‹ Histoire de la comédie ancienneChapitre 127 sur 129 · IX. Les Athéniennes au théâtre · texte numérisé non relu

IX. Les Athéniennes au théâtre

On a beaucoup discuté depuis soixante ans sur la présence des femmes aux représentations dramatiques d'Athènes (4), et,

(1) On l'ajypelait Xopo^iSàdxaXo; et 'ïroSi- dans le procès-verbal de la fête, même quand ÂàffxaXoç; Photius et Hésychius, s. v.'Vro- c'était le poëte qui dirigeait la représentaotoâtTxaÂoç. tien : ^i' aÙTOÛ toû 'ApiffTOoâvouç , dit la g'iose

(2) Voilà pourquoi les pièces posthumes des Chevaliers, et ce n'était pas un simple étaient jouées sous le nom des enfants et des usage auquel ne s'attachait aucune imporpelits-enfants qui en dirigeaient la rcprésen- tance, ))uisque Athénée a recueilli le nom de tation; Suidas, s. V. E'jfopiojv et 'lo.piôv ; Scliol. Démostrate qui fit couronner ÏAtitolycus ad lianas , v. 78, et 67 ; Euripidis Vita, d'Eupolis (1. V, p. 216 D), et (|ue le i)seudop. 134. Les Maîtres du Chœur poussaient le Plutarque dit aussi que Amphiaraiis dut deux zèle ou plutôt l'amour-propre, jusqu'à rem- victoires au Maître du Chonir , IJionysius ; plir des rôles secondaires : voy. Aeschinis Decem oruiorum Vitae, lsocvaii.cs> ; Moralia, Vita, p. 269 , et ci-dossus, p. 474, note 4. p. 1023, éd. Didot.

(3) Les magistrats inscrivaient son nom (4) La question a été soulevée et résolue

même pour les mieux: informés, la question est encore soumise à quelques doutes. Tous les anciens écrivains ont cependant été consciencieusement feuilletés, et, quoi qu'on en ait dit, ces recherches n'ont pas été stériles; mais la critique, influencée à son insu par des idées préconçues, a manqué d'impartialité et d'intelligence. Elle n'a point sufïisamment compris que sous l'empire d'une civilisation où la religion elle-même n'était qu'une déification, souvent cynique, de la Nature, on pouvait, malgré une grande sensibilité aux plaisirs de l'esprit et les raffinements d'un goût très-développé, n'avoir ni le sentiment des obscénités ni la répugnance des grossièretés. Elle ne voulait pas admettre qu'un peuple tout entier ait associé à l'élégance du bien-dire et au bon goût de la pensée une absence complète de ces susceptibilités morales et de' ces pudeurs de l'oreille que professent aujourd'hui les plus petits bourgeois, ceux qui se récompensent de leurs économies de la semaine, en allant admirer un gros mélodrame le dimanche, et s'est efforcée d'échapper par une dénégation systématique h des témoignages qui lui semblaient contraires à la nature des choses. L'impartialité nous sera plus facile : nous ne croyons pas que l'histoire ait jamais besoin de parure; pour n'avoir pas une couronne de fausses fleurs sur la tête, la civilisation grecque n'en aura pas moins produit le Siècle de Périclès.

Les femmes avaient pris une part active h l'établissement du culte de Bacchus en Grèce, et, aux beaux jours du Théâtre athénien, ce n'était pas une tradition importune dont le peuple aurait voulu perdre la mémoire, puisque Euripide ne craignit

néf^ativemeût par Bottiger, clans une disser- ont fait partager son opinion à madame de

tation spéciale ( M'aren die Frauen in Alhen Staël ( De la Littérature , ch. m) , et , mal-

Zuschauerinncn bei dendramatischenVor- gré sa connaissance intelligente de l'Anti-

Steliungen ? ) , réimprimée dans le Kleine quité classique , "Wachsmulh l'a soutenue de

