CHAPITRE IV. LA COMÉDIE A ATHÈNES
baissement des prix avec l'éclat de la fêle et la sûreté des assistants (1). Il y eut môme un temps où, dans ses prévenances pour les citoyens pauvres, la République ne se contenta pas de prendre à son compte les dépenses de la porte et de l'ouvrir à deux battants. Les représentations se prolongeaient quelquefois jusqu'à la fin de la journée, et les spectateurs qui seraient sortis de la salle pour apaiser leur faim, eussent été forcés de renoncer à une partie de leur plaisir ou de payer une seconde fois en rentrant : il y avait donc des marcbands de comestibles qui parcouraient les gradins dans les entr'actes (2), et l'État ajouta au prix de la place l'argent nécessaire pour acheter quelques fruits secs qui permissent aux estomacs affamés d'attendre le repas du soir (3). Les mesures les plus complètes avaient été prises pour que le vrai peuple, le peuple du Pnyx et de l'Agora, siégeât en personne dans la salle: c'était bien véritablement sa comédie que Ton représentait sur son théâtre ; celle qui parlait sa langue, pensait ses idées, frémissait de ses passions et, au jugement de Platon, expliquait comme un commentaire spécial ses agitations intérieures et la politique orageuse de son gouvernement (4).
La civilisation ne fut d'abord qu'un sobriquet de la religion. Venue des sacristies de l'Orient, elle avait apporté en Grèce son principe théocratique, la divinité extérieure, l'impuis-
(I) l'rol)al)lcineul on tenait aussi compte (2) Harpocration^ s. v. Oewfi/. ov. des excitations de la cuviositti publique et de ^^\ y^^^ Athénée, 1. x, p. 411 A/et 459 B • laflluence des étrangers. Le thcoricon au- i ^, ^ j, ^^^ p ^^ 433 ^. ^^^.g]^^ Commenrait varié, selon les grammau-ieus, d une obole [ationes de reliquiis comoediae allicac anlik une drachme, et aucune autre raison ne ^^^^e , p. 382, et Meiiiekc, Hisloria , t. II, nous semble pouvoir expliquer des rcnsci- p L)^y■^ gnemcnts si contradictoires ou des distributions si diirérentes. Ainsi, par exemple, les [^) ''''-^"^ ^'' "■"■' "^-^^^va AiovjaUo t.ô TJfâwt.. étrangers ne venaient j)as pour les Lénéeimes ?'-'-''>'i'i^''-' l*«9'î'' tï;; 'A9vivaic)v ■xoXixtw, Td^<^ai vr^-, (|ui se célébraient au commencement de l'hi- 'AfiiTOsàvov^ zolïi-nv... xa\ ij-j[x€vjliûaa.t. zà Spiver, dans le mois de gamélion : H-«-« «'J^'-''^ i'y^rfii-na. ^-^hX» a^TCiv t^jv no).i«i«v • Akol-àei^;..v 0^.7:1 Av«'--.-'<iï<-, Aristophanis Vita; dans Meineke, l. L, xi^-oi ^i/oi ■ûâfi'.T'.v P- S'*'*- Si l'anecdote est d'une vérité dou- Acharnenses, v. ;i04. *^"se, elle prouve au moins ({ue l'on croyait.
sance de riiomme à refaire sa destinée et la toute-puissance du Pouvoir, la subordination du droit à la force, et elle continuait à y marcher dans sa voie sans s'inquiéter de la conscience de rhomnie, ni du malheur des citoyens. Dracon était un Oriental plus intrépidement logique que les législateurs à l'eau rose qui se permettaient d'avoir des nerfs; il ne jugeait pas une mauvaise action par ses suites, par la perturbation qu'elle jetait dans l'État, mais par son principe, par la désobéissance à la volonté du Dieu, et ne craignit pas de metlre à la tête de l'ordre social, non ce bourreau théorique qu'on nous montrait naguère comme la dernière conséquence d'une législation vraiment divine, mais un bourreau réel qui travaillait à maintenir la paix publique les manches retroussées. Grâce au climat et à la nature poétique de la race, les mœurs devinrent enfin plus douces que les lois; on en nia le principe pour ne plus croire à leur autorité, et l'on préféra l'anarchie, avec ses crises et ses violences anomales, à un ordre régulièrement entaché de sang. Mais le désordre est un pis-aller dont les plus turbulents se lassent bientôt. Chargé par ses concitoyens de donner à la tranquillité d'autres garanties que des châtiments implacables, Solon inventa pour les besoins de sa législation un être moral, aussi despotique et aussi jaloux, mais moins étranger au bien général et moins métaphysique, plus pratique et plus rationnel dans ses exigences, et l'appela la Patrie. Il offrit en holocauste à ce nouveau pouvoir l'homme tout entier et ne lui permit plus d'être que citoyen ; pour mieux assurer la stabilité du présent, il le fit solidaire du passé et prétendit supprimer l'avenir; déclara l'indifférence ou l'incertitude en matière politique un crime; ordonna tout, réglementa tout, jusqu'au mi-
dans l'Antiquité à l'esprit politique et à l'im- soigneusement, selon Aristophane, des proportance sérieuse de la Comédie. Le Sénat de ductious des comiques d'Athènes j i4c/iar- Sparte et même le Grand roi s'enquéraient nenses, v. 647 et suivants.