JUSTI
Que en la muerte te queria Dije ; y pues à morir llego Contigo , Cipnano , ya Cumpli mis ofrecimientos ;
journée iii.
gestions diaboliques que de souhaiter savoir ce qu'elle ne voulait . pas apprendre, et Ton attribuait facilement à un commerce direct avec le Démon toutes les connaissances qui dépassaient le niveau habituel de la science du temps. Bien des savants du moyen âge, parmi lesquels on trouve avec quelque surprise un pape (1), furent donc soupçonnés d'avoir puisé leur instruction à des sources infernales; mais les progrès du savoir public ne tardaient pas à prouver que, dans cette science, d'abord si suspecte, il n'y avait en réalité rien de merveilleux, ni par conséquent de maudit. Pour ne pas renoncer d'une manière définitive à une supposition qui flattait singulièrement l'envie des uns, le respect effrayé des autres et les idées superstitieuses de tous, on distingua d'une science légitime, accessible à tous, des connaissances surnaturelles, sévèrement interdites à l'homme, qui ne pouvaient venir que de l'Enfer. Un des derniers personnages auxquels le peuple eût fait l'application de cette croyance, était un Allemand nommé Faust (2), et sa disparition soudaine avait complété la légende : c'était naturellement le Diable en personne qui avait emporté son corps et son âme. Les théâtres de marionnettes s'emparèrent presque aussitôt de cette lamentable histoire, et un des plus vieux dramaturges anglais, Marlowe, lui donna dans son Doctor Faiistus une forme plus poétique et une signification beaucoup plus profonde. Loin de suffire à délivrer l'homme de la tentation et à l'affermir dans le bien, la science sans la foi ne nous apporte au fond que le sentiment de sa vanité, et pousse inévitablement à chercher des idées moins creuses dans l'étude des connaissances occultes. Faustus, dégoûté du vain sa-
(1) Gerbert, connu comme pape sous le Untersuchung iiber das Leben und die Thanom de Sylvestre H: voy. Brown, Fascicit- ten des Dr. Joli. Faust, Leipzig, 1791 ; lus rerum expetendarum et fugiendarum , Stieglitz , Die Scuie vom Dr. Faust , dans t. II, p. 88. V Historisches Taschenbuch de M. de Rau
(2) L'existence réelle de Faust est mainte- mor pour 1834, p. 127-294; Diintzer , Z)ïe nant un fait hors de doute: voy. entre autres Faustsage bis zuui Ersclieinen des ersten Neumann, Dissertatio historica de Fausto Volhsbuches {Kloster, t. V, p. 27-83), et praestigiatore , Wittenberg , 1 682 ; Kohler , Scheible, Doctor Faust { 2« vol. du Kloster).
voir, ne craint donc pas d'en demander un plus puissant au Diable (i), et de s'engager envers lui par un pacte irrévocable (2). Mais en vain les plus secrets mystères sont-ils devenus accessibles à sa soif de les pénétrer tous, les jouissances les plus ardemment désirées n'ont plus que de l'amertume quand la conscience les réprouve (3). Le bonheur imaginaire que Faustus a payé SI cher fuit incessamment devant lui, et le jour de l'expiation finale arrive. Le Diable s'en saisit malgré ses prières désespérées (4), et le Chœur avertit lui-même le public que cette lin terrible doit apprendre aux sages à respecter l'obscurité des choses occultes et à s'arrêter aux bornes que le Ciel n'a point permis de franchir (5). C'était donc encore une leçon de morale et d'humilité chrétienne, mais déjà avec quelques réserves personnelles à l'auteur. Pour témoigner que la vraie science n'avait point à répondre des égarements du savant, Marlowe l'honorait jusque dans Faustus damné , et faisait assister à ses funérailles tous les étudiants, vêtus d'habits de deuil (6). Malgré ses conclusions orthodoxes, on sent même que l'esprit indépendant du poëte ne les a pas acceptées sans révolte (7) ; son Dieu n'a rien
(1) This uight l'U conjure, though I die the- Yet, for he was a scholar once admired
[refore. For wondrous Knowledge in our Germau
(2) Sothou wiitbuyhis service withthy soûl... [schools, But now thou niust bequeth it solemny, We'U give his maugled limbs due burial ; And Write a deed of gift -with thine ownblood. And ail the students , clothed in mourning
(3) His conscience kills it, and his labouring Shall wait upon his heavy funeral. [black , Begets a world of idle phantasies , [brain (7) Beard dit positivement dans son Théâtre To over-reach the devil , but ail in vain; of God's judgements que Marlowe fell (not His store ofpleasures must besauc'dwith pain, withoutjust désert) to that outrage and extre-
(4) Oh! niercy, heav'n,looknotsofierceonme! mitie, that he deuied Godand his sonne Christ ; Adders and serpents , let me breathe awhile ! and not onely in wordblasphemed the Trinitie, Ugly Hell , gape not ! — Come not , Lucifer! but also (as is credibly reported vvrote bookes ru burn niy books ! — Oh ! Mephostophilis ! against it , affuming our Saviour to be but a
