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CHAPITRE V. LA COMEDIE D'ARISTOPHANE

toute apparence, à cette préoccupation habituelle, à la prééminence qu'il donnait à l'idée politique sur les détails purement littéraires, que nous devons la conservation, à peu près complète, d'une partie considérable de son théâtre.

L'ardeur dévorante du soleil, la furie des orages déplaçant des champs entiers et tordant les forets sur leur passage, les pluies tombant du ciel comme des cataractes, la fécondité exubérante de la terre, la vieillesse si prompte et la vie si vite épuisée, tout dans i'extréme Orient enseignait l'humilité à l'homme et le forçait d'y reconnaître l'infimitédeson être. La civilisation grecque y avait commencé et conservait encore, après de longues stations sur la route, l'idée de puissances extérieures, irrésistibles et irresponsables, auxquelles il fallait se soumettre avec résignation et respect. Mais les forces de la Nature ne se manifestaient pas en Grèce avec cette énergie désordonnée^ et une imagination plus sensuelle, sinon plus poétique, se plut à les vulgariser et à les revêtir de formes moins insaisissables : elle fit de chacune un Dieu à l'image de l'homme. Ces divers Dieux, souvent contradictoires , toujours limités dans leur essence par la coexistence des autres et passionnés dans leurs actes, manquaient d'autorité parce que la foi elle-mêmene pouvait croire ni à leur sagesse ni à leur justice. Pour suppléer à leur insuffisance, pour créer un centre et des devoirs communs qui d'une troupe d'hommes juxtaposés formassent un peuple sentant et vivant ensemble, des publicistes naïfs imaginèrent uneautorité àpriori, sans autre constitution que son bon plaisir et sans autre borne que la force armée des puissances étrangères à la Patrie. Cette fiction avait cependant une base, non, comme le croyaient les badauds politiques d'Athènes, laterreoù poussaient leurs moissonsetoù lesancôtres dormaient de leur dernier sommeil; mais la vie du peuple entier, les souvenirs de gloire où il se complaît et ses aspirations, son passé et son avenir. Son vrai titre à l'obéis-

sauce des citoyens était la raison publique dont elle était le prête-nom : mais à la sagesse des vieillards, à la prudence des gens riches et à Tintluence destraditions succédèrent bientôt dans le gouvernement un esprit d'envieetd'indiscipline, et l'ardeur du changement. On n'y pesa plus les suffrages dans les délibérations, on compta les votes : la Souveraineté du peuple devint un fait matériel et brutal, capricieux et mobile, n'entendant relever que de l'impression du moment. Vouloir discipliner la démocratie, c'est pour les Démagogues nier son omnipotence et attenter à son droit, mais Aristophane ne se laissait pas arrêter par les hasards à courir : il savait qu'une autorité désordonnée ne peut être qu'un instrument de désordre, qu'un pouvoir sans limite est une force sans frein, et ne craignit pas, dans ses Femmes politiques (1), d'offrir à la moquerie du peuple souverain d'Athènes une caricature de la souveraineté populaire. Il en attaque d'abord le principe, l'égalité au scrutin de tous les citoyens, quelle que soit l'inégalité de leurs lumières, de leur importance sociale et de leurs bonnes intentions (2). Malgré les prétentions du gouvernement à fonctionner rationnellement, selon la vérité des choses, le droit d'y participer n'était qu'une présomption théorique, quelquefois contraire à des faits avérés : ce n'était pas la capacité vraie qui le conférait, mais une capacité apparente , la barbe d'un homme raisonnable , le manteau et le

(l) 'Eîix>.r,(Tià^ou<7ai : littéralement les Fem- des circonstances particulières donnaient plus

mes à l'Assemblée, ou , comme nous le di- de piquant et d'à-propos.

rions aujourd'hui, au Corps législatif . Les (2) Socrate disait que l'Assemblée du peuple

scoliastes nous apprennent peu de chose sur était composée de foulons, de manœuvres, de

cette comédie ; mais un vers (le 193®) auto- paysans et de marchands forains; Xénophon,

rise à croire qu'elle fut composée vers la 3/e7norai(7ia^ 1. III , ch, vu, par.'G, p. 577,

fin de la xcvi* Olympiade (392 ans avant l'ère éd. Didot. Aussi Aristophane a-t-il eu grand

chrétienne ) . C'est donc bien à tort qu'on y a soin de choisir ses femmes politiques dans

vu une moquerie de la République de Pla- la plus basse classe : la première est une

ton, qui ne fut publiée que trois ou quatre paysanne (v. 244) ; la seconde, la femme d'un

ans après (l'an 388). Le livre socialiste de matelot (v. 39), et la troisième-^ la femme

Protagoras était antérieur; mais Aristophane d'un hôtelier (v. 49). Les gens ivres, les ma-

n'y a fait certainement que des allusions in- telots et les rustres y prenaient la parole;

directes et , comme dans ses autres comédies, Plutarque, Dewost/ienfs, ch. vu, par. 1. a traité dans celle-ci un sujet général auquel

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