‹ Histoire de la comédie ancienneChapitre 91 sur 129 · CHAPITRE V. LA COMÉDIE D'ARISTOPHANE. 'Ml · texte numérisé non relu

CHAPITRE V. LA COMÉDIE D'ARISTOPHANE. 'Ml

hàton d'un Allicnien. Pour montrer le ridicule d'une fiction si aveugle, Aristophane a supposé que les femmes s'attachent une longue barbe et complètent leur droit au pouvoir législatif en pillant la garde-robe de leurs maris ; après quoi elles envahissent le Pnyx et proposent à l'Assemblée de leur déférer le pouvoir exécutif (1). Les lois les plus insensées se recommandaient d'une manière toute spéciale aux suffrages du peuple, parce que ses instincts d'envie et son amour de nouveautés lui faisaient préférer les plus étrangères au passé (2) ; celle-là est donc votée, et les femmes prennent en main la direction de l'Etat. Comme le gros du peuple , qu'elles représentent parfaitement sous ce rapport, elles apportaient aux affaires un bon sens naïf et personnel, un esprit honnête et dépourvu d'expérience, à la fois téméraire et pratique, logique et niais. Elles veulent tout d'abord pourvoir à un des plus grands embarras que rencontrassent déjà les gouvernements dans l'Antiquité, la misère : leur procédé est aussi simple que radical; elles suppriment les riches et décrètent la communauté des biens. Les conséquences d'une révolution sociale si complète ne pouvaient pas être représentées dans un cadre aussi étroit; Aristophane se contente de mettre en regard un bourgeois avisé qui prend sa quotepart dans la fortune des autres sans renoncer à une obole de la sienne, et un Jobard de patriotisme, très- empressé de porter ses biens dans les magasins de la République et de consommer sa ruine. Il montre en passant que les mauvaises lois font les mauvais citoyens et ne sont obéies que par les sots, puis arrive à une partie beaucoup plus piquante de son sujet, la communauté des femmes ou plutôt des maris. Il y avait déjà à

(1) Ce n'est pas une pure invention : les phis firent même aussi, chacun, leur comé-

Athéuienncs voulurent réellement avoir des die intitulée , rjvauoxfatîa , le Pouvoir des

droits politiques à l'instar des Lacédcmo- femmes.

nienncs; voy. Aristote, /*o/i7ica, 1. Il, cil. vil, (2) Voy. Ecclesiazusae , v. 455-457, et

par. 9. Quelques années après, Alexis et Am v. 586-587.

Athènes des amateurs de libertinage qui, sous prétexte de philosophie, voulaient réhabiliter la chair aux dépens de leurs voisins ; mais d'autres droits devaient sembler beaucoup plus sacrés au nouveau gouvernement, ceux de la femme à Tamour des hommes, et il entend leur donner pleine satisfaction. Il déclare abusifs et de nul effet les répugnances qu'inspire la vieillesse, et les attraits de la beauté; reconnaît à toutes les femmes le droit de se pourvoir d'amants de leur goût, et dénie aux hommes la liberté de se refusera leurs empressements. Dans ces bouffonneries trop obscènes pour^Stre même sommairement indiquées, il y avait cependant des enseignements pratiques et d'un bon sens profond: la folie de la logique à outrance, l'inviolabilité du droit de chacun par le pouvoir de tous, et la nécessité, même pour la Souveraineté du peuple, de se défendre par quelque contre-poids des emportements de la passion et des aveuglements de la convoitise.

Les Oiseaux [\) représentent aussi le Peuple athénien, non plus en fonction sur la place publique, mais dans sa vie intime, avec l'inconsistance et la mobilité de ses idées, son besoin d'agitation et de mouvement, son ouverture d'esprit aux impulsions mauvaises. Les hommes, dit le principal personnage de la pièce, sont comme des oiseaux frétillants, voltigeant çà et là, insaisissables, ne posant jamais nulle part (2), et sans doute , par une nouvelle allusion au goût régnant du moment (3), Aristophane leur a donné dans sa pièce un bec et des ailes (4). Naturellement ils habitent en l'air, à Nubicou-

(1) Ils furent joués dans la 2« année de 1»'^ Athènes ces oiseaux-là seraient des cila xci« Olympiade, l'an 414 avant l'ère chré- ^^yens détestables :

tienne. "O^a ^wp èstiv ivOâS' aW^pà TÔ vôixw xpaTOÛ(ieva ,

(2) Av6puTio; opv'.; à(Txà6iA'()T0ç ir£T6|X£voç, TaÛTa icâvT' èitIv uap' i^jaîv xolariv opvia'.v xaXà • àTéxjAapTOç, oùiîé.v où^é-^ot' èv Taùxw |xévo)v • V. 7 55.

Aves,y, lt)9. Aussi ne sont-ce pas de vrais oiseaux; la

(3) Aves, V. 1283-85. Huppe, un des plus huppés (v. 94), mange

(4) Le Chœur déclare même positivement des anchois de Phalère (v. 76) , un des trois

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