(5) Faustus is gone : regard his hellish fall , deceiver. Rudierde disait également dans The Whose fiendful fortune may exhort the wise , Thunderbolt of God's icrath against hard- Only to wonder at unlawful things ! hearted and stiffe-necked sinners , imprimé Whose deepnessdothenticesuchforwardwits, en 1618: We read of one Marlow a Cam- To practicc more than heavenly power per- bridge schoUer , who was a poet and a filthy
[mits. play-maker : this wretche accounted that
(6) Well, Gentlemen, though Faustus' end be meeke servant of God , M oses , to be but a
[such conjurer and our sweet Saviour but a sede-
K% evei-y Christian heai I laments to think on ; cer and deceiver of the people. Nous devons
du doux Sauveur qui versa son sang pour le salut du monde, c'est bien plutôt le dieu dur et jaloux de TAncien Testament qui maintient son interdiction du fruit défendu parce que tel est son bon plaisir. Marlowe n'est resté de son temps que parce qu'il a justifié la défense de goûter à la science qu'il n'appartient pas à l'homme de connaître, parce que la condamnation de Faustus était écrite d'avance dans les agitations de son esprit et les inquiétudes de sa conscience. Il suffisait à Gœtheque la tradition de Faust fût populaire (1); il l'accepta sans y rien changer en apparence, comptant assez sur son génie pour l'approprier à ses lins, si toutefois on peut s'en proposer sérieusement aucune quand on flotte avec indifférence entre le scepticisme d'un esprit désabusé de sa dernière vérité et le vague polythéisme d'une âme qui n'est plus accessible qu'à la poésie et en évoque de toutes les choses. Nous avons aujourd'hui un Faust complet; mais il a été abandonné, repris, terminé à des années d'intervalle, et l'imagination de Gœthe, le poëte le plus impersonnel et le moins entier dans ses idées, peut-être parce qu'il les comprenait toutes, suivait chaque jour un nouveau courant où se réfléchissaient indistinctement tour à tour les mille paysages qui se succédaient sur la rive : sans donc nous embarrasser outre mesure du sens de la seconde partie, nous croyons que, pour rester fidèle à la pensée panthéiste du premier fragment et former un véritable ensemble, cette singulière composition devait aboutir à la con-
d'ailleurs reconnaître que la pièce de Mar- lement le fragment attribiu; sans preuves po-
lowe ne nous est point parvenue telle qu'il sitives à Lessing , et les Faust de Friedrich
l'avait composée ; on trouve dans le journal Jliiller , de Klinger et de Klingemann. Une
manuscrit de Henslowe : Payd to Thomas vieille pièce populaire a été recueillie par
Dekker, the 20th of desember 1597, for ady- Arnim et V. Brentano dans leur Wunderliorn,
oyons to Fosstus twentye shellinges ; dans mais la tradition qui l'avait inspirée était un
Collier, Thehistoryofeiiglishdramaticpoe- peu dillérente , comme le prouvent les der-
try to the time of Shakespeare, 1. 111, p. 11 3. niers vers :
(1) On a , dans ces derniers temps , publié Der Teufel hatte ihn verblendet,
plusieurs pièces différentes composées pour 3Iahlt ihm ab ein Ycnusbild ;
les théâtres de marionnettes : voy. Dus Klos- Die bosen Geister schwunden
<er de Scheible , t. V. Nous indiquerons seu- fnd fiihrtcu ihn mit in dio Holl.
fusion du Diable (1) et à Timpossibilité de concilier la nature de riiomme avec la vie (2). La science de Faust ne Ta conduit de négation en négation qu'au scepticisme, non par impuissance de comprendre ou dédain de la vérité, mais par Tabus de la réflexion et du raisonnement, par une conséquence logique d'insolubles contradictions entre le pouvoir de l'homme et sa volonté, la liberté de ses actes et la nécessité des choses, les conceptions de sa pensée et les réalités du monde (3). Sa science ne lui a rien appris qu'à s'enorgueillir de soi-même et à s'isoler des autres dans le mépris de leur ignorance ; il veut, par une sorte de spleen philosophique, se débarrasser du fardeau de son intelligence et se sauver au moins de l'ennui de trouver dans toutes les connaissances le néant qu'il y porte (4) , quand Méphistophélès s'engage à le réconcilier avec la vie. Il le détourne de la science par ses railleries, et le pousse à chercher dans l'ivresse des plaisirs ce qu'il a vainement demandé au travail de la pensée (5) ; mais Faust retrouve encore au fond de toutes les jouis-
(1) Cela nous semble sortir de la pièce et des vers que Faust adresse à Méphistophélès :
Kannst du niich schmeichelnd je beliigen Dass ich niir selbst gefallen mag , Kaniist du mich mit Genuss betriigen :
Das sey fiir mich der letzte Tag !
(2) Le Seigneur le dit lui-même dans le prologue :
.MEPHISTOPHELES.
Nicht irdisch ist des Thoren Trank uoch Speise .
Ihn treibt die Gàhrung in die Ferne ,
Er ist sich sciner ToUheit halb bewusst ;
Vom Himmel fordert er die schonsten Sterne
Und von der Erde jede hiichste Lust ,
Und aile Nâh' und aile Ferne
Befriedigt nicht die tiefbewegte Brust