CHAPITRE Ht. LA OOMÉDIE DORIENNE
insignifiants, et les essais mal venus, que des inspirations plus heureuses font bientôt trouver encore moins satisfaisants, sont bien vite oubliés. Mais d*assez nombreuses indications permettent, sinon d*en suivre Thistoire pas à pas, de discerner toutes ses causes, et d'apprécier ses diverses péripéties, au moins de s'orienter et de reconnaître à vol d'oiseau ses principaux développements. Sans doute par imitation des épisodes tragiques, Arion intercala dans les dialogues créés sur place par le peuple, des monologues en vers, que pour s'y livrer librement à une gaieté sans vergogne il faisait réciter à des Satyres (1). Anthéas de Lindos (2), et THydriote Evagés (3) voulurent aussi s'inspirer d'avance de l'esprit des Orgies, et préparer des sarcasmes, auxquels ils donnaient comme aux chants phalliques une cadence musicale; mais ces tentatives incomplètes ne pouvaient réussir. L'énergie du geste, l'émotion vibrante de la parole, l'imprévu et la vérité de la bataille en faisaient le principal charme, et la foule préférait à d'élégantes épigrammes aiguisées à loisir, de grossiers, mais vivants impromptus. Les chants anciens s*accourcirenf mémede plus en plus, et ne furent plus à leur tour que des intermèdes (4). On rendit à la forme sa liberté d'allures et sa verve, et Ton prétendit avoir vraiment quelque chose à dire : la Comédie prit possession d'elle-même ; elle suivit d'un pied léger sa propre voie et rompit avec les traditions de la fête. Ces conversations de rencontre qui changeaient si délibérément d'interlocuteurs et de sujet, se suivirent sans in-
( 1 ) ZctO^u^ eWeytyxdv (|A{«,ct^ Xi^^v'^'^f * Suîdas, s. V. 'Açlwv; 1. 1, p. I, col, 716, éd. de Bemhardy . Arion était né à Héthymne et vivait dans la xxxviii^ Olympiade ; il passait pour avoir distingué le premier les diverses parties du Chœur par des personnages différents et y avoir ainsi introduit un véritable dialogue. C'est à Corinthe que furent introduits ces perfectionnements: voy. Hérodote, 1. I, ch. XXIV, p. 7, éd. Didot.
(iS Athénée, 1. x, p. 445 B.
(3) Etienne de Byzance, p. 724. Peut-être
faut-il ajouter Timocréon, de Rhodes, qui avait , selon Suidas , composé des comédies venimeuses.
(4) Les chants phalliques se retrouvent même encore dans Aristophane , Achamenses, V. 263-279. H. Reinhold a supposé beaucoup trop de régularité et d'importance à cette tradition lorsqu'il ^ dit : Klar geht hieraus hervor, dass die Comfidien der Alten eine Art Vaudeville viraren, oder Singspiele ; Ueher die Amcendung der Musik in den Comôdien der Alten, p. 9.
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terrupUoiif souTent même se continaërent, se rattacbèrenii on semblant d*actioii, et il se trouva des comédiens pins sensibles aux mérites delà mélodie etmienx doués que les autres, qui versifièrent, an moins approximativement, leurs improvisations (( ) . Ce fut d*abord sans doute au détriment du Drame : incapables de lutter avec eux de facilité et d*entrain, les acteurs secondaires se bornaient à leur donner la réplique, et les pièces se composaient d*nne succession de monologues très-imparfailement liés par quelques pbrases (2). Mais il arriva enfin, notamment à Sicyone, que les fournisseurs babituels des Bacchanales conçurent quelque ambition littéraire ; ces dialogues à un seul personnage leur parurent trop rudimentaires, ils y mirent plus de mouvement, de variété et de mesure : les acteurs en sousordre eurent aussi un vrai rôle, et Ton ne compta plus sur les hasards de Timprovisation que pour des développements épisodiquesott des accessoires à peu près superflus (3). Les anciens costumes convenaient aux fantastiques mascarades de la fête ; mais ils choquèrent le bon sens public quand la comédie eut acquis quelque indépendance et représenta des personnages réels. Phormis, de Ménalos, s*affranchit d'une tradition qui n'était plus qu'une mauvaise habitude , et revêtit tous les acteurs d'un manteau blanc qui leur descendait jusqu'aux pieds (4) : ce n'était pas encore le costume du rôle, mais c'était déjà un uni-
(1) Sooliaite de Denys de Thrace; dam toutes ses pièces ; GMcAicAto (f«r drofiMli- Becker, Arwcdoia grcuca^ p. 748. Delà ce schen Dichtkunst, t. II, p. 25. H. Meiueke passage de PoUux, 1. iv, par. 113 : rnjom croit au contraire qu'il en employait deux ; pdcTv, vocaverunt alternisrespondere iambis, Hisioria critica comicorum graecorum^ et rem ipsam orixop^uOlav. C'est probablement à p. 25. Mais le passage du grammairien anol'imitatioa des poètes doriens que Sousarion nyme sur lequel ils s'appuient tous deux, dit vers! n ait ses com'édies : Stobéc (Johannesde seulement : Ol (ictpl lojoraçluvs)-- -es «pôvuv* Stobi) nous en a conservé quatre vers {Flori- m^^tov àtsxTWf» ï)e Comoedia , p. xxxii. Nous legium, fol. 389B, éd. de Gesuer, Zurich, avons, comme presque tous les critiques pos- 1543), et Bentley en a sgouté un cinquième térieurs à Pearson, substitué £ouo«^i««ya à la dans sa Dissertanon *Âpon Phalaris^ p. 144, leçon littérale Sawwplwva.
éd. de 1777. (3) Athénée, 1. xnr, p. 622 C,
(2) Selon M. Bode, Sousarion n'aurait pas (4) 'ExH<»^ ^^ «pûTo^ ly$ûi&«t «o^pci xai même employé d'acteur et aurait joué seul 9xi|vijj S»piAdiTwvfoivi«fiM* Suidas, s* v. ^ô^l&oc-