CHAPITRE III. LA COMÉDIE DORIENNE. 2(J
conunodément placé et moins distrait, les entendit mkm, jl fallut les composer davantage, les allonger et les rattacher à un sujet, leur donner, sinon plus d'unité, au moins plus de cohé-* renée. En montant sur un vrai théâtre les improvisateurs de quolibets passèrent comédiens : ils ne se contentèrent plus de railler éternellement leurs compagnons d'orgie, d'imiter d'une façon grotesque des Faunes et des Satyres, des êtres de première formation, complètement étrangers à toutes les convenances et à tous les usages de la vie civilisée (i). Le champ de la comédie s'étendit et se fixa ; on y représenta non plus des conceptions arbitraires, mais des réalités en chair et en os : de maladroits voleurs de fruits (2) ; des charlatans, arrivant de loin comme tous les charlatans et pour preuve estropiant effrontément la langue (3); des athlètes lourds, mal léchés et vantards (4); des fous tour à tour malicieux et d'une bâtise stupide, et toujours amusants (S).
L'erreur d'Aristote sur l'origine dorienne du nom de la comédie avait selon toute apparence une tradition historique pour cause première. Tous les écrivains de quelque autorité sur ce sujet, s'accordent à dire que la Muse comique avait d'abord parlé le dorien (6), et des faits constants rendent cette initiative de la famille dorienne au moins bien vraisemblable. D'abord, lesSiciliens cultivaient la danse, d'où le Drame devait sortir par la seule force des choses, avec une passion
' AO(iiw)an »w|Au($ûv xo)e(ô^ iî'p)WiQ i (««Ti)ff«v- piutarque, lycwrgi Vita, çU. jivii, par, 4 ;
^jtav a\txi») Tfiv 'Ixaptiuv, tû^évio; lowtafiw9^\ Vitae, p. 60, é4> Dîdot,
B5ckh, Corpus inscripHonum graecarum, (3) Athénéç, L i.
t. Il, p. 301. h) Athénée, 1. 1, p, 19Ff
(1) De là les cornes, les oreilles d'âne que (5) Hésychius, t. II, col. 632, et Photius,
l'on donnait encore souvent aux masques et Lexicon, p. 236.
aux personnages comiques : voy, Fiooroni, (6) Dioscorides, ép. xxix , l'appelle Aw^iç
le M(i9chere scenichej, pi, vin, flg, % ^ pi, MoOa«* Théocrite n'était pas moins explicite,
xxp, fig. -i, et pi, Lv, fig, 3. ép. xvii , V. 1 : "Ati fwvà Adipioç ; et le Sco-
(i) Athénée, 1. xiy, p. 621 D ; l'adresse liaste d'Aristophane, adoubes, y. 1154, di-
était un de leurs devoirs de bons citoyens ; sait'.XopwfiictçiicXoxftîfifrcaixal^iaXixTuAwçl^
devenue proverbiale (1) ; le Ghœar, la forme première de la poésie dramatique en Grèce, avait pris en Laconie tant de régularité et d'importance que les dieux en recommandèrent rimitation même aux Athéniens (2), et à une époque antérieure à toutes les autres traditions du théâtre grec, on y jouait déjà une espèce de comédie (3) où des personnages réels étaient imités (4) par des acteurs portant un masque (5). C'était surtout la contrefaçon moqueuse de quelques individus grotesques (6), une caricature vivante , sans beaucoup d'esprit et sans grande pensée, qui eût beaucoup plus égayé les gens grossiers que les esprits délicats, si tout le monde n'avait été bien décidé à s'amuser à tout prix pendant les Bacchanales. Elle resta pendant longtemps plus personnelle que générale, plus improvisée que réfléchie, probablement même plus mimique que parlée ; mais quoique encore bien enveloppée et bien incomplète, c'était enfin la vraie comédie : elle saisissait le ridicule sur le vif et le représentait gaiement, sans autre but que de le livrer à la risée.
Comme il arrive presque toujours pour les origines littéraires, les premières ébauches de la comédie grecque ne nous sont pas parvenues : on ne songe point à noter des bégaiements
(A\ ZixcXiÇdv tô J^tlo^i ids^ toI; ««Xaiolç ; Sri tl$6( ti xtaji-wilaç loti xaXo6|uyov ÀixijlLmfiv
Athénée, 1. i, p. 22 C. xoii M'.i&Y)^«iy ; s« v. Suffî^ioç; t. Il, p. i, col.
(2) Démosthènes , M Jftdtafn, p. 531, et 852.
l'expression dont l'Oracle de Delphes se servit (4) Mi|«.ii)^ôç ne signifiait pas sans doute un
rend ce fait encore plus remarquable : iomyat simple Pantomime, puisqu'Uésychius et l'E-
xopdv Le Chœur avait été d'abord chez les tymologicon magnwn expliquent Mi(ialiâvt(
Doriens consacré à Apollon , le dieu de la par rc-]fi«yoxfi|iiai-
guerre, le défenseur, 'AiciXXwv, et lorsqu'on (5) Atixc^ivral vient certainement de itU
l'introduisit dansle culte de Bacchus, on vou- xijXov, AtlxtXa, Masque ; dans Hésychius, t. I,
lut marquer, par l'arbitraire et le désordre, la col. 903.
différence de la fête et des dieux. Si les Bac- (6) Un témoignage curieux de la popula-
chanales ne furent jamais admises à Sparte, rite de cette comédie chez les Doriens se
on les célébrait dans le reste de la Laconie : trouve dansDiodore de Sicile, 1. XX, ch.Lxm,
voy. Pausanias, 1. III^ ch. xm, par. 5; ch. par. 2. Il dit qu'Agathoclès, le général sy-
XX, par. 4 ; ch. xxii, par. 2 ; ch. xxiv, par. 3, racusain, contrefaisait, même dans les assem-
et 1. IV, ch. XXXI, par. 4. blées publiques, les gens ridicules et faisait
(3) Suidas dit d'après le livre de Sosibius, rire le peuple xa6àic(p tivAtûv ^OoXô'fwy ^ ttcu|L«. De ludismimicisin Laconiaoîimcelebratii, toicoiûv •cM^oûrra;; t. II, p. 390, éd. Didot.