CHAPITRE I. DANSES MIMIQUES
du plaisir. Lors donc qu'à des titres divers la danse n'eût pas élé dans toute l'Antiquité un accessoire obligé du culte (l), elle s'y fut introduite en Grèce (2) et eût mis le plus agréablement possible les croyances en scène. Parfois même elle formait, non plus seulement un des principaux attraits, mais la substance, la partie vraiment sacramentelle de la fête, et la liturgie prenait une forme assez dramatique pour que les prêtres abandonnassent le premier plan aux pantomimes. Le mariage de Jupiter avec Junon était représenté , à Samos (3) et à Athènes (4), et l'on dansait encore, dans les derniers temps du paganisme, les travaux et la fureur d'Hercule (5). Quand revenait la fête de Gérés, les Athéniennes n'auraient pas cru la célébrer assez dévotement si elles n'avaient point mimé à grand spectacle ses enseignements et montré les bienfaits de l'agriculture (G). La mort d'Adonis (7) et celle d'Hyacinthe (8) ramenaient chaque année un deuil national, et la douleur anonyme des pleureuses ne semblait pas sufTisante. Pour la rendre plus légitime et plus réelle, on reproduisait à nouveau ces deux déplorables tragédies avec toutes leurs circonstances (9). Le Drame n'avait pas même
(l) Sane ut in religiouibiis saltaretur, haec lam ; Macrobe, Saturnaliorum I. ii, ch. 7,
ratio sit, quod imllaiii majores uostri partein et Suétone, Nero, ch. xxi.
corporis esse voliuMuut, (juae non scntiret reli- (6) Voy. la dissertation de La Porte du
giouem ; Servius, ad Virgiliuni, £c/. V, V.73 : Theil sur les Thesinophories, dans \es,Mé-
yoy.Wenliïwi, De Judacorumveterum salla- moires de l'Académie des Inscriptions ,
tionibusreligiosis, Leipzicli, 1738. Nous ci- t. XXXfX, p. 203-236. On imitait aussi la
terons entre beaucoup d'autres exemples la vie de Cérès dans ses fêtes en Sicile ; Dio-
Lysislrata, v. 1777; Lucien, De Saltatione^ dore, I. v, ch. 4 ; t. I, p. 256.
par. xxu ; Plutarque, Quaestionuni conviva- (7) La représentation avait même pris du
imm l. L\, quest. XV, ch. 2 (A/ora/m, p. 91 3); temps d'Aristophane une forme toute dra-
l'ollux , l. IV, par. 104, et Ilésychius , s. v. niati(pie, comme le prouvent les trois vers
Al ù)Y|Aa et Xa)./. t^ix ôv ^lwYii.a- des Bouviers ^ de ("ratinus, qui nous ont été
{i) Lucien, De Sallalione , par. xvi. conservés par Athénée ; 1. xiv, p. 638 D.
'EV^s/ùTOai, R(';véler les ms stères sacrés, signi- (S) l'ausanias , 1. III, ch. xix, par. 3 et 4 ;
liait même littéralement Danser hors du lem- Athénée, 1. iv, p. 139 E, et Manso, i>parta^
ide. t. I,p. 203 et suivantes.
(3) .Vthénée, 1. xii, p. 526 ; Diodore, 1. V, (9) On célébrait aussi tous les ans la mort ch. f.xxii ; t. I, p. 299. de Dapliné , selon une épigrammc de VAii-
(4) On l'appelait Ufo; ■(à.y.'ii : voyez Var- thologie , 1. u, ép. 38, traduite par Auron , dans Lactance, 1. i, ch. 17, et saint sone, ép. lxxxiv, et les fêtes Carnéennes Augustin, De civilale Dei, 1. vi , ch. 7. étaient une expiation de la mort de Carneios
(5) Saint Jérôme, Eyislola ad Marcel- ou Carnés, un prêtre d'Apollon; Fausanias,