, comme la Tragédie, sous la haute direction de TÉlat : elles se proposaient également toutes deux la glorification de Bacchus, et la loi n'aurait pu, sans blesser la conscience publique, reconnaître que l'une des deux était nécessairement entachée d'immoralité. Une loi ne cherche pas d'ailleurs à se cacher mystérieusement dans le fond d'un carton : c'est un acte authentique, qui se promulgue le plus qu'il peut et s'affirme par des faits; à défaut d'un texte officiel, on devrait donc au moins en rapporter la mention expresse et en prouver l'observation constante, et nous savons au contraire que les courtisanes assistaient librement à la comédie. Dans les Lettres df Alciphron, une correspondance fictive qui ne pouvait avoir quelque mérite que par la fidélité des peintures, Ménandre parle de la présence de Glycère à la représentation de ses pièces (2), et celle-ci lui raconte à son tour qu'elle se plaît à habiller elle-même les acteurs et à mêler ses applaudissements à ceux du public (3). A la vérité, ces renseignements se rapportent par leur date à la Comédie nouvelle, mais il faudrait prouver autrement que par des considérations morales, étrangères à la civilisation d'Athènes, qu'il s'était opéré à cet égard un changement complet dans les usages, et

(1) Nous citerons à l'appui deux vers d'A- avait une courtisane qui assistait et sans doute

ristophane que nous ne nous permettrons pas participait tellement aux représentations qu'on

de traduire, même en latin, malgré son l'avait surnommée ©taTooTopivi), l'Engin ou le

droit traditionnel de braver l'honnêteté : Clou, littéralement la Cuiller du théâtre. Mais

„ , . - ^ . , > Athénée n'a pas suffisamment précisé ce cu-

Otav (Ta-niso'j; TO'.vjv TOIT,;, zaXiiv EJI.S, . ' i^

- ,:' fl ;„ • I • rieux renseignement , et Ion n est pas auto-

' , , . ,„„ rise a en conclure que les hétaires pussent

fhesmophonazusae, y. 157. ^^^j^^^^ indifféremment à la comédie et à la

(2) 'Oçwffviî xai xaOïiiJ.£v(;ç iv tw Oiârpo) Vk'jni- tragédie, dès le temps d'Aristophane. Heupaç • 1. II, let. III, p. 230, éd. de 1715. reusement, comme on va le voir, il y en a

(3) Ibidem, let. iv, p. 248. Nous savons une autre preuve dont la date est certaine, même par Athénée, 1, iv, p. 157 A, qu'il >

il existe une preuve positive du contraire. Aristophane voulait reprocher au poëtc tragique Agalhon un style sans naturel et sans force, et des pensées communes et basses : Je ne vois pas d'homme dans la machine du théâtre, dit un de ses personnages à qui on le montrait, mais j'aperçois la fille publique Gyrène dans la salle (1). Des témoignages contemporains prouvent d'ailleurs que les femmes honnêtes avaient elles-mêmes le droit d'assister à la représentation des comédies, et en usaient quelquefois. Ainsi, en dépit de la forme démocratique de leur gouvernement , les Athéniens aimaient les distinctions et les admettaient volontiers, même au théâtre : il y avait des sièges particuliers pour les magistrats (2), pour les soldats qui s'étaient vaillamment battus (3), pour les jeunes gens naguère sortis de l'enfance, qui ne jouissaient pas encore de tous leurs droits politiques (4), et, le texte de la loi est formel, pour les femmes (5)- Elles ne les occupaient pas seulement, comme on l'a supposé sans une raison matérielle quelconque , lors des représentations tragiques : le titre d'une comédie malheureusement perdue d'Aristophane, les Femmes au Théâtre (6), en paraît déjà une preuve suffisante (7), et par une confusion qui

(1) Kupirivir.v S' ôfû • Thesmophoriazusae , V. 98.

(2) Dans les fouilles, si heureuses, de M. Strack au Théâtre de Bacchus, à Athènes, on a retrouvé cinquante -huit sièges d'honneur où sont inscrits les noms des fonctionnaires publics auxquels chacun était réservé ; Revue archéologique, nouvelle série , t. VI, p. m, 112 et 116. Voy. K. Fr. Hermaun, De Proëdris apud Athenienses, Gœttingue, 1843, in-4°.

