CHAPITRE 11. LES DIALOGUES BACHIOUES
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moins paralyser leurs méchantes intentions, et on le sculptait comme une sauvegarde à la porte des maisons (1) ; on plaçait les récoltes sous sa protection (2) ; on lui confiait la garde des tombeaux (3), et on en suspendait au cou des enfants que leur faiblesse livrait sans défense à tous les maléfices (4). Les adorateurs de Bacchus qui se mêlaient aux Revenants de sa suite et
(1) Pollux, 1. YIl, par. cviii , p. 765, éd. de Ilemsterhuys; Archaeologia Britannica , t. IV, p. 169; Monatschrift der Berliner Ahademie der Kitnsle , août 1788, p. 90. Ou le sculptait comme amulette, même sur la porte des villes : à Anthéia, en Messéuie (AVelci<er, Jahrbuch des rheinl. Vereins , t. XIV, p. 44) ; ùThéra; Monumenti inediti d. Inslilulo archeologico , t. III, pl. xxvi, fig. 8. Les exemples en sont même assez nombreux en Ktrurie et dans le Latium ( à Alatri, Altilia, Arpino, etc. ) pour autoriser à y voir mi usage général : voy. Micali, Monumenti per la storia, pl. xui , et Becker, Handbuch der rômischen Allerthûmer, p. 94 et suivantes.
(2) Quam rem comitata est et religio quaedam, hortoque et foco tantum contra invidentium elFascinationes dicari videmus in remedio satj rica signa ; Pline, Historiae naturalis 1. XIX, eh. 4 (19); Martial, 1. III, ép. L.\vni , V. 9. Aussi l'ajoutait-ou habituellement aux Hermès (voy. entre autres Pausanias, 1. vi, ch. 26), et Prudentius disait, Contra Sjjmmachum I, v. Ho :
Turpiter adfixo pudeat quem visere ramo.
lamblique, qui vivait cependant au quatrième siècle, croyait encore que c'était à cause du grand nombre des phallus consacrés, que les dieuv réi)andaient la fertilité sur la terre ; De Mysteriis Aegyptiormn , v. i, ch. H, Voy. Rhodiginus, Antiquaruni lectionum 1. IV, ch. 6. Quand cette superstition ne fut plus aussi générale, on remplaça le phallus par une statue de Priape (voy. Martial, 1. vi, ép. 72), (ju'un nouvel abaissement de l'idée religieuse faisait (piehiuefois représenter avec une massue ( Monlfaucon , Antiquité expliquée, t. I, pl. 180) ou une sonnette à la main; Ibidem, Supplément, t. I, pl. 66.
(3) Creuzer, Dionysius , p. 23 6 et suivantes; (lori, }fuseum Etruscum , t. 111, pl. XVIII, lig. ij et 6; MuWer, Arclidologic der Kunslj p. 304 ; .Milliu, Monuments antiques^
t. I, p. 42. Dans un tombeau, à Éboli , on eu a trouvé jusqu'à vingt en terre cuite ; Annali delV Institulo archeologico, t. IV, p. SOI. Ou y ajoutait même quelquefois le xtïI; (sur la porte d'une grotte sépulcrale de Fallari , publiée par M. Bachofen, dans les pièces à l'appui de son Mutterrecht), et des images très-licencieuses : voy. Winckelmann, Storia deW arti, t. III, p. 23, et Raoul-Rochette , Nouveaux Mémoires de l'Académie des Inscriptions, t. XIII, p. 538. Voy. sur cette alliance de la vie et de la mort dans les monuments de l'Antiquité, Panofka, Annales de l'Institut archéologique , t. I, p. 309 et suivantes. Nous en citerons un autre exemple curieux : Charon, qui, comme dans la mythologie populaire des Grecs , était le dieu de la 3Iort chez les Étrusques (voy. Ambrosch De Charonte Etrusco) , est représenté en Ithyphalle sur un vase cité par M. Braun; Annali deW Instiluto archeolo gico, t. IX, p. 272.
(4) Pueris turpicula res in collo quaedam suspeuditur ; Yarron, De lingua latina, l. vu, par. 97 : voy. aussi Plutarque, Quaestionum convicalium 1. i, ch. 5; Pline, Historiae naturalis l. xxvm, ch. 4 (7) ; Ruhnken, ad Homeri Hymnum in Cererem, v. 227 ; Bottiger, Amalthea, t. II, p. 408-418 , et Arditi , // fascino e l'amuleto contro del fascino , Napoli , 182 5. A cause de sa nature ardente , le coq remplaçait quelquefois le phallus : Montfaucon en a publié jusqu'à trente-six exemples [Antiquité expliquée, t. II, p. n, p. 3o8 : voy. Jahn, l. /., pl. ii , fig. 1 ), et l'on a cru pendant tout le moyeu âge (|ue son cri mettait les fantômes en fuite : voy. notre Histoire de la poésie Scandinave, p. 121. In amulette destiné sans doute à préserver tout à la fois des maléfices des vivants et des morts, représentait un coq avec un mas(|ue sur la poitrine ; dans Eckhel, Choix des pierres gravées du Cabinet impérial , p. 38.
restaient en contact immédiat avec eux pendant toute la lête, s'étaient donc naturellement préoccupés de leurs mauvais vouloirs, et ils avaient cru pouvoir à l'aide d'un phallus bien apparent affronter ce dangereux voisinage.
