‹ Histoire de la comédieChapitre 34 sur 116 · CHAPITRE III. LA COHÉDIB DORIBNNE. S · texte numérisé non relu

CHAPITRE III. LA COHÉDIB DORIBNNE. S

idées. L^esprit sérieux et natareUedient élevé ded Doriens faci^ litait sa tentatire. Ils plaçaient aa premier rang des biens Tordre politique et social, mais un ordre intolérant et factice, Tordre selon la loi, et une police plutôt qu'un gouvernement. Tout progrès leur semblait une révolution, et toute révolution, une catastrophe. Dans leur terreur des innovations ils s'étaient épris d'amour pour les vieilles choses et les sentiments antiques : Tutopie de leurs hommes d'État était de prendre l'histoire à rebours et de tourner le dos à l'avenir. Ils ne tenaient au pressent que pour l'amour du passé et par esprit conservateur. Leur patriotisme n-en était pas moins ardent; il ne comptait pas plus avec leurs intérêts qu'avec le bonheur de leur famille , mais il consistait surtout à détester les étrangers. Âiissi peu disposés à communiquer leurs idées qu'à bien accueillir celles des autres , ils se contentaient de leurs sentiments comme un moine se contente de ses croyances, et vivaient pour eux seUls quand ils n'avaient pas à mourir pour tous. Ils devenaient passionnés dès qu'ils n'étaient plus indifférents, Voyaient de pré^ férence, par un instinct de race, le grand côté des choses, et poussaient droit à leur but sans détourner la tête. Les femmes elles-mêmes s'exposaient au grand soleil ; elles marchaient dans la vie hardiment , les pieds nuS, et endurcissaient jusqu'à leur pudeur. La nature aidant, ce régime avait produit des carac* tëres virils et roides , des intelligences étroites , des mœurs austères et monacales. La Comédie d'un peuple préoccupé à ce point des nécessités de Tordre et si fanatiquement attaché au passé, devait avoir des visées morales, préférer les sujets posthumes et s'attaquer aux choses du jour à travers des personnages antiques. Mais au moment où Êpicharme Tapprenait et la perfectionnait à Mégare (i), une aristocratie violente y domi-

(1) Né probablement à Co«, il se retira à la première année de la lxxiiî* Olympiade, Mégare en Sicile avec le tyran Cadmus dans et y resta quatre ou cinq ans jusqu'à sa des-

nait à son profit, et n*eût-elle pas été aassi oppressive qae Test nécessairement tout poavoir sans confiance dans son principe, entourée comme elle Tétait de démocraties hostiles et turbulentes, elle aurait senti sa suprématie trop mal assise pour laisser discuter librement ses actes et diffamer ses intentions. Il eût été bien périlleux, peut-être même impossible, de l'exposer sur des tréteaux comme sur un échafaud et de la livrer elle et ses ministres à la risée publique. La Comédie avait dû se conformer à la condition qui lui était faite, se détourner en apparence du présent, s^expatrier ou se vieillir, et lorsque après la destruction de Mégare, Épicharme se fut réfugié à Syracuse, il y trouva la tyrannie non moins soupçonneuse de Hiéron. Peu préparé par ses habitudes de discrétion philosophique à fronder le pouvoir et à manquer de respect aux faits accomplis, il s'interdit des innovations hasardeuses, et^ tout en devenant plus réservé, plus élégant, plus solennel (1) et plus prêcheur, il resta fidèle à une forme éprouvée par le succès et continua à Syracuse la comédie de Mégare.

Les dithyrambes licencieux des Bacchanales ne convenaient pas plus aux comédies pédagogiques qu'il avait dans la pensée qu'à son esprit observateur et froid : ce fut l'épisode dont à l'exemple de ses devanciers il fit la pièce. Il donna comme eux plus de suite, plus d'unité et plus de corps à ces dialogues désordonnés, que chacun avait d'abord improvisés au hasard. II conserva seulement les cortèges bigarrés en possession d'amuser le public; mais il les rendit moins arbitraires, il en

truction, par Gélon. Il viut alore à Syracuse l'élévation de son talent et la nature du public

et y passa sous le gouvernement de Hiéron les auquel il s'adressait plus particulièrement,

années les plus actives de sa vie, cultivant rendaient ses plus Tives gaietés à peu près

avec une liberté relative et sans doute per- inofTen^ves.

fectionnant la comédie qu'il avait déjà cul- (1) Des formes dramatiques plus régu-

tivée à Mégare. Les tyrans, toujours si 'me- lières étaient déjà connues à Syracuse : on

nacés, de Syracuse ne pouvaient permettre à sait même que plusieurs pièces d'Eschyle y

la joie publique d'être si libre et si hardie ; avaient été représentées, mais le caractère philosophique d'Épicharme,

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