‹ Histoire de la comédie ancienneChapitre 89 sur 129 · CHAPITRE V. LA COMÉniE n'ARISTOPHANE · texte numérisé non relu

CHAPITRE V. LA COMÉniE n'ARISTOPHANE

toujours dislincle. Gralinus était resté le poêle et le conseiller sévère des anciens jours (1); sa pensée était élevée et violente ; son style, impétueux, et sa phrase, lourde ; son expression, rude et pompeuse : quoique d'une simplicité trop primitive, ses sujets manquaient de naturel et se développaient mal; sa muse un peu brutale devait moins à Tart qu'à la nature, et par fidélité à l'esprit de la fête, il semble avoir autant compté sur l'inspiration de Bacchus que sur celle de son génie. Moins poëte et moins sérieux, mais plus âpre, encore plus emporté, et cependant plus gracieux et plus élégant, Eupolis suppléait à la force comique par l'élégance du style, la richesse de la versification, l'ingénieuse invention et la conduite habile de la pièce. D'après un passage, malheureusement assez obscur, d'un écrivain fort instruit de l'histoire du théâtre, il aurait même introduit dans la parabase des perfectionnements qu'Aristophane ne sut pas s'approprier. Ce n'était plus une allocution capricieusement adressée par le poëte au public, mais un petit intermède dramatique, une scène nouvelle qui, quoique beaucoup plus liée aux circonstances politiques du moment et aux intérêts de l'auteur qu'au sujet de la pièce, n'y était pas étrangère (2). Par timidité d'esprit ou par douceur de caractère, Cratès se rapprocha de la manière tempérée et un peu froide d'Épicharme (3) ; ses œuvres ne furent plus des actions : au lieu de maltraiter la réalité, il se proposa de la peindre, civilisa ses colères et ses plaisanteries, noua une espèce d'intrigue et voulut que la fin fut un dénoû-

(1) Aussi dans la Paix , v. 700, Mercure pas textuellement : "Ifvircç iv z-^ itaçaffâffei oav, l'appelle-t-il ô (tô=o; , lo Sage. Selon l'ano- Ta<jlav xivoO<t>.v ol )>onroi, Ta-jtv i/.iîvoç 1/ toï; 'îçâiiynie à qui nous devons un petit ti'aité De [Aaniv, àva-caYetv Ixavôç wv i^ "Ai'^'^u voiaoOuhv itpôd- Comoedia : 1110/-. ^ÏT.o'.rjV.y.ii-cavii, ■/.at'j.axvjâ'C,^/ (oita • dans .Meineke, flistoria critica ^ p. 53 i. ùî TÔ-/ Ala-fjj'kryj ■/ixçix/.Tr,ç'x. ■ daus .Melueke, His- Nous aKiiljuerions d'ailleurs l'eNcentiicitédu toria , p. 536. (".iiœur d'Arislopliane à plus de rid(^lité aux

(2) Cette opinion, (\iw. probalileuient tou- traditions et aune plus complète iutellif^ence tes ses comédies ne légitimaient pas, s'appuie de la nature de la Comé<lie, qui demandait cà sur un passage de Platonius dont le sens est être débarrassée de tous ces chants postiches, trop contestable pour que nous ne le citions (3) Aristote, Poelicn , ch. v, par. 3.

ment : mais, tout en relevant la Comédie par un esprit plus littéraire, il en abaissa le niveau, parce qu'il la rendit plus prosaïque et plus superficielle. Égal à tous ses rivaux par l'atticisme du style, la vivacité du dialogue et la hardiesse de la satire, Aristophane les surpassa tous par son élaboration consciencieuse, ses pétillements continus d'esprit et l'heureux choix de ses sujets. II savait que des plaisanteries bien affilées entraient plus facilement dans l'esprit que des raisons massives et se fixaient plus facilement dans la mémoire, et avait mieux compris que ses rivaux quelle assistance la Comédie pouvait apporter aux luttes de la place publique. Elle séduisait d'abord, sans qu'on cherchât à s'en défendre, par un esprit piquant, une versification harmonieuse, une gaieté communicative, et disposait par le plaisir les spectateurs les plus récalcitrants à se laisser aller aux opinions de l'auteur. On la représentait gratuitement, un jour de fête, devant une foule immense, amoureuse de spectacles et n'en jouissant qu'à de longs intervalles, avec une réunion de circonstances dont chacune en rendait l'impression plus vive. La religion semblait elle-même, en la prenant -sous son patronage, lui communiquer un peu de son autorité, et par \es prix qu'on lui décernait au nom du peuple, il se trouvait en quelque sorte associé aux idées qu'elle avait professées. Lorsmême qu'Aristophane n'eût rien espéré de ses eîïorts, son patriotisme était d'ailleurs trop sincère et trop intense pour qu'il eût pu l'oublier quand il voulait écrire : par habitude et par entraînement il aurait, même à son insu, donné une intention politique à toutes ses comédies. L'originalité de l'invention, le mouvement de l'action et la diversité des scènes n'étaient pour lui que des mérites secondaires : dans l'esprit lui-même, dans ce style fulminant et flamboyant comme un feu d'artifice, il ne voyait qu'un moyen de mieux éveiller l'attention et d'arriver plus sûrement au but sérieux de la pièce. C'est même, selon

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