(3) Equités, V. 575 : voy. aussi Ibidem, V. 536.

(4) Aves , V. 974.

(5) Tïî'^'.iTiJLa v.aii'(r\rja-zo , ta; -l'J-jaua:; xai toù; iv^pa; x'^fK xaOiî^offOai • Samuel Petit , Leges atticae, 1. III , tit. vi , p. 374 , éd. de Wesseling : voy. aussiSuidas, t. II, v. n, col. 1004, éd. de Bernhardv.

(6) Sxïivài; >'.aTa').a|ASàvO'jcrat. Ce n'cst pas ,

ainsi que le croyait Casaubon, les Femmes en étalage, puisqu'un des personnages a, selon l'usage de quelques spectateurs , apporté une bouteille qu'il appelle (TuvOiaTplav. Kuhn et^Hemsterhuys trouvaient aussi cette expression décisive : voy. PoUux, col. 1228, note 52. Nous ajouterons un passage du scoliaste sur le vers 879 de la Paix: oî yàp

ÔO.ovTîç ôîwpùv ■nfOxa-aT.aixÇàvouai.v ia'J-ot; xÔTtouç.

(7) Le théâtre représentait probablement la partie de la salle qui leur était réservée , et la pièce se passait avant l'abaissement du rideau : leurs querelles pour les places, leurs observations sur les spectateurs , leurs jugements sur les différents auteurs comiques et leur idée des mérites d'une bonne comédie en faisaient sans doute le sujet principal.

APPEiNDICE.

amuse encore le public de nos scènes secondaires, Praxagora, mêlant la réalité qu'elle avait sous les yeux avec les fictions de la pièce, parlait à ses compagnes dans les Femmes politiques des places que la loi leur avait assignées (1). Un fragment d'Alexis, plus moderne seulement de quelques années, nous apprend qu'elles étaient reléguées près des étrangères, sur les bancs les plus élevés, et explique un témoignage décisif (2). Au moment de sacrifier h la déesse dans la Paix, Trygée dit conformément aux rites à l'esclave qui lui sert d'acolyte : Jelte du grain aux spectateurs (3). — Yoilà, répond l'esclave. — Les femmes n'ont pas reçu leur ration (4). — Les maris la leur donneront ce soir (5). Dans un discours où le Dicaiopolis des Acharniens engageait le Peuple à conclure la paix, Aristophane a craint que ses conseils ne parussent une intrusion inconvenante dans les affaires d'État aux citoyens qui en décidaient sur la Place publique, et a voulu leur rappeler que la Comédie avait le sentiment du juste et le courage de ses opinions : il s'est adressé, non à tous les spectateurs, mais aux hommes qui l'écoutaient (6). Enfin dans un passage des Grenouilles^ intraduisible, parce que tous les mots y ont un double sens et se rapportent à la fois aux Initiés des Champs-Elysées et aux spectateurs de la pièce, Hercule dit à Bacchus : Tu y verras comme ici une gaieté éclatante, des gens qui désirent

(I) KaTalaÇïIv 5' vj'tAà; S'içiaç ,

âç 4>'J{iô'^ay ô; 1:0-:' l'-.vi, v. (Ji.i;j.vr|iT6 ït'., 5iî là; étipaî irioi; y.i.y.o.^-Xfj-^iya.c, XoAû-j '

Ecclesiazusae , v. 21.

Aristophane jouait certainement dans le dernier vers sur «ipa; et baipaç.

GynaecoCrratia; dans Pnllux, 1. ix, par. 44. (3) Il y a là deuv jeux de mots : ôiarij? signifie Assistant et Spectateur, et xf.Bïi, littéralement Orge, a le double sens du luliu Se-

men : itupoùç , des Grains de blé , se prend aussi dans une acception obscène; Aves, V. 3 6o.

(4) Elles étaient trop loin, comme le prouve le fragment du Gynaecocratia que nous citions tout à rtieure. Aa;j.Çàvu signifie à la fois Recevoir et Concevoir.

(b) Kai xoT; ôiataï; pÎTttî tOiv xp'.Oûv — 'l'îoû... O'jy al Y'Jvaîxîî y' s^aSov — AXX tlç éffTCÉçav Sô)(jo'j(7iv*a'JTOtç iv^ftç •

Pax, V. 962-07.

