‹ Histoire de la comédieChapitre 26 sur 116 · CHAPITRE IL LES DIALOGUES BACHIQUES. Î · texte numérisé non relu

CHAPITRE IL LES DIALOGUES BACHIQUES. Î

levait les amusements et ne les assaisonnait des plaisanteries les plus salées. Dans la Grèce antique surtout, où Ton en dépensait tant, même les jours ordinaires, il ne suffisait pas à la joie populaire de le voir figurer officiellement dans les plaisirs delà fête; il lui en fallait, argent comptant, que chacun apportât à ses risques et périls sur la place publique. Quoique entourés de tant de respects, les Mystères d'Eleusis eux-mêmes n'étaient point dispensés de payer tribut à ce goût national : au moment où la procession qui précédait leur célébration, défilait sur le pont du Céphissuâ, des insulteurs en attaquaient nominativement les membres sans aucune autre raison que le plaisir d'une insulte bien acérée (i). Ces railleries violentes s'introduisaient naturellement, par la seule expansion de la gaieté publique, dans*la plupart des réjouissances où le peuple s'associait et prenait vraiment quelque part (2). Dans les fêtes spéciales qu'elles célébraient, à Athènes (3) comme à Mysie (4), à Egine (S) comme à Paros (6) et à Anaphé (7), les femmes ellesmêmes ne craignaient point de participer à ces licences; elles

(1) On les appelait : rt^upioial, Railleurs chantoit les chansons que chantent les moisviolents ; la racine, rifupa, Pont, indique l'ori- sonneurs au temps des moissons ; l'autre digine du mot. Yoy. Pausanias, 1. YII, ch. xxvii, soit les brocards qu'on a accoustumé de dire par. 11; Suidas, s. v. rtfuplÇwv; Hésy- en foulant la vendange. Autrefois, selon chius, s. V. Teçupia-cai, et Photius, s. v. M. Leber, on s'invectivait encore pour s'a- 2 T V t a - muser aux Fêtes de Saint-Cloud , et à Lyon , le

(2) C'était un moyen de fêter les Mystères, jour de la Saint-Denis de Brou ; Collection selon le Chœur des Initiés des Grefwuilles , des dissertations relatives à l'histoire de V. 375 : France j t. IX, p. 359, note. Il était même

xàuKTxAitTwv ^^^^ partout quelque chose de cet usage

xa\ iwlÇu,v x«l ikt^m . ^"^» ^« ^ï"'^»'» *PPelait les libertés du carnaval.

et dans son Commentaire d'ApoUodorc, p. 2 6 (3) Suidas, s. v.rtspuplÇwv; Aristophane,

et 8 8 , Heyne a reconnu aussi à ces sarcasmes PlutuSy v . 1 0 1 3 . •

une valeur vraiment mythique. Parmi les U) Pausanias, I. YII, ch. xxvii, par. 4.

témoignages presque innombrables de cet (5) Hérodote, 1. V. ch. lxxxiii, p. 264,

usage nous citerons VHymne homérique à éd. Didot.

Hermès^ v. 55 ; Strabon, 1. ix, p. 400 ; Plu- (6) Yoy. 0. Millier, Geschichte der grie-

tarque ; Quaestionum graecarum par. xn ; chischen Literatwr, 1. 1, p. 236 ; VEtymolo-

PoUux, 1. IV, par. 104 ; le Scoliaste d'Aris- gicum magnum y p. 764, 1. 14, et le Sco-

topbane, ad Plutum, v. 1041, etHésychius, liasle d'Héphaistion, p. 170.

s. V. Z-c 1) V i & ff a i . On lit encore dans Daphnis (7) Apollonius , Argonauticon 1. iv , v ,

et Chloéy 1. IV, p. i 86, trad. de Courier : J,'un 1727 et suivants.

s'organisaient en chœitrs qui prenaient Tinitiative de l'attaque» et supportaient vaillamment les représailles. Ces joies effrénées étaient doublement à leur place dans les turbulences des Bac>^ chanales. Aussi, quand la foule se pressait en riant sur le passage du cortège, les Phallophores qui n'avaient point de rôle particulier à y remplir, lançaient-ils du haut de leur chariot (1) des brocards qu'on leur renvoyait avec la même pétulance, et ce feu roulant d'invectives, ces vives plaisanteries qui se croi^ saient en tous sens et mordaient quelquefois au sang, mais toujours sans malice, uniquement pour montrer qu'on avait la dent blanche et bien aiguë, ne s'arrêtaient que pour laisser aux Ithyphalles la liberté de chanter en chœur les louanges du Dieu, et aussitôt après, la mêlée recommençait avec la même abondance de traits, le même flux et reflux d'esprit, et la même gaieté acariâtre (2). Tout paraissait licite, pourvu qu'on s'amusât bruyamment et que l'on provoquât des éclats de rire. Si grossières qu'elles fussent, les obscénités se provoquaient sans vergogne par paroles et par gestes ; c'était le phallus qui donnait le ton, et l'on se rappelait comment Gérés, une des patronnes de rOrgie, avait été distraite de ses chagrins : il n'y avait personne qui ne fût prêt à relever comme Baubo sa robe par-dessus sa tête (3). Bien étrangères d'abord auprogramme de la fête, ces rudes saillies en devinrent insensiblement un élément essentiel: comme elles semblaient beaucoup plus divertissantes que des hymnes, môme à boire, on se plut à les croire particulièrement

■ (1) On en avait même «fait Une expression proverbiale» 'a^U 4|fcàÇi|< IXaXit : voy. Suidas, 8« T. 1b.i\ èkf.ôX\<i\ le Scoliaste d'Aris" tophane, ad Equités^ v. 544, et Érasme sur l'adage De plcmstro loqui,

(2) Dicaipolis disait encore ifoniquemeilt à Lamachos dans les Âchamiënêj t. f 1 i 4 i

et Ménandre lui-même a mentionnô oet taage dans on fragment (le 4«) de la Périnthienn$ :

Vay. Platonius > De comoediarmn DiffenntUst p. 533, éd. de Meineke.

(3) Amobe, Àdverstu OentMj 1. y, p. 1 76 et 182, éd. de Leyde, 1651 : voy. aussi Diodore, 1. v, ch. 4 ; t. I, p. 256, éd. Didot.

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