Schriflen archiioîogischen und antiquari- nouveau dans sou Hellenische Aller thums-

schen Inhalts , t. I, p. 295-320. Des rai- Uunde , t. IV, p. 75. sous de sentiment, beaucoup trop modernes,

point de la raviver par une tragédie où le dieu lui-même sanctifiait leur participation et les choisissait pour ministres de ses colères (1). Gomme la plupart des fêtes religieuses, les Dionysiaques étaient d'abord une pieuse commémoration, une imitation un peu tempérée des premières Bacchanales, et malgré les exigences toujours croissantes de la pudeur publique, les femmes continuèrent à y jouer un rôle important. Dans la plus fameuse de toutes, dans les Anthestéries, il y avait quatorze prêtresses spéciales (2), et Ton y célébrait pompeusement le mariage mystique de Bacchus avec la femme du premier Archonte (3). Les femmes assistaient même certainement à ces Veillées^ qui lui étaient tout particulièrement consacrées (4), et à ces Nyctélies^ dont par un reste de pudeur on cachait cependant les honteuses solennités dans les ténèbres de la nuit (5). Par habitude ou par calcul, la Comédie ancienne prenait ses sujets dans les mœurs et les usages de son temps; elle ne raillait que des choses réelles, parce que ces moqueries-là étaient seules généralement comprises et complètement appréciées ; le fantastique lui-même n'était pour elle qu'un cadre, et nous connaissons jusqu'à trois comédies intitulées les Bacchantes {&). Le titre d'une quatrième est plus significatif encore : Timoclès l'avait appelée les Femmes aux Dionysiaques (7). Cette abs-

(1) Penthée, qui voulait s'opposer aunou- vj/j.ffiv i^Moralia, p. 77), et De Curiosilatc , veau culte, fut déchiré par sa mère et sa ch. m : paz/ùa /.al /opovî xal i:av/'jyi^a; ; /ft)'tante, que le dieu avait aveuglées : voy. les c/nn, p. 62o. Voy. Athénée, 1. xii, p. b34 C, liacchae. et la note suivante.

(2) Elles avaient un nom particulier, l'ijat- (5) Xyctelia sacra quae populus Romanus fz'.- Une ancienne inscription nous a nicnie exclusit turpitudinis causa ; Servius, ad Aeconservé le nom d'une prêtresse de Ai'ivj<To; neidos 1. v, v. 302. Ainsi que nous l'avons iv iffTîi ; dans Rangabé (/. Hangavi), Anli- déjà dit, la plupart des fêtes de Bacchus se quités hellcni(.]iies , t. II, n" 816 B. célébraient pendant la nuit (voy. entre au-

(3) Vov. le pseudo-Démosthène, InNeac- 1res Euripide, Bacchae, v. 4'75), et on l'apram, p. 1309-70 ; 0. Millier, Die Elrusher, pelait >iv</.TÉ).io; ; Pausanias, 1. 1, ch. xL,par. 5. t. II, p. 98, et Tliicrsch , Pindar, Introduc- (G) Bàz/a-. ; par Diodes, par Lysippe et tion, p. lo6. par Épigènc.

(4) riavvj/lî avait pris le sens de Fête, Ré- (7) \wjT'.ù.'C,vj<ja.: : voy. Athénée, l. vi, jouissances. Plularque disait même. De Pro- p. 223 B.

fcctibus in virtute, ch. iv : y.i>-yj:i ■/.iX t.w/-

tention prétendue des femmes eût été d'ailleurs une exception spéciale, puisque leurs habitudes de réclusion ne les empêchaient pas de paraître en public dans plusieurs autres fêtes (1), et il faudrait au moins citer à l'appui quelque fait notoire ou en justifier la convenance par des raisons sérieuses (2). Si, comme le prétend la pythagoricienne Phintys, il y avait des villes où sous l'impression des excès que des créatures éhontées commettaient dans les Bacchanales, la loi en interdisait la présence aux citoyennes honnêtes (3), ce n'était pas dans l'Attique. Aristophane nous montre dans les Acharniens la fille et la femme de Dicaiopolis portant, l'une le phallus dans une corbeille, et l'autre, montant sur le toit pour mieux voir le cortège (4). Les représentations dramatiques ne furent jamais en Grèce qu'un épisode de la fête, et on les transporta dans un théâtre régulier, construit tout exprès, non pour en réserver la jouissance à quelques privilégiés, mais pour les rendre plus accessibles et plus agréables à la foule (5). Ces fêtes s'étaient célébrées pendant longtemps en plein air ; elles couraient follement à travers les champs, entraînant les curieux à leur suite, et toutes les personnes qui auraient pu les voir passer devant leur porte avaient le [droit de les regarder aussi des bancs du théâtre. Il aurait fallu, pour les en priver, une indignité particulière, catégoriquement prononcée, une mise hors la loi religieuse, et pour le culte de Bacchus, la personnification des

