CHAPITRE III. LA COMÉDIE DORIENNE. ^(il
peuple exigea davantage : elle ne trouva plus qu'un appareil aussi simple répondît au génie d'un si grand poète, et pour continuer h le représenter avec une vraisemblance suffisante , les rhapsodes durent adopter des manières plus théâtrales; il leur fallut poser, une cithare entre les bras (1), se ceindre orgueilleusement le front d'une couronne d'or (2) et se draper dans des habits blancs, les seuls qui convinssent aux mortels d'élite en commerce avec les dieux (3). La popularité dont ils jouissaient à titre d'Homérides (4), peut-être aussi le désir de refréner la licence des chants bachiques et d'en élever le ton leur firent donner une place dans les Dionysiaques ; ils y récitaient en l'honneur des dieux les morceaux les plus tragiques de leur répertoire (5), et leur exemple apprit à en rendre les diverses exhibitions moins capricieuses et moins fantastiques. Les Ithyphalles, chargés des intermèdes, dépouillèrent leur attirail grotesque; ils prirent aussi un costume en rapport avec les héros dont ils devaient exprimer les souffrances , et remplacèrent par de faux-visages à leur ressemblance les masques effrayants et grossiers qui avaient jusque-là personnifié des Mânes. Ce ne furent plus des ivrognes qui psalmodiaient des complaintes entre deux éclats de rire, mais de vrais acteurs, qui représentèrent sérieusement des personnages réels et remplirent un rôle historique, de plus en plus étranger aux extravagances de la fête.
La comédie ne pouvait se développer ainsi par la logique de
(1) A l'instar d'Apollon (voy. entre antres teau de coulenr diirôrente , selon qu'ils réci- Spanheini , ad Callimachum , p. 399) : ce taient dos niorcca\i\ de l'/^/ac/e ou de VOdysii'était qu'un accessoire de théâtre ; Strabon, sc'e ; Eustathius, ad Iliadis 1. i, v. 1 '; , i. XIV, p. 048. Commentarii, t. 1, p. G, 1. 5-7 ; Fabricius,
(2) Platon, Ion, ch. vi ; Opéra, t. I, Hibliotheca graeca,\. II, ch. vu, par. 3. p. 392, t''d. Didot. Cet usage s'était même (4) Pindare leur en donnait le nom dans conservi; à Home ; Rhetorica ad Herenniiim, la seconde Néméenne, ainsi qu'Aristote, d'acli. IV, par. 47. près Athénée, 1. xiv, p. 620 B.
(3) Leur costume d'acteurs se marqua (5) Tôiv 6ewv oîovti;x>jv àTSTtXojv t>,v oa<i(o^iav. iiw^mc eiifore davantntre : ils prirent un inaii- Athénée , I. vu, p. 275 C.
sa nature ni même s'approprier immédiatement les perfectionnements de forme que la tragédie avait si facilement atteints : son essence était le caprice et la verve ; son principal mérite , la gaieté, et son idéal, le plaisir de ses acteurs ; il lui fallait de l'esprit à tout prix, et elle en cherchait à droite et à gauche, sans rime ni raison ; son rire lui-même était indiscipliné et volontaire. Mais le succès qu'obtinrent ces vifs assauts de parole en fit pour ainsi dire un genre littéraire; chacun se crut obligé à les rendre plus dignes de l'approbation populaire et voulut s'en faire honneur; on soigna son esprit , on renchérit sur sa verve et l'on parvint à diminuer les inégalités de ces improvisations. On mêlait bien encore çà et là au dialogue régulier des sarcasmes adressés à la cantonade, et une réplique violente en partait aussitôt, mais la scène restait sur les chariots, qui voituraient la fête, et sauf de piquantes exceptions, les Bacchants officiels se chargeaient de pourvoir eux-mêmes à l'interpellation et à la réponse. L'habitude et la nature formèrent des comiques au pied levé (1), toujours prêts à battre le fer et à riposter en quarte, qui se jetaient et se renvoyaient le mot comme un volant et trouvaient toujours de l'esprit sur leur raquette. Ce changement dans les personnes en amena un autre plus important encore dans les choses. Lorsque les railleries mieux liées se suivirent sans interruption et formèrent une sorte d'ensemble, il devint impossible de les apprécier suffisamment d'après les phrases brisées qu'on saisissait au vol pendant la marche de la Pompe; elles furent^ ainsi que les tragédies, récitées tout entières sur des estrades (2), et quand leur public, plus
(1) On les appelait A'jToy.âS^a).o'., looiinal, et 254. Dans la xxxix^ inscription , ligfne 54, '£6£>.ovTal (à Thèbes) et X'./.r,\:<r:a\ (à Sparte), delà Chronique de Paros, il yaa8- •■ «tç, et au
(2) L'existence du théâtre roulant de Sou- lieu de lire conformément à l'écriture 'AOiiva'-i;, sarion ne repose que sur une conjectm^e de Bentley avait imaginé àitiivaiç; Opuscula , Bentley [Dissertation upon the Epistles of p. 263-4, éd. Leipsick, 1791. Voici le pas- Phalaris, p. 263 et suiv.) approuvée par sage entier, avec les restitutions les plus M. Welcker, Anhang su Trilogie, p. 247 vraisemblables entre parenthèses : ào' ol iv