‹ Histoire de la comédie ancienneChapitre 23 sur 129 · CHAPITRE IL LES DIALOGUES BACHIQUES · texte numérisé non relu

CHAPITRE IL LES DIALOGUES BACHIQUES

montrèrent les masques liideux et menaçants que rimaginalion effrayée attribuait aux Larves (1). Par leur marche continue et précipitée, ils représentaient l'agitation inquiète des morts qui n'avaient pas encore trouvé le repos, et leur petite voix étranglée rappelait le silence fatal auquel, en leur qualité de Mânes, ils avaient été condamnés (2). Ils n'avaient plus de sexe (3), et, même en les supposant rappelés pour un temps à la vie, on ne leur croyait plus la faculté de la communiquer à d'autres(4). On oubliait pour ce détail le caractère phallique des Dionysiaques, et, comme il est arrivé trop souvent depuis, on sacrifiait l'esprit de la représentation à la vérité matérielle de la mise en scène.

(iôôv'.ov rpôffoTov , et depuis riiitellig:ente conjecture de Hôschel, les savants s'accordent à lire oôov.vov. La preuve en est restée dans plusieurs monuments figurés : voy. Gell , Pompeiana , nouv. série, t. II, pl.i.xxu, et la cornaline, du duc d'Orléans (La Chau, 1. 1, pi. i.ix, p. 234), qui se trouve maintenant à Saint - Pétersbourg; Kohler, Mémoires de l'Académie impériale , 1834, t. II, p. 108. (l ) Les masques représentaient les Larves, comme le prouverait à lui seul leur nom npo^oziîov , de npôç et "OrTOixa'., Voir devant. Apparition. En sa qualité de dieu des morts, Bacchus devait donc être entouré de masques, et on lit dans un fragment de VAgricolae d'Aristophane :

Tiç àv T.o'j '(Tci -ô Atovjtnov; — "Ot.o'j -zà (JiOf;jLoX'Jxîtœ i:fO(ixpî[i.âvv'j-ra'. • dans Phrynichus, p. 367, éd. deLobeck.

.\insi que l'a remarqué Saumaise dans ses notes sur Tertullien, De Pallio, p. 70, le nom bas-latin de Masque est le dorien Bàax.a., qui se trouve dans Hésychius et se prononçait M<i<T<o: il signifiait littéralement Préservatif contre les charmes. De là le grand nombre de petits masques qui servaient certainement d'amulettes : voy. les Mémoires de VAcad. des Sciences de Saint-Pétersbourg , 1833, t. II, p. 122. Dans Le Maschere sceniche, publié sous le nom de Ficoroni et attribué généralement à Pielro Contucci, il y a jusqu'à trois cent soixante masques gravés sur des pierres. Le seul Catalogue raisonné d'une collection générale de pierres gravées moulées par J. Tassie indicpie

4411 bagues ornées de masques (n» 36jl-

4061), et l'on en trouverait bien d'autres dans les trois chiliades du Dactyliotheca univer salis de Lippert. Les masques préservaient des charmes des vivants par la même raison que le phallus éloignait les dangers qui seraient venus des morts : voy. ci-dessous, p. 2o4. Qui veroobadversaevitae meritanullis bonis sedibus , incerta vagatione ceu quodara exsilio punitur , inane terriculamentum bonis homiuibus, ceterum noxium malis, id genus plerique Larvas perhibent ; Apulée , De deo Socratis , p. 237, éd. des Deux- Ponts. On appelait même Revenir ^ Larvari (voy. Barthius, Adversaria^l. XXIII, ch. xvn, col. 1146), et Plaute disait, Amphitruo , V. 884 :

Larva umbratilis , tu me minis territas ?

A'oilà pourquoi les masques des pierres gravées sont quelquefois ornés de feuilles de lierre : voy. Rôhler , Mashen , ihr Ursprung , fig. 1, 4 et 5.

(2) Duc, ait, ad Mânes, locus ille sileiitibus

[aptus ; Ovide, Fastorum 1. n, v. 609.

l'nibrae silentes; dans Virgile, Aeneidos I. VI, V. 20 i : Populum silentem ; dans Claudien, In Rufinum ,l.i, v.l2o. La déesse des -Mânes s'appelait même Muta et Tacita.

