‹ Histoire de la comédieChapitre 13 sur 116 · CHAPITRE I. DANSES MIMIQUES · texte numérisé non relu

CHAPITRE I. DANSES MIMIQUES

phie du temps silencieuse et impatiente, et les grands Mystères soulevaient un coin du voile. Des écrivains dignes de toute confiance Tout attesté, quelques-uns même à leurs risques et périlsy et il suffisait, pour en être sûr, de connaître Tesprit épicurien et pratique de la Société athénienne et d'apprécier sa curiosité d'intelligence.

Pour se maintenir pendant des siècles à la tète de la civilisation, les Mystères d'Eleusis ne devaient pas cependant combler seulement les lacunes de Tinstruction publique : des vérités réduites à leur plus simple expression, et communiquées doctoralement comme des théorèmes, auraient été bientôt délaissées aux écoliers qui avaient Tapiour des mathématiques. Il fallait les mettre habilement en scène, attirer le public par des parades extérieures (1), et satisfaire ses goûts artistiques par la pompe du spectacle. Si philosophique et si élevé qu'il fût, cet enseignement religieux ne pouvait donc se produire utilement que par des symboles (2) : les initiés étaient à la lettre des voyants (3). La danse, la pantomime en faisaient le fond (4);

saint Clément d'Alexandrie, Sfromato, 1. m, Plutarque, D$ Inde et Oeiride, par. xtr;

p . 5 i 8 , éd . de Potter) , nous ajouterons le pas- Moralia , p . 441.

«agede Diodore, publié dans les £irc«rpto va- (3) *Eie6ieT^«: c'étaitun des surnoms de Ju-

ticana, et restitué par 0 . Millier^ dans Ersch et piler qui Toil tout. Une foule d'expressions in-

Gruber, Éncyclopàdie , s. v. ELBCflimsir, p. diquent un spectacle : *l4«» Urtv», dans Pin-

283, note '4 ; Hymnw in Cererem^ v. 4 8 2 ; dare, ? . i. ; t«vw St^Hvm -dlvi . dans Sophocle,

Isocrate, Panegyricaf n, ch. 59; Cicéron, {. /.; *pAj*tva, dans Pausanias (1. V, cb. x;

De legibus, 1. II, ch. xiv, par. 36, et Apulée, • 1. YIII , ch. xiv ; !• X i ch. xxxi) , et dans Plu-

Metamorphoseùn 1. xi^ p. t70, éd. des tarque [De Iside '< Oeiride, ch. unn, et

Deox'Ponts . Voy . Gesner, Prolueio qva oeten- Dek profectibw in wrtvte , ch . x) , qui se sert

dituT dogma de perenni animarwn ntUwra aussi de $cuv6ttev«; Ibidem, et AlcibiadeSf

per Eleusinia projMgatum esse Mysteria, cb. xxii. On trouve aussi Upi fift^xeça, %iç

({) Après de nombreuses lustratlons sur le pi'jorwà^, ifé.\\Lana (^oy. Lobeck , Aglaopha-

bord de la mer, les Mystes se rendaient pro- mus^ p. 51-64) , et même 5^(xa ; saint Clé-

cessionnellemeut à Eleusis en parcourant tou- ment, CoAortofto, p. 9, éd. de Sylburg. tes les grandes rues d'Athènes. (4) Pausanias, Attica, ch. xxxyni, par. 6 ;

(î) l\t\LSoka : c'est le mot de Sopater ( Di5- Aristophane, Banae, ▼. 3Î6 et 335 ; Thes-

Hnctio quaestionum; dans Walz, Rhetores mophoriazusae , t. 952-994 et 1179. Apu-

graeci, t. VIII, p. 110), et de saint Clé- lée, qui avait une connaissance particulière

ment d'Alexandrie [Cohortatio, p. 15, éd. des Mystères, a dit dans un passage fortre-

de Potter), qui emploie dans le même sens roarquable, quoiqu'il n'ait été que bien peu

