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CHAPITRE III

La Coraédie dorienne.

Avant que récriture eût appris à éterniser la pensée et à lui donner des ailes, les poètes, obligés d'être eux-mêmes les courtiers de leur renommée , s'en allaient de ville en ville à la recherche d'un public d'admirateurs (1). La tradition racontait même qu'en signe de leur immortalité Homère (2) et Hésiode (3) récitaient leurs vers, un rameau d'arbre vert à la main (4). Pour se concilier plus sûrement la faveur de leur auditoire, les ingénieux mendiants qui vivaient des poëmes homériques avaient cherché dès l'origine à représenter le poëte célèbre auquel les cent voix de la renommée les avaient attribués (5). Ils- reproduisaient de leur mieux les inflexions de voix et les gestes peu nombreux dont Timagination publique avait conservé le souvenir (6) , tenant à son instar une branche de laurier ou de myrte (7), et jouant son rôle comme un acteur qui laisse sa vraie nature dans la coulisse et devient une autre personne sur la scène (8). Mais l'admiration croissante du

(1) c'est dans la nature des choses, et foj lnîo/.ftvô;jiîv&'.. Lexique de Platon, s. v. Platon le dit positivement d'Homère ; De Le- 'O\xf,o\.^aii.

gibus, 1. u ; Opéra, t. II, p. 286, éd. Didot: (6) Yoy. G. Miiller, Die Dorier , 1. IV,

voY. aussi Aristote, Rhetorices 1. lll , cap. i, cb. tu, par. 1 1. Voilà jiourquoi Simonide, de

par. 2; Opéra, t. I,p. 385. Zacynthe, récitait assis dans une chaise à

(2) Kaxà çâSJov lYizoaivj ; Pindare, Isthmia, '"'as les poëmes d'Archiloque (Alhénée, 1. -mv, y, V. 6 3, éd. de Bockh. P- 620 G) : c'était une tradition.

(3) Pausanias, 1. IX, ch. xxx, par. 3. ('') Quoique leur nom signifiât probable- Hésiode lui-même disait, T/ieoyoma, v. 31 : i»ent Chantre de vers déjà composés paTc-

.,^ j., , , ^ . .,.. THv iwwv àoi'î&i, comme disait Pindare , on l'a

•^ ' > . i-> r . ■> ■= même traduit pendant longtemps par Chan-

(4) Ils sont représentés avec une couronne teur à la branche.

lie laurier sur des pierres gravées, publiées (8) Ilésychius et Diodore, 1. .\iv, ch. 1U9,

parGori, J/use«w jlorenlinum, t. I,pl. xliii. et 1. xv, ch. 7, les appellent U7:c/.f.-a"i irùv, et

(5) Il est déjà question dans ['Hyuinu.s in Athénée dit en parlant du rhapsode Hégésias, Aji^olUnem, v. 172, d'acteurs qui représen- tov y.(»;AW(îov ; 1. xiv, p. 620 C : voy. Platon, taient (û-oy.ç.'.vaaOî) le personnage d'Homère, lan ^ ch. iv et vu (Opéra, t. I, p. 390 et et Timée définissait les rhapsodes Uî -à '0\i.-fr 392) , et De Legibus , 1. vi ; t. II, p. 76 4.

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