‹ Histoire de la comédie ancienneChapitre 13 sur 129 · CHAPITRE I. DANSES MIMIQUES · texte numérisé non relu

CHAPITRE I. DANSES MIMIQUES

si délicat el si pur, la danse ne pouvait représenter uniquement des scènes triviales et grossières : l'allure vacillante, le corps affaissé et la tête pendante, d'un ivrogne (1) ; les airs effrayés et la marche embarrassée d'un voleur de fruits (2), ou l'amour éhonté de quelque dieu des bois pour une nymphe épouvantée (3). Elle eut des visées plus hautes, étendit son personnel et son cadre, anoblit ses sujets, el, avec l'imagination publique pour complice, devint un spectacle historique. Ainsi la danse trouvée par Thésée dans l'enthousiasme de sa victoire sur le Minotaure, reproduisait par de nombreuses évolutions tous les entrelacements du labyrinthe dont il s'était si heureusement échappé (4). Souvent, sans doute, la cadence et la grâce empiétaient beaucoup trop sur l'action, et pour les spectateurs qui n'étaient pas dans la confidence, l'idée s'effaçait ou même disparaissait au milieu des gestes et des figures qui devaient la mettre en lumière. La disposition du Chœur, ses mouvements circulaires à droite et à gauche, ses pauses devant l'autel et la constante régularité de ses passes avaient certainement un sens et une raison, au moins liturgique, et cependant, quelques années après, les contemporains de Sophocle ne le comprenaient déjà plus(o). En un pays aussi sensible à l'harmonie et à la grâce, un tel oubli était inévitable ; en dépit du livret, on y dansait surtout pour son plaisir et pour les yeux des autres. La danse représentée sur le bouclier d'Achille se rattachait sans doute à

(1) Selon la conjecture fort plausible d'un il lui faisoit sa requête, et elle s'en rioit ; elle célèbre érudit, l'ivresse des Ilotes que l'on s'eufuyoit, lui la poursuivant , courant sur le donnait en spectacle aux jeunes Spartiates bout des orteils pour mieux contrefaire les n'était qu'une pantomime plus ou moins pieds de bouc ; elle feignoit d'être lasse et de dansée; Otfried Miiller, Die Dorier , t. H, ne pouvoir plus courir, et au lieu des roseaux p. 345. s'alloit cacher dans les bois; 1. ii, p. 93,

(2) Athénée, 1. xiv, p. 621 D : voy. aussi trad. de Courier.

Pollux, 1. IV, ch. XIV, par. 105. (4) rlutarciuc, Thcseus , cli. XXI , par. i

(3) NDus citerons connne exemple la des- [Vilacy.. 1 U, od. Ditlot) ; Calliinaiiue, ////hicriptiou qu'en doiuie le roman attribué à Lun- nus iii Delium, v. 312; PuUux , 1. iv, par. gus : l)a|)hnis eK.hioé incontinent se levèrent iUl, et Kustathius, ad Iliadisl. xvni, v. 590. el dansèrent le conte deLamon. Daplmiscon- (?>) C'était sans doute le sujet du livre sur frefaisoitle dieu Fan ; Chloé, la belle Syringe ; le Chœur que Sophocle avait composé.

un événement historique, puisque c'était le chant d'un poëte qui en marquait la mesure (i), et les Homérides eux-mêmes tenaient le sujet pour si indifférent qu'ils ont dédaigné d'en instruire leur auditoire. Mais il y avait de grands événements, chers à la population de toute une ville, dont elle célébrait pompeusement l'anniversaire. La danse perdait alors son caractère personnel et ses grâces de fantaisie; elle entrait dans le programme de la fête, s'associait complètement à sa pensée et participait de plus en plus de ces pantomimes nationales avec accompagnement de coups de fusil, dont le premier mérite est d'être facilement comprises. On dansait les aventures des Dioscures(2) et la folie d'Ajax(3), le jugement de Paris (4) et la mort d'Hector (5) : toute l'histoire était successivement mise en ballet et reproduite au vif pour l'édification publique et la plus grande glorification du patriotisme de chacun (6).

Dans une religion si exclusivement esthétique, les solennités ne pouvaient être que des commémorations et des spectacles. On y célébrait, non l'essence des dieux et leur puissance virtuelle, toutes choses beaucoup trop métaphysiques, mais leurs manifestations réelles et les bienfaits que, dans leur passage à travers l'histoire, ils avaient laissé tomber sur les hommes. L'objet capital du culte ét^it d'intéresser les sens et de plaire aux fidèles : il n'y avait au fond d'autre dévotion que le sentiment du Beau et d'autre propagande effective que la séduction

(1) Mtxà &£ açiv i^iXr.t-zo ôeïo; àoiSôç (5) Authologia graeca , 1. IV, ép. 45. çopjjLiÇojv • * (6) Ausoue disait dans une églogue tra-

Iliadisl. XVIII, v. 604. duite du grec :

^, , . ,.^., , ^ j , Tantalidae Pelopi moestum dicat Elis hono-

Et cela se retrouve littéralement dans des ^ r • > i •

vers qu'à la vérité on regarde comme inter- . , . ,. i » • • tk„'

,,„, , ^„ Archemon Nemeaea coiuut qumqueimialne-

polés, Odysseae 1. iv, v. 17, . ^ *

(2) Athénée, 1. iv , par. 84; Cicéron , isthmiadefunctocelebrataPalaemone uotum ; De natura Deorum, 1. i, ch. 43. p^.^hia placando Delphi statuere draconi.

(3) Lucien, De Sallatione , par. lxxxiii; Nous ajouterons seulement que, tous les ans à Strabon, 1. x, p. 470; K. Hermann, Dte sicyone , on honorait par dos danses tragi- FesH von Hellas, t. 1, p. 131. ques les malheurs d'Adraste ; Hérodote, 1. V,

fA'

Apulée, Metamorpkoscon 1. x. ch. lxvu, p. 2j9, éd. Didot.

Page 1