(6) *Avîfî;oi h<:'>i>.v/o:- Acliarnenses , v. 497.

des fondions publiques, de joyeux groupes d'hommes et de femmes célébrant la fête et des battements de mains (1).

Sans doute ces allusions seraient plus nombreuses et plus incontestables, si la Comédie ancienne n'avait péri presc[ue tout entière; mais il reste dans les pièces qui nous sont parvenues d'autres preuves qui, pour être moins évidentes par ellesmêmes, n'en sont pas moins convaincantes. Ainsi les figues et les noix que les acteurs jetaient quelquefois au public (2), n'avaient pas seulement pour but de provoquer les ignobles poussées de chiens à la curée; c^'étaient des symboles obscènes (3), qui semblaient beaucoup plus plaisants quand il y avait des femmes dans la salle. Ces attaques si âpres et si prolongées contre l'amour des Athéniennes pour le vin, et leur défaut de chasteté, le vrai sujet de quelques comédies (4), devaient aussi une partie de leur comique à la présence de femmes auxquelles les spectateurs en faisaient de malignes applications (5) : qu'on les suppose toutes consignées à la porte, et ce ne sera plus que des satires sans opportunité et sans but, qui découvriront une plaie vive dans l'état des mœurs, et au lieu d'égayer tous les

(1) "Oij/îi T£ çôJç y.âXX'.ffTOv, w(T-îp ivOà^e, xai (AUçç'.vwvaç, xal ôiàffO'j; £'jSal;*ovai; àv6pû)v Y'Jvaixôiv, xai xçÔtov yiifùv tzoXw •

Ranae , v. 1 55.

(2) Vespae, v. 58; Plutus , v. 798.

(3) Le sens des figues s'explique par luimême, et on dit encore dans la même acception Faire la figue, Ostendere phailum. Aussi appelait-on Bacchus >h0.t/iÔ5 (Athénée, 1. iir, p. 78C; parce que le figuier se nommait lAeiXiya dans l'île de Xaxos) et ^jx ■.-:/, i; ; Gerhard, Griechische Mythologie , t. I, p. 487. Les personnes de son cortège se couronnaient de feuilles de figuier [Etymologicum magnum, s. V. ôpiàiJiSoi;), et Ilipponav disait, dans un vers que nous a conservé Athénée :

Voilà pourquoi les jeunes Athéniennes annonçaient qu'elles étaient nubiles en portant un collier de figues sèches; Lysistrata. v. 647.

Les noi\ étaient consacrées d'une manière toute spéciale à Vénus, qu'on appelait même Kapûaxiç ; elles étaient regardées comme un symbole de la fécondité, et on en jetait au peuple dans les fêtes de Cérès; Festus , p. 185, éd. de Lindemann : voy. Preller, Ràmische Mythologie, ]). 436. C'est à cause de ce sens métaphorique que les Ordonnances générales d'amour avaient ordonne d'arracher tous arbres esquelz croissent noix, ou noysettes (art. xxvni, p. 21, éd. de 1833), et qu'à Salins les nouveaux mariés étaient obligés, le siècle dernier, de planter un noyei dans les environs de la ville; Toubin , Du, Culte des arbres chez les Anciens, p. 15. Voy. nos Études sur quelques poirits d'Archéologie, p. 53.

(4) La Lysistrata et les Femmes politiques.

(5) C'est ce qu'avait déjà reconnu M. Richter, Zur Witrdigung der Aristophanischen Komodie , p. 25.

auditeurs, attristeront profondément les meilleurs. Ces allusions aux spectateurs étaient d'ailleurs dans les habitudes d'Aristophane et dans les allures de son comique. Ainsi dans les Grenouilles il voit des parricides et des parjures dans la salle (1), et Éaque s'étonnait du petit nombre de braves gens qui y étaient réunis (2). Le Juste osait même dans les Nuées montrer çà et là sur les gradins des débauchés infâmes (3). Dans un passage sérieux des Femmes à la fête de Cérès, le Chœur dit en s'adressant au Peuple qu'il aurait dû décerner des récompenses aux mères des citoyens utiles à la Patrie et leur accorder des places d'honneur dans les fêtes publiques (4), et ce reproche devenait beaucoup plus piquant lorsque de vraies femmes s'y associaient par leurs applaudissements, et qu'on les voyait toutes groupées confusément sur les derniers gradins. A ces inductions si légitimes s'ajoute encore le témoignage formel d'écrivains dont il est impossible de contester la gravité. Platon déclare, non sans doute d'après des analyses psychologiques qui n'étaient pas dans les habitudes de son intelligence, mais en généralisant des observations personnelles, que les jeunes gens étaient plus aptes à juger les comédies, et les femmes qui avaient reçu de l'éducation, les tragédies (5). Enfin, dans un traité où il voulait préciser tous les devoirs d'un bon gouvernement et lui dicter toutes les mesures qu'il doit prendre, Aristote interdit la comédie aux enfants, et nonseulement il n'étend pas celte défense aux femmes, mais il la lève pour les jeunes gens aussitôt après leur admission aux banquets publics, parce que l'éducation les préservera alors