(»Wh||i« ; IbidetHf p. 1 <J . "Offa tt ^wnwoXi Ic^i; remarqué : Itidem pro regionibus et cetera

itt^ua>u*TO|icy« Ml nX(Tail« , disait également in sacris differunt longa varietate : pompa-

mais Tari grec, pour la première fois, infidèle à son principe, ne cherchait point dans ces représentations à réaliser un idéal ; il voulait contrefaire la réalité et tromper Tœil des spectateurs : c'était de Tart doublé de physique amusante et montrant la lanterne magique (1). Quand la poésie exhume quelque héros de Thistoire, elle condense sa vie, en fait Tâme et la cheville ouvrière de son temps et le grandit au détriment de tous les autres ; à Eleusis, au contraire, chaque fait particulier devait représenter un ensemble de faits dont il sortit une loi : aussi le spectacle de chaque jour se composait-il de plusieurs tableaux entièrement différents (2), et la plupart étaient changés tous les ans (3). L'objet principal de l'initiation était la réhabilitation de la Providence : habituellement, sinon toujours, les Mystes, plongés dans une obscurité effrayante, étaient transportés en imagination dans les enfers (4), et la vue des supplices réservés aux

rum agmina, Hysteriorum silentia, sacerdotum officia, sacrificantium obsequia ; De Deo SocratiSf ch. xiy.

(l) Nous n'acceptons pas cependant le sens matériel que M. Lenormant a donné dans les Nouveaux Mémoires de V Académie .des Inscriptions, t. XXIY, p. i, p. 373, à la phrase du Phèdre : *0X6x\i|^ $t xal àx\9. mX à^^^ xa\ ci$al(iLoya ifcujyMia, Platon parle de l'époptie dont les âmes bienheureuses jouiront dans le ciel et l'oppose à celle d'Eleusis : Des apparitions complètes (et non des représentations fictives), simples (s' expliquant ellesmêmes sans la parole de l'Hiérophante) , immuables (ei non passagères) et donnant le bonheur (au lieu de le promettre).

(i) Lucien, Alexanderj par. xzxyiii.

(3) Voy. Cicéron, Tusculanarum quaestionum 1. I, ch. xm^ par. 29. Non semel quaedam sacra traduntur : Eleusin servat quod ostendat rcTisentibus , disait Sénèque [Naturalium quaestionum 1. vu, ch. 31) dans un passage qui n'est pas aussi positif que nous le voudrions ; mais on a cru reconnaître des scènes d'initiation dans beaucoup de peintures (voy. entre autres Eggling , dans Gronovius, Antiquitatum graecarvm thésaurus, i. VU, col. 57-74; Montfaucon, Antiquité

expliquée, t. II, pi. 78 ',\e Catalogue du cabinet Durand, p. 1 63 et suivantes ; Chrtstie, Disquisitions upon the painted greek vases and their probable connexion with the Eleusinian and other Mysleries), et les savants, qui ont poussé leurs recherches le plus avant, n'en doutent pas : voyez Lobeck, Aglaophamus, p. 133, et Petersen, Der geheime Gottesdienst bei den Griechen, p . 1 5 et suivantes.

(4) Lucius, qui avait été initié, dit dans le Metamorphoseon d'Apulée : Crede quae vera sunt. Accessi confinium mortis, et calcato Proserpinae limine, per omnia vectus elementa remeavi. Les poètes confirment ce témoignage si positif :

Ecce procul ternas Hécate variata figuras Exoritur ;

Claudien, De raptu Proserpinae, 1. 1 , v. 1 5.

visaeque canes ululare per umbram ;

Virgile, AeneidosX. vi, ▼. 257.

De là ces ténèbres, ces gémissements (voy. Hésychius, s. v. i-*v^y^i) et ces terreurs des initiés dont parle Proclus : "âoncf Iv xtûi ôlyu*- Tâxai^ xtXetalç icpè xQv (tuoruâv 0<a|&àT*iv cxic^i)Ct{

tov |&uo{i,iytM- PlcUonis thealogia, 1. m, ch. 18.

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