‹ Histoire de la comédie ancienneChapitre 28 sur 129 · CHAPITRE II. LES DIALOGUES liÂCHIQUES · texte numérisé non relu

CHAPITRE II. LES DIALOGUES liÂCHIQUES

levait les amusements et ne les assaisonnait des plaisanteries les plus salées. Dans la Grèce antique surtout, où l'on en dépensait tant, même les jours ordinaires, il ne suffisait pas à la joie populaire de le voir figurer officiellement dans les plaisirs de la fête ; il lui en fallait, argent comptant , que chacun apportât à ses risques et périls sur la place publique. Quoique entourés de tant de respects, les Mystères d'Eleusis eux-mêmes n'étaient point dispensés de payer tribut à ce goût national : au moment où la procession qui précédait leur célébration, défilait sur le pont du Géphissus, des insul leurs en attaquaient nominativement les membres sans aucune autre raison que le plaisir d'une insulte bien acérée (i). Ces railleries violentes s'introduisaient naturellement, par la seule expansion de la gaieté publique, dans la plupart des réjouissances où le peuple s'associait et prenait vraiment quelque part (2). Dans les fêtes spéciales qu'elles célébraient, à Athènes (3) commeàMvsie (4), à Égine (5) comme à Paros (6) et à Anaphé (7), les femmes ellesmêmes ne craignaient point de participer à ces licences; elles

(1) On les appelait : Ti-:'j^:axa.\, Railleurs chantoit les chansons que chauteut les moisviolents; Ih racine, ri-fj{.a, Pont, indique l'ori- sonneurs au temps des moissons ; l'autre divine du mot. Voy. Pausanias, 1. YII, ch. xxvn, soit les brocards qu'on a accoustumé de dire par. II; Suidas, s. v. rioupi'^iov; Hésy- en foulant la vendange. Autrefois, selon chius, s. V. Fia Vf '. utal, et Photius , s. v. M. Leber, on s'invectivait encore pour s'a- -•■»!"' la - muser aux Fêtes de Saint-Cloud, et à Lyon, le

(2) C'était un moyen de fêter les Mystères, jour de la Saint-Denis de Brou; Collection selon le Chœur des Initiés des Grenouilles , des disserlations relatives à l'histoire de V. 375 : France, i. IX, p. 3o9, note. Il était même

y.âr-^y.ci.^rcojv ^'^^^^ partout (juelquc chose de cet usage

xai rat^Hv'^a. 'ylvjaÇ^^. , ^'^"^ ^«^ ^l""^" appelait les libertés du carnaval.

et dans son Commentaire d'ApoUodorc,]). 26 (3) SuidaS, s. v. Te oup ii^nv ; Aristophane

et 88, Heyne a reconnu aussi à ces sarcasmes Plutus, v. 1013.

une valeur vraiment m\thi(|ue. Parmi les U) Pausanias, 1. VII, ch. xxvn, par. 4.

témoignages prescjue innombrables de cet (b) Hérodote, I. V. ch. lxxxiii, p. 264

usage nous citerons V Hymne homérique à éd. Didot.

Hermès, v. bo ; Strajjon, 1. ix, j). 400 ; Plu- (6) Voy. 0. iMuller, Geschichle der grie

tarque ; Quaestionum graecarum par. xu ; chischen Literalur, t. I, p. 236 ; V Etxjmolo-

Pollux, 1. IV, par. 104 ; le Scoliaste d'Aris- (jicum magnum, p. 764, 1. 14, et le Sco-

tophane, ad Plutum, v. 1041, et Hésychius, liaslc d'IIéphaistion, p. 170. s. v.ÏTY,/ -.01 <T a- . On lit encore dans /Ja/j/m(S (7) Apollonius, Argonauticon 1. iv, v

rtChloé, I. IV, p. 180, trad. de Courier : l.'iin 1727 et suivants.

s'organisaient en chœurs qui prenaient l'initiative de l'attaque, et supportaient vaillamment les représailles. Ces joies effrénées étaient doublement à leur place dans les turbulences des Bacchanales. Aussi, quand la foule se pressait en riant sur le passage du cortège, les Phallophores qui n'avaient point de rôle particulier à y remplir, lançaient-ils du haut de leur chariot (1) des brocards qu'on leur renvoyait avec la même pétulance, et ce feu roulant d'invectives, ces vives plaisanteries qui se croisaient en tous sens et mordaient quelquefois au sang, mais toujours sans malice, uniquement pour montrer qu'on avait la dent blanche et bien aiguë, ne s'arrêtaient que pour laisser aux Ithyphalles la liberté de chanter en chœur les louanges du Dieu, et aussitôt après, la mêlée recommençait avec la même abondance de traits, le même ilux et reflux d'esprit, et la même gaieté acariâtre (2). Tout paraissait licite, pourvu qu'on s'amusât bruyamment et que l'on provoquât des éclats de rire. Si grossières qu'elles fussent, les obscénités se provoquaient sans vergogne par paroles et par gestes ; c'était le phallus qui donnait le ton, et l'oii se rappelait comment Gérés, une des patronnes de l'Orgie, avait été distraite de ses chagrins : il n'y avait personne qui ne fût prêt à relever comme Baubo sa robe par-dessus sa tête (3). Bien étrangères d'abord auprogramme de la fête, ces rudes saillies en devinrent insensiblement un élément essentiel: comme elles semblaient beaucoup plus divertissantes que des hymnes, même à boire, on se plut à les croire particulièrement

(1) Ou eu avait même fait uue expressiou et Méuaudre lui-même a meutiuuué cet usage proverbiale, 'il? i; âi^à^v;; iXa'Asï : voy. Suidas, dans un fragment (le 4*) de la Périnthienne : s. V. Tài; âH-àSr.î; le Scoliaste d'Aris- 'E^l tôw «(xaçôv «0|*«-Jai. tivz? tophane, ad Equités, v. 544, et Erasme sur ^^-^^^ loi^ofoi.

l'adage De plaustro loqui.

(2) Dicaipolis disait encore ironiquement \'^i- Platonius De comoediarum DifJ'erenà Lamachos dans les Acharniens, v. 11 14 : tus,j.b33 éd. de Meineke.

(3) Arnobe, Adversus Gentes, 1. v, p. 1 76

O'j (-fOffaYopiJi) aï), àW" i/ù -^C» r.cûi Èpi'^o;xîv et 182, éd. de Lcvde, 1651 : voy. aussi

[-àXai, Diodore, 1. v, ch. 4 ; t. I, p. 256, éd. Didut.

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