CHAPITRE IV. LA COMÉDIE A ATHÈNES
tion (1 ). Toute nidimentaire que fût oette comédie sans mouvement, où les monologues succédaient uniformément aux monologues, elle résista assez longtemps aux perfectionnements des novateurs: car cinquante ans après, quand Thespis commença à travailler pour le théâtre, TÂrt dramatique en était encore à ces premiers bégaiements. Bien des restes de cette comédie primitive se retrouvent même encore dans la comédie d*Aristopbane : Tancien banquet en est toujours censé un des éléments essentiels (3) ; on y confond, comme autrefois, la pièce et la fête (4) ; on y chante une hymne à Bacchus entremêlée des plus mordantes attaques (5), et il avait fallu que les imitations deSousarion eussent malgré leur imperfection acquis une , popularité singulièrement vivace pour qu*il en subsistât encore .quelques restes après tant d'heureux changements dans la célébration de Bacchus (6). Les circonstances avaient d'ailleurs bien peu favorisé les progrès de la comédie : pendant la longue tyrannie de Pisistrate et de ses fils, les portes de la ville durent rester fermées à une forme de poésie si essentiellement libre et si' caustique, et les habitants des champs se contentaient aisé-
(4) npûToy ouv £ou9«fU(v ttç -c^^ i|iiiLiT^^u xw|aw- Athénée, 1. ix, p. 368 D, avec la correction
jiaç àf^^ôi iTivcTO ; ScoUasle de Denys de de Jacobs, et Bergk, Commenlationes de re-
Tfaraee ; dans Becker y Anecdota graecOf liquiis Comoediae antiquae,p. ZA2, p. 748. D'abord sans doute il improvisait ses (4) Aristophane, Ranaet v. 370. Tei-s sur place (oiÙTo«rxtîià<rjiaioç, dit Aristole, (5) Ranae, v. 418; JVuôm, v. 1098-
Poetica, ch. iv, par. 5), puis il les prépara et 1101 : voy. Athénée, 1. xiv, p. 622 D, et
les polit à loisir. Otfried Miiller, dans le Rheinisches Muséum j
(2) Malgré les seize poètes tragiques anlé- *• V, p. 342-^47. rieurs dont la tradition avait conservé les (6) H y avait encore du temps de Démosnoms, il nous semble impossible de ne pas thène des troupes de comédiens qui couattribuer à Thespis la première constitution raient la campagne, jouant de place en place, de la tragédie : voy . Plutarque, Solonis vila, et il nous a conservé le nom du méchant poète ch. •xHx; Thémistius, Discours xxxvi , qui les fournissait de pièces; De Corona, p. 316 ; Diogène de Laërte, l. m, par. 56, par. clxxx, p. 152. L'ancien usage de consel ce passage si positif de la Chronique de truire expressément pour chaque fête des Paros : «oûtoç Sç l^iJoÇs îe«iia Iv iaxii. échafauds temporaires subsista même jusqu'à
,«x .« . ^ « • t- '* • t ^»« la fin : Nam scena de lignis tantum ad tempus
(3) Et« «i icpo, To 5.t^ov ,1$, «tÇoj^i . eic. ^^^^^^ ^^^ ^^^^^^^ permansit consuetudo,
Aristophane, Ecclesiazusaty v. 1149. ^^ componantur pegmata a ludorum theatra-
Voy. aussi Achamenses, v. H 55 ; Plutar- Uum editoribus ; Servius, ad Georgicon 1. m,
que, Lucullus.ch. xxxix ; Yitae, p. 618; v. 24.
288 LIVRE ly. COMÉDIE GRECQUE.
ment des odes naïvement obscènes et des rustiques plaisa^teries dont s'étaient amusés leurs pères.
Près d'un siècle après Sousarion, on trouve enfin la vraie comédie à Athènes. Plusieurs poëteà comiques sont môme connus {i ) ; mais quelques litres (2) et quatre ou cinq vers sans suite, souvent même incomplets, n'apprennent à peu près rien sur la nature des pièces, ni sur l'art des auteurs. Heureusement les simples enseignements du bon sens suffisent : les poètes, qui, grâce à un esprit plus inventif et une humeur plus pétulante, avaient pris la gaieté publique à leur charge et menaient les Bacchanales, étaient facilement poussés à des excès d'imagination et des vivacités de parole, et la foule acceptait, sans autre exigence que son plaisir, leurs inventions les plus audacieuses et leurs plus violentes satires. Sous leur direction, si l'on peut appeler ainsi le laisser^aller et le caprice, la Comédie devait se transformer et s'ouvrir des voies nouvelles. Ce ne fut plus ni la contrefaçon de mœurs et de ridicules pris sur le fait, ni le travestissement d'une légende connue depuis des siècles ; elle prétendit à plus d'initiative et d'originalité, voulut créer ellemême son sujet, et ne chercha plus dans les choses du moment que des allusions qui donnassent un peu de réalité à ses fictions et beaucoup plus de piquant à ses plaisanteries. Athènes était en ce temps-là une république illimitée où le despotisme de l'égalité n'était tempéré que parla licence de tout dire; la démocratie s'y croyait toujours en (îemeure de sauver la patrie, et elle la sauvait régulièrement tous les matins. Quand elle n'agissait pas, elle parlait; la parole était môme son mode d'action le plus ordinaire ; mais, sous une forme ou sous une autre, la politique était l'œuvre incessante des citoyens oisifs et le gagne-
(1) Chionidès , Magnés , Ecphantidès et cletise, et une appelée dans Suidas nuTaulSi;;, Charilus. que M. Bernhardy a proposé de lire TitoxîÎijç,
(2) On connaît jusqu'à quatre pièces de te Titacide : voy. Bâhr, ad Herodoti l. n, Magnés : Bacchus , Les Lydiens^ La Sar- c, 7 3 .