‹ Histoire de la comédie ancienneChapitre 59 sur 129 · CHAPITRE IV. LA COMKDIE A ATHÈNES · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV. LA COMKDIE A ATHÈNES

n'était dispensé qu'après avoir donné une preuve irrécusable de sa capacité en remportant sous un autre nom un succès officiel (1). On n'était admis à soumettre une pièce à l'examen de l'Archonte que sur la présentation d'une tribu, et elles étaient toutes trop désireuses de paraître avec honneur dans le concours pour disposer légèrement de leur patronage (2). Puis enfin, les droits de l'Archonte étaient assez restreints; si méritantes que fussent les comédies soumises à son choix, il n'en pouvait agréer que cinq (3). La faveur arbitraire qu'il eût accordée à un des concurrents serait souvent devenue une exclusion pour un autre et aurait provoqué le mécontentement et le mauvais vouloir d'une tribu entière. Les frais de la représentation étaient une dépense d'utilité publique à laquelle on était tenu de pourvoir, dès qu'on y pouvait subvenir (4), et le désir ne venait à personne de s'y soustraire. L'homme riche désigné par le magistrat , acceptait la fonction de Chorége comme il eiit accepté celles d'ambassadeur et de général ; il y voyait une heureuse occasion de s'acquérir les bonnes grâces de ses concitoyens, et savait servir réellement sa patrie en hono-

(1) c'est ainsi que Ménandre fit jouer sa naître l'époque et les circonslances dans lespremière pièce avant d'être sorti de l'éphébie quelles l'État y est intervenu. Le premier (Anonymus, Ui^: zoijAw^iai;, p. 538, éd. de exemple connu est celui de Thrasippus sub- Meineke), et Eui)olis, avant d'y être entré ; venant à la représentation d'une comédie Suidas, s. v. eG-oAiç. d'Ecphantidès [krisMe , Politique , 1. vm,

(2) Voy. Aves, v. 1404, et le Scoliaste, ch. 6), et il semble que la fonction de Cho- Ibidem. Quelquefois même elles consacraient rége ne fut jamais aussi obligatoire pour la le prix qu'elles avaient obtenu dans un temple comédie que pour la tragédie : voy. Aristote, ou un édifice élevé tout exprès : voy. Taylor, Poétique, ch. v, par. 3. Quand Aristophane Marmor Sandvicense, p. 67, et Chandler, fit jouer ses C'/ieuai/ers, la Ville fut obligée Inscripliones antiquae, p. 43. de prendre les frais à son compte (È^fîâ/OY)...

(3) L'histoire littéraire nous a conservé le lirnAo^ia) : sans doute la crainte de Cléon emnom de plusieurs pièces qui n'ont pas été pécha les citoyens riches d'en accepter la représentées (à^-.'îay.Ta) : les Sirènes , de Ni- ciiarge, et nous attribuons aussi à des refus cophron ; les Perses impétueux {&o'jç'.'j-nifuoi'^, tolérés par la loi plutôt qu'à toute autre de Métagène , etc. raison l'absence du Choeur dans V Aeolosicooi

(4) A l'origine, c'étaitnaturellementle poète d'Aristophane, ['Ulysse de Cratinuset beauou ses amis qui faisaient les frais du Chonir coup des plus vieilles comédies : car, ainsi que (voy. Harpocration, s. v. A'.'îà(rxa"/.o ;), ledit Platonius, p. 532, éd. de Meineke , et il serait fort intéressant pour l'histoire «SxvïifiTspoi icpoç -ta. <ixù[).\i.azcii iY^'^vro <a't iri>,'.«ov pragmatique de la comédie grecque de con- "sî /,''p»iY°'-

ranl les dieux (1). C'était d'ailleurs au Ghorége que revenait surtout l'honneur de la pièce dont la représentation lui avait été confiée (2), et en cela, malgré l'apparence, le peuple montrait son intelligence et sa justice. Des comédies inédites ou délaissées dans la poussière de quelques bibliothèques n^ajoutaient rien à la pompe ni à la puissance du culte; il fallait les produire sur le théâtre pour leur donner une existence publique et une valeur religieuse : alors seulement leur gaieté ne restait pas une lettre morte, et elles associaient les spectateurs aux divertissements obligés de la fête (3). Aussi n'était-ce point le mérite littéraire de la pièce que couronnaient les juges chargés d'exprimer l'opinion du peuple (4), mais son rapport réel à la solennité du jour, le plaisir qu'avait témoigné l'assistance, en un mot ses résultats pour Bacchus (5). Les Dionysiaques du printemps, celles où l'on glorifiait le dieu de la fécondité, non pour le moût bouillonnant dans les cuves, mais pour le vin nouveau paraissant enfin sur les tables, appartenaient plus spé-

(i) Dans un temps où l'intérêt à plaire au Habituellement ils étaient cinq (Hésychius,

peuple était déj à bien amoindri , Déraosthènc s. v. nivTs xpuai ; Schol. ad Aves^ v. 445) :

disait encore qu'il ne craignait pas que l'on Les cinq tribus qui ne concouraient pas, eu

manquât deChoréges; Adversus Leptinem, fournissaient, chacune, un; Lysias, p. 168,

p. 241. et Scliômann, Antiquitates juris publici,

(2) Les quatorze inscriptions, gravées à p. 260. C'était plutôt un usage qu'une loi l'occasion de victoires de ce genre, qui sont rigoureuse, puisque après la victoire de Cimon parvenues à notre connaissance (dans Spou, sur les pirates de Scyros, l'Archoute Aphép- Chandler^ Bockh), ne permettent pas d'en sion lui décerna l'honneur d'être seul juge douter. du concours, et qu'il accorda le prix à la

(3) On trouve encore dans la seconde première œuvre de Sophocle ; Plutarque , édition du Bhythmica de Caraniuel, impri- Cimon, ch. vin : voyez la dissertation de mée en 1668 : Autor de Comedias apud HermaiDn, Dequinque Judicibus poetarum, Hispanos non est qui illas scribit aut récitât, dans le t. TU de ses Opuscuîa.

sed qui comicos alit et singulis solvit conve- (b) Le peuple avait raison de crier, quand

nientia stipendia. il ne riait pas suffisamment, qu'on négligeait

(4) Probablement ainsi que l'ont déjà Bacchus : voilà pourquoi Ménandre fut si souavancé Sauppe {De Electione judicum in veut vaincu par Philémon, et Euripide ne certaminibus musicis)et Schultze {DeChori remporta que cinq fois le prix; Aulu-Gelle, Graecorum tragici Habitu externo, p. 14), 1. xvn, ch. 4. L'Archonte jugeait d'après le Is n'étaient désignés qu'après la représen- même point de vue, et naturellement ce n'étation par un tirage au sort auquel présidait tait pas celui des lettrés qui s'étonnaient celui des deux premiers Archontes qui n'avait que l'on refusât à Eschyle le Chœur que l'on pas choisi la pièce, et ils prononçaient accordait à Cléomachus; Athénée, 1. xiv, séance tenante après avoir invoqué les dieux. p. 638 F.

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