‹ Histoire de la comédie ancienneChapitre 60 sur 129 · CHAPITRE IV. LA COMÉDIE A ATHÈNES. 3i · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV. LA COMÉDIE A ATHÈNES. 3i

cialementà la religion de la Ville, et la loi en avait expressément réservé les devoirs et les honneurs aux citoyens (1). Dans les Lénéennes, destinées à célébrer la fin des vendanges et importées des campagnes, moins par une reconnaissance dévote sans cause actuelle que par amour du plaisir (2), l'État n'avait point h conserver un caractère municipal à la fête et n'excluait plus les étrangers du concours. Il leur permettait de participer aux frais de la représentation et même de figurer en personne dans le Chœur (3). La loi qui avait prononcé la peine de mort contre l'orateur assez mal inspiré pour proposer comme un moyen de salut public de détourner le fonds théâtral de sa destination (4), n'est point, ainsi qu'on l'a si bénévolement supposé, un monument de la frivolité du peuple athénien et de son affolement de plaisir : elle attestait, au contraire, par une nouvelle sanction, la volonté de subordonner la politique courante à la religion, et proclamait hautement que dans les plus pressantes nécessités le culte restait le^ premier devoir et le plus instant besoin de la République. C'est ce caractère religieux de la Comédie qui l'investissait, même envers les dieux (5), de ces licences inouïes que les savants prenaient naguère encore pour des impiétés. Plusieurs fois, l'intérêt par-

(1) Démosthène , In Midiam , p. 532; nysien), et prirent un caractère beaucoup Scholiasta ad Plutum, v. 9 54 ; le Chorége plus mystique : voy. Démosthène, In Neaequi avait employé un étranger dans le Chœur ram, par. lxxii, p. 721, éd. Didot,etO. était puni d'une amende de dix marcs pour ftliiller, Die Etrusker, 1. 11, p. 98.

chaque contravention : voy. Plutarque, Pho- (3) Scholiasta ad Plutum, v, 954. Il suf-

Cion, eh. xxx, par. 2; Vitae, p. 901, éd. fisait alors que le Chorége fût domicilié

Didot. légalement dans l'Attique.

(2) Les Dionysiaques n'en étaient pas (4) Le décret fut rendu sur la proposition moins célébrées aussi dans les campagnes et d'Eubulus, et Llpien nous en a conservé le au Pirée avec des représentations dramati- texte : ©avàw Çf/r^'-c/ûTOat, eï -ci.; im-/z'.^o[-fi |xeTaques : Démosthène nous a même conservé la tcoisîv xà Ouop'-xà «rtfat'.wxixâ ; dans Petit, Leges loi d'Euegorus qui l'avait positivement or- atticae, 1. VI, tit. v,p. 576, éd. de Wesdonné ; In Midiam, p. 2t)9. Quant aux An- seling.

thestéries ou Anciennes Dionysiaques (Thucy- (5) Bacchus lui-même n'était pas épargné,

dide, 1. II, ch. 15), les représentations, au moins en apparence : voy. /fanafl, v. 4 5-

semblent n'y avoir jamais été régulières (voy. 48, et passîm. Il semble aussi avoir été assez

Bockh, Vom Unterschiede der Altische7i lestement traité dans les Heures de Cratinus :

Lenden, Ànthesteritn und làndlichen Dio- voy. Photius, Lextco/i, p. 369.

ticulier ou l'amour-propre des démagogues se considéra comme une raison d'État supérieure et voulut en prévenir les excès (1) ; mais le peuple, surpris d'abord, ne tardait pas à lui rendre toute son indépendance et ses intempérances de langage (2). Sa liberté ne périt définitivement qu'avec la constitution de l'État, par l'intervention violente d'une force étrangère, qui probablement ne connaissait pas les rouages intérieurs d'une démocratie si radicale et, dans son bostilité contre la grandeur d'Athènes, lui eût dénié volontiers les conditions organiques de sa vie.

Désignés par le sort, sans autres conditions d'éligibilité que leur inscription sur la liste des citoyens, ces juges, élevés comme la foule, vivant et gouvernant toute la journée avec elle, ne se distinguaient par aucune faculté spéciale des autres spectateurs. Ils partageaient leurs émotions, riaient de leur rire et se seraient inspirés des mêmes idées, lors même que la crainte d'avoir à répondre d'un jugement entaché d'erreur (3) ne leur eût pas conseillé d'être plutôt un écho sans initiative des appréciations du peuple que son organe indépendant. Il n'y avait point au

(l) Cette responsabilité n'est positivement 319), et nous partagerions son opinion si affirmée par aucun écrivain ancien , mais les raisons morales pouvaient avoir quelque c'était une garantie nécessaire puisqu'ils ju- force quand il s'agit d'une république aussi geaient sans appel, et on lit dans Eschine, passionnée et aussi inconséquente. In Ctesiam , p. 625, éd. de Reiske : Ka\ (2) Fuit etiam lege concessum , ut, quod Toùç u.=v xv.Tàç Toù; ix. A'.ovjffliuv, iàv ;j.ï; S'.y.alw? vellet comoedia, de t[uo vellet nominatim di- Toùç x'JxAïo'j; yopoùç xflvio(7'., ^T|[A'.oO-î. Ilif!. Toj jjiT, ccret ) Clcéron, De Republica, 1. iv, ch. 10, ôvO[i.affT"t xto[xw5îîv T'.va. Cette loi fut portée et (dans saint Augustin, De Civitate Dei, 1. n, rapportée plusieurs fois: voy. Meineke, His- ch. 9), et ce témoignage est confirmé par toria critica comicorum graecorum, p. 40- Thémistius, Orationes, dise, vui , p. 110 B. 43. D'abord, les termes en furent pris dans Les Ai-chontes seuls étaient protégés par la un sens littéral, et la défense de nommer législation contre les rancunes et les mauvais personne était absolue ; mais lorsqu'elle fit vouloirs des poètes comiques ; Cicéron, /. /. ; définitivement partie de la législation, sa si- Schol. ad Ranas, v. 501, et Nubes, v. 31. gnification devint plus restreinte : elle n'in- (3) Voilà sans doute pourquoi les bas-reterdisait plus que l'exposition sur le théâtre, liefs des théâtres représentaient si souvent la représentation sous son propre nom d'une le supplice de Marsyas ; c'était un avertissepersonne vivante. Voy. passim les l'rag- ment et une menace : voy. Estrangin, Notice ments de ce qu'on appelle la Comédie sur les ruines du théâtre antique d'Arles, moyenne, et Clinton, Fas<i Hellenici, t. II, p. 89, et Bottigcr, dans le Magasin encyp. XXXVI. M. Bergk a même soutenu que cette clopédique, ive année, t. V, p. 299 et suiloi n'avait jamais eu d'autre sens (dans vantes. Fritzsche, QiMiestiones Aristopha/neae , p.

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