Ils n'avaient d'abord assisté aux Dionysiaques qu'à titre de simples spectateurs, plus dévots seulement et plus empressés que les autres; mais leur intervention, longtemps insignifiante, devint assez active pour changer complélement le caractère de la Comédie. Que son nom vienne des chœurs de jeunes gens qui parcouraient la ville après boire (1), ou de la bonne et joyeuse chère des viveurs (2), c'était à l'origine une Ode (3), vraiment bachique (4), dont la forme primitive s'est peut-être conservée avec assez d'exactitude dans plusieurs pièces de Pindare (5). Mais l'esprit est si naturel aux populations du Midi , qu'elles le prodiguent partout et en goûtent jusqu'à l'abus : elles ne trouvaient pas une fête complète s'il n'en re-
(1) C'est le sens qu'Eschyle donnait à sens que l'emploient Plutarque {Lucullus, Kû;jio;, dans V Agamemno , y . H 89 : Àristo- ch. xxxix ; Vitae , t.l,ç. 618, éd. Didot) phane appelait encore, dans les Grenouilles, et même Aristophane, Thesmophoriazusae , Y. 217, la suite de Bacchus, K^^a<.r.aKix,tM'^oi , v. 988. Ces questions d'étymologie sont néle Cùmos ivre , et donnait à un des compa- cessairement fort obscures et en général assez gnons du dieu de la fête le nom de l'r;x.b>\i.o<i, indifférentes. Nous excepterons cependant Membre du cômos ; Acharnenses , v. 263. l'opinion si souvent citée d'Aristote : malgré Ou l'avait même personnifié par un Ithyphalle son assertion, Kùnr, , Village, existait aussi (voy. Laborde, Collection des vases grecs de sans doute dans le dialecte attique , puisque M. le Comte de Lamberg,i. I, p. 49) quitenait Aristophane appelle , dans les Nuées, v. 96b, un thyrse; Ibidem, p. 63. De là viennent les Habitants des bourgades, Kwi^va;. aussi sans doute Koi;j.a, Gaieté effrénée; Kn- (3) Voy. Aristophane, Jc/iarnenses, v. 237 l<.â^oj, Danser et Insulter les passants; KwsAa- et suiv. Aristote, Poetica, ch. iv, par. 12; ffTT,;, Insolent. Une vieille loi citée par Dé- Photius, p. 637, 1. 22; Euanthius, De traniosthène. In Midiani, p. 269, éd. Didot, goedia et comoedia, ch. n; Miiller, /)je Doprouve que c'était bien là le sens ordinaire rier, t. II, p. 351 ; Bôckh, Slaatsliaushalde Kw;jLo; : Ka\ toî; iv *ttîi A'-o/jcrio'.; y; T.o^t.^:^r^ xa'i tung dev Alhener , t. II. p. 3 62, et Thiersch, ol TîaîSj; xat 6 zwpioç zal oi jco)[j.(o5o'i xai ol Tpa- Einleitung zu Pindar, p. 117.
YH'îoi. Sur l'oxybaphon du Louvre, n' 3402, (4) Thalia était d'abord figurée avec une
représentant Vulcain ramené dans l'Olympe couronne de lierre sur lat-îte, et l'on appelait
par une Pompe bachique, un zit>;ao;, figure encore du temps d'Aristote toutes les personnes
entre Silène et Bacchus une femme , le front qui concouraient à une représentation dra-
ceint de lierre, tenant un thyrse d'une main matique, Aiovosiaxol T;/vi-:a'.. et un canthare de l'autre, dont le nom est (5)M. Kuithan a voulu le prouver dans une
écrit en toutes lettres sur sa tète : Kij;j.io5ta. dissertation spéciale : Versuch eines Beicei-
(2) Kc>\xo; ■ r, [xit' oîvov w^t, ■ Scoliaste d'Es- ses, dass Pindars Sieges-Hymnen aïs Urchine, p. 734. Kw;j.o'. " lo^al î) ôf/T.dî'.î i^»'» [AtO/,; ■ Komôdien zu betrachten sind.
Scoliaste de Platon, p. 189. C'est eu ce