(1) V. 276. (4) r/i.esmop)^onazusae, V. 832-835.

Ranae, y. 783. r ■ \ l '&■ - \ - -

(3) Euj..e.xxouç. ^^^^^^^ ^.^ . ^^ ^^^;.^^^^ j jj . ^^^^^^ ^ jj^ p 286,

Yoûv oi5' ifiii xà-/s'.vovl éd. DluOt.

aaX tÔv xo;ay)tv]v to'jtovI •

Nubes, V. 1099.

(les mauvaises inlliiences que peuvent exercer ces sortes de" choses (i).

La Loi n'imposait donc pas aux femmes celte forme de la pudeur, et la moralité publique n'avait point devancé les délicatesses du législateur. Mais le nombre des femmes honnêtes qui fréquentaient le théàlre n'en était pas moins beaucoup trop restreint pour préoccuper les auteurs comiques et les obliger à plus de retenue. Le prix d'entrée empêchait les plus pauvres de se faire un plaisir habituel du spectacle, et les plus jolies, forcées d'amoindrir leur beauté par des vêtements simples et de dissimuler leurs grâces sous la modestie de leur maintien, ne se rapprochaient pas volontiers des toilettes papillotantes et des mines plus provoquantes encore des hétaïres. Au moment des plaisanteries les plus vives et des expressions les plus grossières, celles (|ue la curiosité ou le désœuvrement auraient attirées au spectacle, se seraient trouvées exposées à des regards et à des sourires que les plus modestes ne bravaient pas, et, à moins d'un cynisme ou d'une indifférence bien exceptionnelle, les maris de la plupart des autres n'auraient pas toléré cet excès de vaillance. Pour ne pas être arrêté par de pareils empêchements, il fallait n'être plus jeune ; et loin d'imposer quelque réserve et de la pudeur aux autres, les femmes sur le retour, qui n'avaient pas le respect de leur âge, perdaient bientôt celui de leur sexe , et se montraient aussi sans doute à Athènes très-bienveillantes aux hardiesses les plus extrêmes, pourvu qu'on franchît les bornes avec une sorte de grâce. On ne pouvait d'ailleurs goûter la Comédie ancienne sans réunir à une culture littéraire très-rare chez les Athéniennes élevées pour les soins du ménage , une connaissance et un goût des choses politiques, beaucoup plus rares encore. Aussi s'en abs-

(1) Politica,\. VII. ch. xv, par. 9 ; Opéra, t. l, p. 623, éd. Didot,

tenaient-elles généralement par convenance personnelle ou par soumission aux convenances des autres, et des preuves positives s'en trouvent dans plusieurs comédies. Il y en a une où une femme se plaint qu'en rentrant du théâtre, les maris jettent partout des regards inquiets et cherchent s'il n'y a pas un adultère caché dans quelque coin (1). Les différentes classes de spectateurs sont énumérées au commencement d'une seconde, et, quoique les enfants soient nommés, il n'est point fait mention des femmes (2). Enfin, pour prouver la supériorité des oiseaux sur les hommes, un personnage d'une troisième pièce allègue que l'amant d'une femme qui apercevrait son mari dans la salle, pourrait la visiter s'il avait des ailes, et revenir à sa place avant la fin du spectacle (3). C'était une exception si limitée et si insignifiante qu'Aristophane n'a pas craint que la présence de femmes mariées au théâtre put détruire la force de sa preuve.

(1) Thesmophoriazusac, v. 395-397. (3) Aves , v. 793-896.

(2) Pax, Y. b0-b3.

FIN ftU PREMIER VOLUME.

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