‹ Histoire de la comédieChapitre 1 sur 116 · PREFACE · texte numérisé non relu

PREFACE

On ne s'est pas occupé d'un livre pendant trenle ans sans croire à Timportance de son sujet et y avoir mis quelque amour. Les défaillances qu'un aussi long travail a nécessairement rencontrées sont venues de Finsuffisance des documents et de l'impuissance de l'écrivain : la foi dans l'idée n'a jamais fléchi, et • nous reprenions bientôt la plume avec courage et bon espoir. Ce n'est pas cependant sans hésitation que nous présentons aujourd'hui ce premier volume au public. Non xjue nous regrettions de n'avoir pas terminé définitivement l'œuvre de notre vie sans lui demander respectueusement son avis : nous croyons beaucoup plus à son opinion désintéressée et justement exigeante qu'à des bienveillances toujours aveugles quand elles ne sont pas inquiètes et effrayées. Mais un hasard inévitable a voulu que ce volume fût un spécimen bien désavantageux du livre : il n'en pourra donner aux mieux disposés une idée complète ni même tout à fait juste. L'histoire n'y est le plus souvent écrite que sur le titre : les faits s'y succèdent plutôt qu'ils ne se suivent. Sans doute, l'Art se débrouille ; son cadre s'élargit; son idée se développe : la Comédie se perfectionne de plus en plus. Mais elle' recommence chez les diiférents peuples par le commencement; elle ne se rattache à aucune tradition commune, ne s'approprie aucun effort antérieur, n'hérite d'aucun progrès étranger. C'est un produit autochthone de la civilisation et de la race, une œuvre sans passé, destinée à ne pas avoir d'avenir. Le lien qui, avant la domination du génie grec sur le monde littéraire, unit des théâtres si originaux et si divers, la raison du progrès qui les continue tous ensemble à la fois, est la nature même de l'esprit humain : son unité devant Dieu, sa solidarité dans l'histoire et sa marche incessante en avant.

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