(1) Voy. entre autres Aristophane, Dus- signifie-t-elle une participation active et niamophoriazusae,\. 834-35, et Lysistrata, nifeste, car on voit aussi dans Lysistrata , V- 369. V. 389, que les femmes célébraient la fête

(2) On lit encore dans les ruines du théâ- d'Adonis o'jui twv «^wv. Le xvxvol 2aSâî;ioi du tre de Parga, sur le troisième gradin de la vers précédent se rapporte même cedainesecondeprécinction, 'hpiloi; 'Af-£;xt^o; : c'était ment aux solennités des Dionysiaques.

la place de la prêtresse de Diane; Texier, (5) DjCiTov àx7>T;9r, îv t-^ «709?. ^''^^ "»'■ «^

Asie Mineure , p. 7 1 2, col. 1 . Ojâ-r^oj t6 Kâ-w yi;i.uÛ<>.iov, o^* /.al ol yopol pov, xai

(3) Dans Stobée, Florilegium , tit. lxxiv, ùt^yo'jno tl; tv of/ïî-rTfav, dit Photius , s. v. n" 61 ; t. m, p. 86, éd. de Gaisford. àf/ia-z^a, et il cite à l'appui un vers de

(4) Y. 253 et 262. Peut-être même cette comédie, dernière expression est-elle métapViorique et

forces reproductrices de la Nature, celte excommunication générale des femmes eût été une violence absurde. On lui avait au contraire élevé des temples, notamment à Sicyone et à Bryséias, en Laconie (i), où les femmes seules pouvaient entrer (2). A peine est-il une seule pièce qui n'amenât des femmes sur la scène, et, si inconsidérée qu'on la suppose, la Poésie ne se fût pas permis une telle liberté, si leur présence au tbéàtre avait été réputée un sacrilège ou une intrusion scandaleuse. Parfois môme cette intervention des femmes n'était pas épisodique : elles formaient le Gbœur (3), devenaient par conséquent la partie essentielle de la tragédie, et dans les Danaïdes d'Euripide, sans s'inquiéter autrement des usages et des convenances de la scène, parlaient comme de véritables femmes (4). Celles qui composaient le Gbœur des Femmes à la fête de Cérès se tournaient même vers le public et se mêlaient en leur propre nom à la fête (5). On avait, il est vrai, la ressource de se dire que, malgré l'apparence et les alTirmations du poète, ces femmes étaient en réalité des hommes; mais il y en avait qui faisaient leur partie à l'orchestre (6) : pour donner plus d'éclat à la représentation, d'autres figuraient en personne sur la scène (7), et certainement nul ne pouvait croire qu'il fût contraire à l'esprit ou à la sainteté de la fête que des femmes vinssent voir au théâtre ce que d'autres femmes y faisaient à la plus grande gloire du dieu. Platon dit d'ailleurs positivement dans le Gorgias, non comme un scandale regrettable, mais comme un fait

(1) Aujourd'hui selon Kruse , Pùlrini , et 107, et les Scolies, Equités, v. îj86;Pax, d'après les nouvelles et iulelligentes investi- v. 113.

gâtions de .M. Curtius, Hagios Joannes; Pelo- (4) Pollux, l. iv, par. 111.

nonnesos, t. II, p. 2!jl. /s.\*,, - ■ - > . . - ■.- „,

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(2) l'ausanias, 1. II, cli. vu, par. j, et m, ,

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