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CHAPITRE II. LES DIALOGUES BACHIQUES

raction continuait derrière ; de nouvelles péripéties succédaient aux anciennes, et le vrai dénoûment ne terminait rien définitivement qu'outre-fombe. Les dieux qui présidaient à la vie devaient donc régner aussi sur les Ombres, et l'on avait reconnu à ce titre l'empire de Déméter (1) et même d'Apbrodite (2) sur les enfers. Cette souveraineté souterraine appartenait plus logiquement encore à Bacchus (3) ; il avait eu, comme Osiris (4), une mort violente à subir (5), et c'eût été limiter sa puissance, c'est-à-dire la nier, que de ne pas croire qu'il l'avait exercée aussidansl'autremonde. Beaucoup de sesqualifications ordinaires et de ses attributs tenaient à ce second rôle : on l'appelait Mangeur de chair crue (6) et le Sacrificateur (7) ; on mettait à ses côtés des animaux carnassiers (8), des cyprès (9) et des arbres

(1) Hérodote, \. II, par. cxxiii, p. 112; saint Clément d'Alexandrie , Cohortatio ad Gentes , par. xxxiv.

(2) On la confondait avec Proserpine : voy. des \ers attribués à Parménideet à Pamphos, dans le pseudo-Origène , Philosophumena , pi. 116, éd. de Miller; Gerhard, Hyperboreisch-rômische Studien zur Archdologie , t. II, p. 126, et Rathgeber, dans IN'ike, Hellenische Vasenbilder , p. 290. M. Gerhard a même publié dans sa jeunesse une dissertation spéciale sur ce sujet : Venere Proserpina, Fiesole , 1826. Voilà pourquoi la colondie était consacrée à Proserpine (Porphyre, De abstinentia, 1. iv, ch. 16) et le myrte était devenu un arbre funéraire ; Virgile, Aeneidûs I. v, v. 72, et 1. vi, v. 443.

(3) fl'jTÔç Si 'At57)ç /.al àiôviiffoî, disait en termes formels Heraclite, Fragmentum l : voy. Eschyle, Supplices, v. 170-175; Hérodote, 1. u, par. 123, et Macrobe , Saturnaliorum 1. 1, ch. 18. On l'appelait même quelquefois X9ôvto;et N'JXTiXio;, Nuit suprême (Pausanias, I. I, ch. XL, par. b; Suidas, s. v. Za^peûç), et l'on donnait comme preuve de la renonciation à son culte , qu'on n'approchait plus des tombeaux ;Euri|)ido, Cretenscs, hi\\ini. ii, V. f9 ; dans Porphyre, De abstinentia, I. IV, ch, XIX , p. 1 72.

(4) 0» leiu- croyait même , ainsi (pie nous l'avons déjà dit, uuc origine commune; Diodore, 1. I, ch. 96; t. T, p. 77, éd. Didol.

(5) Voy. p. 241, notei, et p. 24 8, note!. On inonli'ait, à Dciplics, cl l'on liouoi-ait son

tombeau : voy. Botticher, Grab des Dionysos, et Gerhard , Griechische Mythologie, par. 441, note 4. Son assimilation au soleil avait même fait croire qu'il mourait ou s'endormait au déclin de l'année ; Plutarque , De Iside , par. lxix; Gerhard, Ueber die Anthesterien , Dionysos und Kora; dans les Abhandlungen der K. Akademie der Missenschaften zu Berlin . 1858, p. 160.

(6) 'iîij.-/i(raiî :voy. saint Clément d'Alexandrie, Cohortatio, par. n; Opéra, t. I, p. 1 1, éd. dePotter; Plutarque, De defectu oraculorum , par. xni, et Euripide, Cretensium tragmentum, v. 12, p. 73 5.

(7) 'Aypiwvoç : Hésychius explique la forme dorienne 'A^piâvia par NExû(7ta, Sacrifices pour les morts. On lit même dans une inscription recueillie par Orelli, n° 1624 : Dis manib. Locus adsignatus monimento in quo est aedicula Priapi, et l'on représentait sur les tombeaux les sacrifices de bouc qui lui étaient spécialement réservés : voy. Visconti, Museo Pio-Clemenlino, t. V, pi. vui.

(8) Il y en à six sur le disque dionysiaque du Cabinet des Médailles, n" 2821.