(3) Xous citerons entre mille autres exemples Spenceius, Po/ymp/js, pi. xxvii, fig. 1 ; pi. XXVIII, fig. 1, et pi. XL, fig. I.

(4) Osiris, Adonis, Korybas et lacchos : voy. Philochoros, Fragmenta, p. 21, et Gerhard, (leber die Melallspiegel der Etrusher, P. I, p. 08 et 140.

Bacchus lui-même avait les traits d'une jeune fille (i) ; sa robe, couleur de safran, était retenue pudiquement par une ceinture (2) , et le cothurne que lui empruntaient les acteurs tragiques comme un attribut et un symbole, était à l'origine une élégante chaussure de femme (3).

Les fêtes consacrées aux morts n'étaient point ainsi que les autres des réjouissances solennelles, mais de tristes commémorations, et sans préméditation, par cette signification instinctive que les imaginations vives attachent aux moindres choses, leurs usages se conformaient à un but si différent, et s'étaient trouvés contraires. On ne les célébrait point au printemps, quand tout bourgeonne et fleurit sur la terre; mais pendant l'automne, lorsque le soleil pâlit et la Nature entière semble dépérir, et l'on se cachait dans les ténèbres de la nuit (4). Les auspices habituellement les plus sinistres étaient alors réputés les plus favorables (5) ; au lieu d'orner les temples de fleurs, et de chanter en fléchissant le genou de joyeuses actions de grâce, on se drapait d'habits de deuil (6), on hurlait des cris sauvages ou l'on se renfermait dans un sombre silence, et l'on versait le sang de quelque victime (7). La terreur irré-

(1) 0\iàe, Metamorphoseonl. iv, y. 20: que lxxix, le itawûyioi /opol des Bacchae, voy. Braun, Kunstvorstellungen des geflu- y. 862, et l'épithète vuxtéXioç, donnée à Bacgelten Diomjsos, pi. n et m. La même rai- chus par Nonnus, 1. ix, v. H4.

son faisait quelquefois donner des habits de (5) Victima Diti patri caesa litavit, quum

femme aux Mânes ; Lucien, De Syria dea tali sacrificio contraria exla potiora sint ;

par. xxvn; Hésychius , s. v. '16 0 ea X >. o t. Suétone, Olho, ch. viii.

(2) Aristophane, Ranae, v. 46 : voy. ci- (6) Lugubris inios palla perfundit pedes; dessus, p. 242, note 3. Sénèque, Oedipus , v. b42.

(3) Aristophane, /Jorjae, V. 47. Elle était Eschyle disait également des Choéphores, embellie de lacets et d'agrafes : voy. la 3Ielpo- r^xilayi^yoi,; icpÉTOUffa ; Supplices , v . H . Aussi mène colossale du Musée du Louvre, n° 1046, les Bacchants s'habillaient-ils de blanc, une publiée par le comte Clarac, Musée des seul- autre couleur de deuil :

ptnres antiques, pi. 315, et Plutarque, De nàllvjy.a X' %ov ûaar* •

Pythiaeoraculis, ch. xxiv; 3/ora/m, p. 49. . Euripide, Cret'enses , fragm. ii, v. 17;

(4) Scoliaste ad Pmdarî7st/i?n?a m, V. 10, Opéra p. 733 éd. Didot.

Euripide, Bacchae, v. 486; Ion, v. 717. u i -, j tu u u -xi • f i

. , . . . . Si les habits des Ithvphalles n étaient plus

Ritus erat veteris , nocturna Lemuria , sacri ; i- • i >• '.«v,! > » i

^ . , ,' , '. ' ordinairement qu a moitié blancs , c est qu us

Ovide, tastorum 1. v, v. 421. • » -i- * V- i • i

' ' avaient ete taches de vin : vov. ci-dessus,

Stygio régi nocturnas inchoat aras ; p. 24 6.

Virgile, Aeneidos 1. vi, v. 252. (7) Voy. Volker, UeberdieBedeutung von

De là le fiax/ixal vjxte; de l'Hymne orphéi- ^'jy-fiiind E'Bt.tlov in der fliasund Odys-

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