CHAPITRE IV. LA COMÉDIE A ATHÈNES
et an premier rang dans leur estime figuraient les gaietés ci le spectacle inaccoutumé des fêles de Bacchus (1). La Comédie devait donc tenir compte des exigences naturelles aux jeunes gens et pactiser 'avec leurs exagérations de sentiment et leurs emportements d'idées, leur souverain mépris du mal et leur haine impitoyable des mauvais citoyens. Ces représentations, plus fameuses chaque année, excitèrent bientôt la curiosité de toute la Grèce: au jour marqué par le calendrier, les campagnes envahissaient la ville , et quand le printemps ramenait les plus solennelles, les étrangers y accouraient en foule (2). Il fallait se préoccuper aussi de ce public de seconde classe, moins vif, moins lettré, moins initié aux cancans de TAgora, beaucoup moins sensible aux petites passions de la politique intestine, et lui donner çà et là un comique plus à son usage, des ridicules moins exclusivement athéniens, de grosses caricatures fortement enluminées et bien voyantes. Après une attente fiévreuse tous se pressaient tumultueusement aux portes du théâtre, lorsqu'elles étaient enfin ouvertes, et s'asseyaient pêle-mêle, sans distinction de fortune, d'éducation et probablement de patrie (3). Désarmée comme elle l'était devant la royauté du peuple, la police n'intervenait que par sa présence : une fois même les bancs de peuplier rompirent sous la foule des spectateurs imprudemment amassés (4), et il fallut emporter avec les débris des blessés et des morts. Mais ce qui sans doute eût paru bien autrement grave aux directeurs d'une démocratie si ombrageuse, c'est que
(1) Nubes, y. ij39 ; Pax, v. HO ; Ecclesia- i)ar.44,les6trangcrsauraientcependantsiég(i
zusae, V. 1 140 : le ScoUastc arf ylues, V. 79 i, sur le dernier gradin; mais en supposant
et l'oUux , 1. IV, par. 122, disent même qu'on doive le prendre à la lettre et y voir la
qu'il y avait une partie de la salle , ô i-^rfi-.- preuve d'un usage , il ne s'appliquerait pas
x'Ji Toro;, réservée aux jeunes gens entrés dans sans doute au temps de la Comédie ancienne,
leur dix-huitième année qui n'avaient pas II n'en était pas ainsi partout, notamment à
encore atteint la vingtième. Syracuse : voy. le Duc de Serradifalco, Le
{i) Acharnenses, v. u03. Antichità Ji Sicilia, t. IV, pi. 20.
(3) A en croire un fragment de la Gynai- (4) Dans la première année de la lxx" Olym-
çocratie d'Alexis, conservé par PoUux, 1. ix, piade ; Suidas, s. v, Ait/ûXo; et npaTiva?.
des citoyens fussent exposés à ne pas jouir à leur guise des plaisirs de la fête, et ne se trouvassent pas suffisamment libres. Si compromise que fût la religion par les formes grossières qui en voilaient l'idée, l'État croyait vraiment dans TAnliquité grecque et faisait un devoir politique de la foi à ses dieux. A Athènes, moins encore que partout ailleurs, la loi elle-même n'eût pas osé se permettre d'aristocratiser les croyances, et de frapper le culte d'une taxe qui en eût fait une sorte de privilège pour les riches. Il fallut donc que, malgré l'irrégularité et la pauvreté de son budget, le Gouvernement pourvût aux frais de la Comédie et en assurât la pompe : il confiait les dépenses de la mise en scène et tous les embarras de la représentation à l'amour-propre ou à l'ambition des Ghoréges, et chargeait de l'installation du théâtre et de l'arrangement de la salle des entrepreneurs qui se remboursaient par un droit d'entrée perçu indistinctement sur tous les spectateurs (1). Mais il en remettait auparavant l'argent aux citoyens actifs que cette dépense eût gênés (2), et l'impôt n'atteignait réellement que les femmes et les mineurs, les étrangers et les esclaves, toutes gens sans état politique qu'on pouvait, par conséquent, taxer et mécontenter sans scrupule. L'Archonte qui présidait à la fête, intervenait sans doute d'une manière occulte dans la fixation du prix d'entrée : c'était une charge indirecte pour quelques citoyens en pleine possession de tous leurs droits, et les orateurs, toujours à la recherche d'abus dont la réforme les rendît populaires , n'auraient point laissé des spéculateurs trop avides l'afforaver sans nécessité. On voulait seulement concilier l'a-
(1) Voy. Grotc, Hislory ofGreece, t. VIII, temps de Démosthène tous les citoyens iasp , 438. crits sur le registre civil (V.ïiÇtapyixôv Ypa;*;^»-
(2) Lucien, Timon, par. xi.ix; Suidas, telov) recevaient indistinctement le prix de s. V, 0io)piy.ôv ; ce fut Périclès qui établit cette leur billet de spectacle ; In Philippum , iv, distribution; Plutarque , Perichs , ch. ix ; p. ïkÇ); Adversus Lcocharem , p. 571, éd. F/<ac, t. II, p. 187. Cette dilfcrcuce Huit Didot ; Plutarque , Z>t' <uenda saniia/e Praepar blesser la vanité des plus pauvres: du cepta , p.l40, éd. Didot.