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CHAPITRE III. LA COMÉDIE DORIENNE

Ions et les faire guerroyer avec leurs poux (1), Il y avait des portefaix qui soufflaient, geignaient, changeaient leurs fardeaux d'épaule et se livraient à de bruyantes incongruités (2). On courait sur la scène avec un gros phallus cousu à sa ceinture ; comme dans les parades de nos foires, on renforçait les plaisanteries de coups de bâton et Ton criait lou ! lou ! en agitant des torches (3). A Mégare, ces grosses gaietés semblaient naturelles. Le respect d'aucune convenance n'y modérait les hardiesses des Orgies ; aucune habitude de décence ou d'atticisme n'y forçait les poètes de surveiller leur fantaisie et de lui serrer la bride : chacun devenait excessif à son aise, se débraillait et multipliait les acteurs selon son bon plaisir (4).

Malgré les innovations de Phormis, c'est à un de ses contemporains, de race dorienne comme lui, à Épicharme, que les ' Anciens attribuaient Tinvenlion définitive de la Comédie (5). Peut-être même le théâtre se dressait-il encore de son temps, au moins en Sicile, sur de simples tréteaux (6); mais devenu plus vaste, il se prêtait mieux aux exigences d'un drame réel (7). De nouveaux ornements mieux entendus en relevèrent l'impor-

(i) Aristophane, Pax, v. 739. à M. Bernhardy, Grundrisê der griechischen

(2) Aristophane, Ranae^ v. 3-iO. Litteratur, t. II, p. 89i , que les peintures

(3) Aristophane, NubeSy v. 537-543. des vases étaient, au moins pour la plupart^ (ij Anonymus, De Comoedia, p. xxxii, des œuvres d'imagination. Ainsi , par exem-

éd. de Kuster. pie, on a vu une scène de VOéphaistios dans

(b) Xw-zijp ô xàv xM^iaiiav wp«v 'EsixapH-^Ç* l'oiybaphon du Louvre (Musée de Charles X,

Théocritc, épigr. xvii, v. 1. Voy. aussi Sui- n* 3402), publié par Miliin, Monuments an-

das, 8. «., et Cramer, Anecdota graeca, tiqueSy't. I, pi. ix, et par Millingcn , Va^es

t. lY, p. 316. Aristote dit seulement que la de sir CoghiU, pi. vi, et il y a aussi dans ce

Comédie était originaire de Sicile {Poeticaj Musée (n** 3301) une coupe à figures rouges

ch. v, par. 3), et Ton sait par Épicharme où la même scène est représentée d'une ma-

Ini-méme qu'Aristoxène, de Séiinonte , com- nière toute différente. BÔttiger. qui n'en tirait

posait avant lui des comédies en vers ïambi- pas les mêmes conséquences que nous , avait

ques ; dans Héphaistion, Encheiridionf p. 4 5, déjà remarqué, De quatuor aetatibus rei sce-

éd. de Gaisford. nicae, p. 5 et 6, qu'onne trouve assez fréquem-

(6) Dans plusieurs peintures que l'on croit ment dans les peintures des vases ni le masque,

gàiéralement se rapporter aux comédies d'R- ni le cothurne, ni rieu de ce qui caractérisa

picharme, les acteurs montoiit par une échelle depuis Thespis les représentations scéniques.

sur un échafaud qui sert de théâtre : voy. (7) Voy. les deux fragments du ©êapol con-

eolre autres d'Hancarville, Antiquités élrus- serves par Athénée, 1. ix, p. 40 8D, et 1. vni,

ques, t. III, pi. 108 Mais l'Art était si libre p 362 B ; dans Krusemanu, Epicharmi frag-

en Grèce, qu'il nous semble probable comme menta, p. 46.

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tance (1), et ftu llôu de se dispersera l'aventare (2), les diffé* rentes scènes se lièrent vraiment les unes avec les autres , se subordonnèrent pins étroitemelit ft Un sujet (3) et développé* rent une action (4). Ce faiseur de comédies ne fut pltis un bouffon de la cfinaille» riant et gueulant avec elle, buvant dans son verre en s'inspirent aveuglément de ses idées comme un écho, mais un artiste personnel, réfléchi, peut-être même trop sérieux. Il professait la doctrine dePythagore (5), et les anciens philosophes croyaient avoir charge d'âmes : las cience leur semblait un sacerdoce. Ses études sur la nature des chot^esTavaient conduit à s'occuper de médecine (6), et en la pratiquant au lit des malades il avait appris à ressentir les maux de ses semblables et à s'inquiéter de leur bien-être. Son caractère, les tendances de son esprit et les habitudes de sa vie, tout le pous*' sait à refréner les licences de la Comédie, à mêler au bruit de ses grelots et à ses éclats de rire quelques intentions didactiques et morales (7). Mais on ne retrouve pas dans un âge plus mûr le rire franc et vif de ses premières années : par souvenir, plus encore que par habitude, le peuple tient obstinément à ses anciens divertissements; il se roidit contre les changements mal avisés et se refuse à goûter les nouveaux plaisirs qu'on lui impose. Épicharme n'aurait point réussi à transformer en comédies littéraires les gaietés dévergondées des Bacchanales, s'il n'avait pas intéressé à soil entreprise les sentiments de ses compatriotes et donné une plus complète satisfaction à leurs

Ci) Athénée, l, l, viiae, 1. vm, ch. 79 : voy. tiarleis, De Epi-

(2) OuTo< ( 'Eiïlxopuo^ ) irpûToç vr^v xta>{iiM&iav c^rfno, p. 13; GrTsttr, De Dorienéium cO' ^uppi|ik|Aiin]v àvixnicraTo isoUà 'K^9(f\'kfmx^\ac^ - mofidia, p. 101, et Muller, Dt> £)>oft0r, t. Il, dans Meineke , HistoHa critica cùfnicorutn p. 350.

graecorwn, t. I, p. 535. (5) Diogène de taërte , l, t. ; Pline, tiis-

(3) MûOouç -Bouiv, dit Aristolej Poetica , toriae naturalisï. xx, ch. 34, 36.

ch. V, par. 5. (7) Théocrite ne craignait pas de dire dans

(4) Aristote a expliqué le sens de MûOoç : tine épi gramme (xvi», t. 9) qui devait être c'est «pàÇtojç |il|*ii<riç , ïwOiffu Tûv it^^^itm. inscrite sur la statue d'Êpicharme i Ibidem, th. VI , par . 8 . n,^^4 ^ ^^^^ ^^^ ^.^ ^.^^^ ^^^ ^

(5) Diogene de Laerte ^ Phtloaophorum MiYaXa xipiç aitÇ.

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