.luxta Bacchum erant imagines trium animalium , scilicet simiae , porci et leonis , quae pedoni unius vitis circumire videbantnr ; Albricus , De deorum imaginibus ; dans Bachofen, Die Grabersymbolik der Allen, p. 1 1 3, note 3 : voy. le sarcophage publié par Bottari , Muséum Capitolinum , t. IV, pi. xlix.

(9) Il y en a juscpi'à six sur le disque que nous citions dans la intte précédente.

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desséchés (1) ; son principal vêtement était noir (2) et tout enguirlandé de lierre, cet arbre au feuillage métallique, impuissant à vivre par lui-même, qu'on plantait au pied des tombeaux comme un symbole et sans doute aussi comme une espérance (3)-. Si bruyantes et si désordonnées que fussent les Bacchanales, des joueurs de flûte leur donnaient le ton (4), et la flûte était spécialement consacrée aux morts (o) : ses sons lents et aigus donnaient même habituellement un caractère encore plus lugubre aux funérailles (6). A moins d'être mutilé dans sa divinité, Bacchus devait donc avoir aussi des Mânes à sa suite, et il y eut des Bacchants qui se travestirent et parurent revenir comme lui du sombre Empire. Une pâleur livide leur sembla d'abord simuler suffisamment l'empreinte de la mort, et ils se blêmissaient avec de la céruse(7), ou, désireux d'une ressemblance encore plus matérielle, se cachaient le visage sous un morceau de linge pendant qui figurait un suaire (8) ; mais bientôt ils le relevèrent et

(1) Sur les magnifiques vases en argent i^) ^'«>'- Euripide, Bacchae , v. 127. trouvés à Beruav , du Cabinet des Médailles, (^) f-an^al'at moestis tibia funeribus ; n" 2807 et 2808; sur la patère, Ibidem, ^'■'^^^ ' F^istorum 1. vi, v. 660. n'' 2878 , etc. Voilà pourquoi les vases dio- Tibia cui teneros suetum producere Mânes nysiaques sont si souvent funéraires : nous I-^e^ Phrygum moesta ;

citerons entre une foule d'autres exemples, Statius, Thebaidos 1. vi, v. 121.

le canthare du Cabinet des Médailles, n' 3 3 32, Voy. aussi Properce, 1. IV, él. xi, v. 9. Ou

et les trois coupes publiées par Micali, Mo- appelait même les joueurs de flûte des Musi-

numenti per servire allastoria degli antichi ciens d'enterrement, Momimentarii cerau-

popoli Italiani , ^\. xcvi, et Monumenti ine- lae; Apulée, Florida , par. iv. 0 Jupiter,

diti , pi. xLin, fig. 4 et 5. disait Philetairos dans l'Amateur de flûte,

(2) On lui donnait même le nom de Ma/.â- qu'il est doux de mourir au son de la flûte ! va-.Y'.î (Suidas, s. v. Mé>.av; t. Il, p. i, dans Athénée, 1. xiv, p. 633 F.

col. 756, éd. de Bernhardy), et de y\ù/i%- (6) La flûte, aux premiers temps, aux scènes

i'i8r,(; ; Vi'elcker, Nachtrag , ^. 194. [ordonnée

(3) Menzel, Christliche Symbolik , t. I, X'estoit, comme depuis, de cuyvre environ-

p. 120. Le lierre était mâme consacré en [née

Egypte à Osiris, le roi des morts, et en por- Mais tenue, gresle et simple, et bien peu per-

tait le nom; Diodore , 1. I, par. x\ni, t. I, [tuisee

p. 13, éd. Didot. Sur le beau sarcophage de Ls jeux de ce temps la n'estoit point mes-

Santa-Chiara , il y a un masque , un double [pr\^ee ;

thyrse et un œuf, toutes choses devenues des Vauquelin, Art poétique, chant n.

attributs caractéristiques de Bacchus : voy. (7) «t'-iA-jOU.) • Suidas, s. v. eiaT.:^, t. I,

Winckelmann, Monumenti antichi inediti , p. h , col. 1172; Eudocia, p. 232.

pi. cxxiii. Quelquefois même on plaçait sa l's) Suidas, Z. /.: tûv TpoaMZîluv ypT|i'.v iv ixôvyj

statue auprès des tombeaux; .Vvianus , Fa- iOovr, • t. I, p. n, col. 1232. Il y aussi dans bulae, fabl. xxm, v. 3. Poll'ux, 1. x, p. 1364, éd. de Hemsterhuis.

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