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CHAPITRE IV. LA COMÉDIE A ATHÈNES

comédie dorienne (1). Il copiait de vrais personnages pour s'en amuser plutôt qu'il ne créait des caricatures dans Tintérét de ses concitoyens; mais il brisait le miroir après avoir reproduit l'image, travestissait ses satires personnelles en peintures générales et s'engageait déjà, par tempérament et par goût, dans la voie toute littéraire que les circonstances politiques forcèrent la Comédie nouvelle de suivre quelques années après (2). Aussi acre, aussi ardent citoyen que Gratinus, Eupolis envenima comme lui la raillerie politique et la poussa jusqu'à l'outrage (3). Il ne craignit pas même de provoquer par sa comédie des Plongeurs (4) des ressentiments si acharnés que, par une lâche représaille attribuée à Alcibiade, peut-être parce qu'on le croyait plus capable qu'aucun autre d'un crime assaisonné de quelque esprit, il fut plongé dans la mer et y périt (5). En mettant une intention politique au fond de toutes ses pièces, en transportant les débats de l'Agora sur des tréteaux et jetant effrontément le vin qui restait dans sa coupe au visage des plus grands hommes de la République, Aristophane ne fit que se conformer aux traditions ; mais son exemple et sa renommée leur donnèrent une nouvelle consécration, et les conditions de la Comédie furent invariablement fixées. Un but politique en-

(i) Aristote , Foetica, ch. y, par. 6 ; Alionymus, Dû Comoedia^ p. 536, éd. de Meineke. D'autres poètes comiques d'Athènes, Antiphane, Eubulus et Alexis, imitèrent, et sans doute pour les mème^ raisons, la comédie dorienne.

(2) Voyez Aristote, Potiica, ch. ix, par. 3 . Cratès se fit connaître comme auteur dans la quatrième année de la lxxxu* Olympiade (449 av. J.-C), et était déjà mort dans la première année de la lxxxix* : on lui attribue sept comédies.

(3) Anonymus, DeComoediay p. 836, éd.

de Meineke.

(4) Bd«wi.

(5) Platonius , De Comoedia^ p. 532, éd. de Meineke. Le fait nous semble cependant

fort douteux, et nous y Terrions volontiers une tradition sans autre fondement qu'une prétendue menace d'Alcibiade (dans Cramer, Anecdota graeca Parisienaiat t. I, p. 17), dont on fit un distique qui notB^ a été conservé par Aristides, OrationeSy t. III, p. 444, éd. de Dindorf. Les renseignements siir Edpolis sont trop contradictoires pour qu'il soit possible d'en rien conclure de certain : on sait seulement que sa première comédie fut représentée dans la quatrième année de la Lxxxvu* Olympiade (429 av. J.-C.) et qu'il vivait encore dans la seconde année de la xcn (411 av. J.-C.). L'Anonyme loi attribue quatorze comédies; Suidas dix-sept, et les grammairiens en ont cité une vingtaine.

tranldans le vif des intérêts du moment; des ambitions d'utilité pratique qui retiraient à la poésie son indépendance et la subordonnaient à des effets de pamphlet ; des satires d'une violence impitoyable qui s'attaquaient aux idées à travers les hommes, comme si le poëte comique eût été un exécuteur des hautes œuvres appointé par la Patrie ; une absence systématique de vérité dans le sujet, de modération dans l'esprit et dans l'injure, de logique et de vraisemblance dans la mise en scène et la marche de la pièce, tels furent jusqu'à la fin les caractères bien exceptionnels et complètement athéniens de la Comédie ancienne. Ce ne sont pas seulement les comédies antérieures à l'influence d'Aristophane qui, sauf un bien petit nombre de vers, nous sont entièrement inconnues. Parmi toutes celles de ses contemporains, il en est à peine deux, la Bouteille de Gralinus (1), et les Peuples alliés d'Eupolis (2), dont on devine le sujet avec quelque certitude. C'est uniquement dans les modifications du Chœur que Ton peut, non sans doute suivre l'histoire de la Comédie athénienne, mais retrouver la trace de ses transformations et des développements de son idée première. Dans l'Attique, comme chez les Doriens, le Chœur était à l'origine ufi chant irrégulier où des voix avinées célébraient confusément, dans des vers appris d'avance ou grossièrement improvisés, les plaisirs de l'ivresse et la puissance vivifiante de Bacchus. Pour varier la fête et y introduire un élément plus joyeux et plus sympathique à la foule, de mordantes plaisanteries attaquaient aussi les spectateurs, toujours prêts à renvoyer l'injure, et la Pompe circulait de village en village au milieu des éclats de rire. Ces dialogues satiriques s'étendirent,

(1)I1vtIvi| : Toy. le Scoliaste ad Equités, 1832, in-8*, et l'article de G. Hermann, AH-

y. 399; Athénée, 1. xi,p. 494 C, etFritzsche, gemeine Schflizeitungj 1833, n" xin, réim-

Quaettionea Àrittophaneae j p. 257-280. primé en partie dans ses Opusatlaj t. V,

(2) àijiioi : Toy. la dissertation de Raspe, p. 288-299. De EupoUdu ah'moiz ac m'AEUN; Leipzig,

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