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CHAPITRE IV. LA COMÉDIE A ATHÈNES

moins de lui donner aussi une satisfaction complète, un succès public était impossible. Lors même qu'ils n'auraient point cédé à leurs propres tendances, les poètes comiques se seraient trouvés dans la nécessité d'orner leurs grossièretés de toutes les élégances de la forme, et de les mettre sous le patronage des belleslettres. Il y a telle comédie d'Aristophane (1), dont on ne pouvait goûter tout le sel sans savoir par cœur trois tragédies qu'aucune raison n'avait recommandées plus particulièrement à la foule (2). Pour en comprendre une autre (3), il fallait avoir présent à la mémoire tout le théâtre d'Eschyle, qui était passé de mode, 'et celui d'Euripide, dont les innovations sentimentales étaient généralement bien peu goûtées, et non-seulement elle remporta le prix dans un concours où le talent des vaincus (4) rehaussait encore la victoire, mais, par une distinction trèsinsolite , le peuple enchanté en demanda une seconde représentation (S). Ce qu'il appréciait surtout dans le comique, même avant les intentions politiques, c'était l'esprit : Tesprit à tous les carats et sous toutes les formes; vraies paillettes d'or et d'argent ou verroteries artistement taillées, peu lui importait au fond, pourvu que cela miroitât et scintillât au soleil ; il se reconnaissait dans un kaléidoscope comme un autre se reconnaît il dans un miroir, et applaudissait le poëte en croyant saluer son image. Des vers empruntés à des œuvres connues étaient dé-

poétiques, et les livres spéciaux dont elles ont (4) Phrynichus et Platon, été l'occasiou. On en connaît de Philochorus, (5) Le Plutus fut aussi i-eprésenté deux de C.hariclès, de Duris, de Théodore d'Hié- fois (voy. le Scol. Plutus, v. 173) ; mais rapolis et de Calliniaquc, si l'on n'adopte Aristophane ne put faire agréer par l'Arpas la correction du titre de son livre, pro- chonte une seconde édition de. son chefposée par M. Bcruhardy, Eratosthenica, d'œuvre, les Nuées. Une loi formelle défenp. 262. Ces goûts esthétiques s'étendaient à dait même positivement de représenter d'antout : on a retrouvé au fond des fontaines de cienucs pièces aux Grandes Dionysiaques magnifiques poteries artistiques d'une grande [Nubes, v. 31 l), et l'on ne se contentait pas antiquité : voy. Clarke, Travels in various de corriger celles qui étaient remises au countries, t. lll, ch. 14. théâtre, on en changeait le nom. Ainsi (i) Les Femmes à la fêle de Cérès. T'Ay^oixo; d'Antiphane fut appelé BojTaAiwv ;

(2) Le Palami'dc , l'Andromède eiVIU- le 'l>'."'.ÔTaifOî d'Alexis, Ar.ixrjf ■.&; ; l'Alf7i<TiTii^r,; lène d'Euripide. de Diphile, EO/oj/o^ 9; l-.^ix.v.ù-.r,(;, et i'O'iwvKrr;.?

(3) Les Grenouilles. d'Antiphane, AîiaiSai(Awv.

3oO LIVRE IV. COMÉDIE GRECQUE.

tournés de leur droit sens ou transposés, et de sublimes qu'ils étaient, rendus burlesques par des personnages différents, et, sans doute averti par une déclamation plus pompeuse, qui en faisait mieux ressortir le comique (1 ), le public se rappelait leur sens primitif et accueillait leur parodie par de bruyants éclats de rire. Doués de beaucoup d'esprit naturel et le cultivant avec excès, très-désireux d'amusement, et d'une légèreté d'humeur que ne suspendaient pas même les malheurs de l'État, les Athéniens aimaient à tous ces titres à jouer avec leur pensée, et voulaient retrouver au théâtre tous les petits divertissements qui leur agréaient davantage. 11 fallait donc farcir leur Comédie d'allusions aux hommes et aux choses du moment (2), d'adages populaires (3), d'amplifications sans aucun autre but qu'une exhibition de beau langage (4), et d'un luxe de descriptions qui semblaient plutôt chercher à cacher l'idée sous un voile de poésie qu'à la mieux mettre en saillie (S). Quels que fussent les personnages, on les tenait pour obligés de procéder par jeux de mots, d'abonder en calembours (6), en consonnances et en

(l) Peut-être même l'acteur ne se bornait- Diseur de proverbes (FlapotiiiaÇônEvoç). il pas à les souligner en quelque sorte par sa (4) c'est Platon lui-même qui le dit , De

manière de les dire, et mdiquait-il maligne- Legibus, l. i, p. 641 E, les Athéniens étaient

ment l'auteur par ses gestes et les inflexions cCkoXo-^o^ xal t.oX^Aô-^o'..

de sa voix, en prenant, par exemple, un ton ' ,„x ^ .^., . • . «

j u-i 4 ti,\, .,„ «^r, ..i«„..«.,„ „^ (5) Les Athéniens avaient même un »out

de l'héteur pour Agathon, un ton pleureur et .' ,. ^ , ■ - ,, -, .

1 (• t 1^^ ..^.,.. ^7„..;.^w^« ..« particulier pour les énigmes ou 1 on vouait

des pauses sentimentales pour huripiae, un *, . ^ , » . ^

ton calme et d'une monotonie élevée pour ^e son mieux la pensée : voy. Aristophane,

Sophocle, des accents Ivriques et des gestes ^''P^'^ "-- f» ^^ suivants 1 y avait des pie-

^ . , T- u I , ces, comme les deux Cteooowanes de Gratinas

exagérés pour Eschyle. ....,., c i, j-. .• u ,. n ■

Cl) Ainsi, pour en citer un exemple eu- et d Alexis, la Sœppho d Antiphane et Canm

ce fut pendant quelque temps une ^' ^P^""^ ^ ^ubulus, ou les personnages s en

rieux

mode de s'amuser à imiter le chant des proposaient pour donner au public le plaisir

oiseaux (vov. Aves, v. 1284 et suivants) et de les deviner. C était même un amusement

Aristophane a construit sur cette donnée une ^ssez ordmaire dans les banquets : les con-

de ses plus ingénieuses comédies. ^^^'^^ ^ adressaient alternativement des ques-

(3 ) On peut voir dans la table qui se trouve, ^lons captieuses Cï?-.?o. ; des DevinaïUes en

Poetarmx comicorum graecorum Frag- P^^^^^ normand) et celui qui ne parvenait

mmta, p. 801-802, combien de proverbes Pas a répondre dune manière satisfaisante

contiennent les fragments qui nous sont par- était condamné a boire un verre d eau de

^ „A „„ A n,<5„^-i mer : vov. Antiphane, Ganymedes, fr. n,

venus. Nous savons même par Athénée, •' t" ' Jf 1 u w.J

1. n p. 60 E, et par Photius, Lexicon, ^^ «« 5 -^^^hénée, l. xi, p. 4o9 A, et PoUux,

p. b38, qu' Antiphane avait fait une comédie

intitulée les Proverbes (naçoijxlai), ou le (6) Il y en a presque ù chaque vers dans

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