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CHAPITRE V. LA COMÉDIE D'ARISTOPHANE

s'arrêter à son point dans celte voie des abîmes, mais le mécontentement croissant de la classe opulente le poussait en avant, et il marchait encore, il marchait toujours. Ainsi que tous les despotes doués de quelque habileté et d'une absence complète de principes, il s'appuya donc sur l'extrême démocratie : en faisant le vide autour de son pouvoir, en passant le même niveau égalitaire sur toutes les têtes, il s'affectionnait la populace dont il contentait ainsi les plus mauvaises passions et noyait dans la foule les adversaires capables d'entrer un jour en lutte avec lui (J). Il se trouva par hasard l'âme haute et lit la grandeur d'Athènes, un peu sans doute par intérêt personnel, pour se grandir lui-même, mais surtout parce qu'il avait l'instinct et la passion des grandes choses. Souvent cependant sa politique étrangère se compliquait de considérations égoïstes et mesquines : la foi dans l'avenir d'un pouvoir qui n'avait ni l'autorité du passé, ni l'assentiment des meilleurs, ni la sanction d'un principe, lui manquait, et il s'ingéniait pour occuper l'esprit du peuple au dehors, pour flatter sa gloriole et lui rendre ses services indispensables. Un jour qu'il craignait qu'on ne lui demandât des comptes aussi sévèrement qu'à Phidias, il jugea même plus prudent et plus glorieux de se jeter tête baissée dans les aventures de la Guerre du Péloponèse (2). Bientôt après il mourut emporté par un fléau qu'il avait préparé, laissant à sa patrie un jour de deuil, la peste et des années de calamités. La succession n'eût pas sans doute paru enviable à des esprits modérés ou prudents, mais c'était le pouvoir : il s'offrit

(l) De là, Tobole de présence à TAssem- t. V, p. 480, nous semble l'avoir entendu à

bléc , proposée à son instigation par Callis- tort de rétablissement des dicastéries elles-

trate , que d'autres Démagogues firent bien- mêmes : ee qui d'ailleurs ne changerait pas

t»")t augmenter (voy. Bôckh, Staatsliaushal- l'esprit du gouvernement de Périclès. lung der Athener, t. l , p. 245 et suiv.) et (2) Aristophane n'a pas craint d'en don-

le payement des dicastéries. Le témoignage ner cette explication eu face du peuple en-

d'Aristote est positif: xà Si ^uanniçia [AiaOo- tier, et par la bouche d'un dieu; Pax ,

fopa xatMTtrjffô ïltpu'XYJç (^PolUica, \. II, ch. ix, V. 606.

par. 3), et M. Grote, History of Greece ,

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donc pour la recueillir bien des ambitions cupides et basses. Un des plus indignes prétendants, et le plus particulièrement agréable à la foule (1), était Gléon, le marchand de cuir. Sorti de la dernière classe à la sueur de son front (2), il en avait Tesprit turbulent, les vues étroites et bornées, Tavidité d'argent (3), les passions aveugles (4) , Téloquence emportée et sottisière (5). Dénué de talent militaire et d'énergie en face du danger (6), il était présomptueux comme un parvenu qu'aucun obstacle n'avait pu arrêter, imprudent et hâbleur de bonne foi, insolent et grossier avec délices ; mais il représentait le bas peuple au lieu de le conduire, et avait installé au pouvoir les cjualités qu'il estime davantage : une économie tracassière qui rognait sur des miettes (7), une vigilance de mouchard (8), et une sévérité de sergent de ville à l'endroit des amours trop voyants (9) ; une fibre très-facile à remuer et mettant de la sensiblerie jusque dans les affaires d'État (10). Nicias, le chef du parti aristocratique, était au contraire personnellement trèsméritant (11) : il avait l'élévation de l'esprit et celle du caractère; l'honnêteté qui tient à la modération des goûts et à la fermeté des principes; la générosité (12), la dignité de mœurs des

(1) Tû -Ci ^lifiu Ttapà TO/.ù iv tm tôtî r'.GiviJxa- (6) Plutarque, ReipubUcae gerendae Prae- Toç ; Thucydide, 1. III, ch. xxxvi, p. 113, éd. cepta, p. 812.

Didot. (7^ Equités, v. 77 4.

(2) Il n'était nullement de Paphlagonie, (8) Equités, y. 861-862. commeledit si souvent Aristophane, enchanté (9) Equités, \. 877.

de pouvoir le traiter à son tour d'étranger: (10) Ce fut là sans doute la vraie cause de

c'était une allusion plaisante (::a:^7.d'Cw) à ses son opposition au décret sauvage, déjà exé-

éclats de voix ou à une sorte de bredouille- cuté en partie, qui avait condamné à mort

ment naturel. tous les habitants de Mytilène : voy. Equités,

(3) Aristophane lui reprochait déjà dans ^- 834.

les Acharniens, v. 6, d'avoir été forcé de (<l) Tout satirique qu'il fût en sa qualité

revomir cinq talents. de poëte comique, Téléclide en disait, dans

(4) 'Ardvoia , dit le pseudo-Plutaïque, Rei- ^^^ comédie dont le nom ne nous a pas été publicae gerendae Praecepla , p. 805. conserve:

(5) Plutarque ,1.1., lui reconnaît rijv Su- çi>>oç ïà? àv^ip, erwopevEîv 8i [aoi 8c/.il ■ vonriv : Turbulentum quidem civem, scd tamen dans Plutarque, Nicias, ch. iv, par. 4 : eloquentem, dit Cicéron, Brutus , ch. vn , et voy. aussi Eupolis, Maricas , fragra. v. Thucydide, L l., l'appelle ^'.a'.TOTaxoî tûv toai- (12) Voy. Eupolis, Maricas; dans Phi tar- Tûjv. que, Nicias, ch. n, p. 5; Vitae, p. C28.

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