CHAPITRE III. LA COMÉDIE DORIENNE
régularisa les costumes et les appropria à sou sujet. Tous les masques de?inrent des acteurs, nécessaires au moins coAime accessoires, et ils parurent à ce titre sur le théâtre (1). La plupart de ces nombreux figurants ne pouvaient cependant jouer an rôle bien actif; ils ajoutaient seulement à la dignité des vrais personnages et à l'intérêt du spectacle, ou à sa vraisemblance. Ainsi, par exemple, le Mariage (THébé finissait, à l'instar de tous les mariages, par un grand banquet, et les spectateurs auraient été surpris avec raison de n'y pas voir assister tous les dieux de l'Olympe avec leur appareil de fête. Épicharme cherchait à employer profitablement ces restes des anciennes Pompes et à n'en pas décorer seulement le théâtre comme d'une tapisserie à personnages. Le plus souvent sans doute, ils participaient réellement à la pièce par des chants en chœur (2), ou des danses mimiques (3), non dans un intermède plus ou moins inutile qui en eût retardé la marche, mais dans une scène, inhérente au sujet, qui concourait au dénoûment. Dans la comédie, célèbre entre toutes, dont nous venons de parler, Minerve accompagnait sur la flûte une danse de Castor et de Pollux (4) , où se mêlaient probablement plusieurs personnages en sousordre, et dans une autre, le Glorieux^ Sémélé dansait au son de la cithare avec ses compagnes (5). Cette multiplicité d'acteurs permettait de traiter des sujets plus variés et d'introduire plus de mouvement dans l'action : le dialogue ne fut plus une sorte
(1) A Athènes, au contraire, les Phallo- Xenocrates satyras : Apuleius Tester haec phores et même les Ithyphalles n'y parais- omnia noTemque Musas pari studio colit. salent que par exception, et figuraient régu- (3) C'est une conséquence de leur prélièrement dans l'orchestre. sence sur la scène, et Aristote disait en par-
(2) Les sept Muses, qui jouaient dans le lant de la Comédie, dont .il attribuait l'in- Mariage d'Hébi un rôle assez important pour yention à Épicharme, qu'elle ayait été d'abord l'avoir fait quelquefois désigner par leur dansée ; Poetica , ch. iv , par. i 4 : Toy, nom (Moûoai ou plutôt Mû^ai ; dans Athénée, aussi ci-après note 5.
1. m, p, 85EetllOB; l.Tii, p. 282D;etc.), U) Athénée, 1. nr, p. 184 F.
oe permettent pas d'en douter, et Apulée (5) Athénée, 1. ly, p. i83C. Il y avait
disait, Florida, par. 20 : Canit enim Empe- aussi certainement des ballets dans les Dan-
doeles carmina, Plato dialogos, Socrateshym- aeurs et dans le Chant de victoire.
nos, Bpicharmus modos, Xenophon historias,
de duel monotone entre deux interlocuteurs, également spirituels et mordants ; les «cènes jse diversifièrent , se compliquèrent (1], et aucune tradition littéraire, aucune convenance théâtrale n*empécbait .tous les personnages d'y prendre la parole (2). Sur les Irente-^six comédies dont les noms nous ont été conservés (3), à peine en est-il une«QUle dont Iç v;rai sujet se laisse deviner avec quelque certitude : les fragments sont si rares (4), si courts et pour 1^ plupart si généraux ou si descriptifs, qu'ils nous renseignent tout au plus sur les habitudes de style et la manière d'Épicharme. En accordant aux peintures des vases une confiance au moins exagérée, les archéologues ont cru cependant reconnaître dans Vulcain ou les Célébrants de la fête^ deux légendes populaires du dieu de Lamnos : sa relégation sur la terre pour avoir trop failli à ^a divinité en enchaînant insolemment sa mère sur un trône mécanique inventé tout exprès (5) , et son rapatriement ^dans l'Olympe par une joyeuse Orgie, un jour où avec l'oubli de toutesxhoses le vin avait amené le pardon des injures (6). Le sujet du Mariage
(1) Un vers de VÂmycus cité par le Sco- M. Bernhardy , Allgemeine Encyclopàdie , liaste de I'^jVm:, V. 737(722), i« section, t. XXXV, p. 354, dont il faut *X^\iKt, ^Tn *\iBtè^l noi xw «piffSÛTtçov àîtXoedv • même certainement retrancher lis Muses qui Sophoclis opéra, p. 44, éd. de Henri Estienne n'étaient qu'une seconde édition du Mariage (noi^s avons écrit t*oi au lieu de i^oy, d'après d'Hébé : ce qui en réduit le nombre au Suidas, s. v. KuîqtÇexai, et remplacé chiffre donné par Lycon. Nous ne voudrions R^cXf&y par la leçon de PorsQn), nous apprend pas même affirmer 'que toutes les autres fusqu'il y avait au moins trois acteurs en scène, sent réellement difi'érentes, puisque le K^^mo^ Dans le Mariage d'Hébé j les personnages Tal î "Açaiaw? était quelquefois appelé "Hfoç étaient trop nombreux pour que plusieurs ne ^tqtôç ûisô ulioç-
se trouvassent pas à la fois sur le théâtre : (4) La seule collection que nous connais- Jupiter, Junon, Hercule, Hébé, Minerve, sions, celle de M. Kruseman, Harlem, 1834, Castor , PoUux et les sept Muses y avaient est fort peu satisfaisante : voy. Welcker, certainement un rôle. Kleine Schriften, t. I, p. 268 et suiv. et
(2) Il n'y avait point, comme à Athènes, Ahrens, De Dialecto dorica , appendice i. de raisousou d'habitudes de mélopée qui obli- Probablement il s'en trouve une autre dans geassent de restreindre le nombre des inter- un livre que nous n'avons pu consulter : Tilocuteurs. ritto, Saggio storico sulla vita di Epicarmo
(3) Suidas lui en attribuait cinquante- coi frammenti délie de lui opère, Palerme, deux et l'Anonyme de Kuster, quarante; 1836.
mais nous ne regardons comme authentiques (5) Voy. d'Hancarville, Antiquité? éPrus-
que celles qui se trouvent dans le catalogue ques , t. III , pi. cvin. de M. Bergk, Commentationum de r^liq^Hs (6) Voy. Pausanias, l. I, ch.w» P*r. 3. comoediae atticae antiquae p. 149, et de