CHAPITRE IV. LA COMÉDIE A ATHÈNES
se multiplièrent, empiétèrent de plus en plus sur les chansons naïvement obscènes des Ithyphalles et les auraient bientôt complètement supprimées comme une vieillerie monotone, trop rebattue pour amuser désormais des esprits aussi vifs. Mais pendant les Dionysiaques s'organisaient d'autres processions volontaires, d'une inspiration plus élevée, plus vraiment religieuse, et que le peuple lui-même, quand il n'était pas tout à fait ivre, Qstimait davantage (1). Elles se composaient également d'un Chœur de chanteurs, mais plus régulier, s'arrêtant plus longtemps aux reposoirs qu'on préparait sur son passage ; par un souvenir vaguement conservé de l'extrême Orient ou quelque idée mystique dont la signification s'est effacée , il y tournait en cadence autour d'un autel, retournait en sens contraire (2), puis s'arrêtait (3), et toutes les voix réunies chantaient ensemble. Ces chants n'avaient d'abord été qu'une supplication ou un cantique d'actions de grâce , mais on ne tarda pas à évoquer l'histoire pour grandir sa reconnaissance ; on rappela les hauts faits du dieu et l'on raconta avec des formes dramatiques quelqu'une de ses épreuves. Dans les entr'actes de cette tragédie lyrique (4), pendant que les Choreutes reprenaient haleine, d'autres acteurs jouaient des intermèdes, tout remplis du héros de Ja fête (S), et ces scènes épisodiques, plus circonstanciées et plus vivantes, se développèrent insensible-
(i) M. Geppert a eu toute raison de le mann ; mais un passage de Diogène, de
dire : Die Komôdie stand bei deu Alten in Laërte, positivement confirmé par Thémistius
-weit geringerer Achtung aïs die Tragôdie; (Disc, xxvi, p. 316, éd. de Hardouin), nous
Die altgriechische Bûhne^ p. xvii : voy. Pla- semble décisif : "ûaiwp Jk xb icaXaiàv iv x^ tpa-
ton, De LegibuSf l. n; Opéra, t. II, p. 286. fa^ia icpôxepov jilv |X(ivoç 6 jp^ ^it5çai*|i.«i-
(2) C'est la signification littérale de Stro- t^v-, 1. ni,cb. 56. Cette opinion, soutenue par pbeet Antistrophe, ït^oçiS- Dans les sacrifices 0. Miiller, M. Bôckh , et M. Welcker {Nachordinaires on tournait encore du temps d'Âris- irag,^. 238, 267 et suiv.], avait également tophane autour de l'autel : voy. Pax, v. 957, été adoptée par Bentley ( DissertcUiode Phaet AveSy t. 958. laridis episiolia^ p. 154) et Tyrwhitt, Com-
(3) Cette partie du Cbœur avait aussi un mentatio, p. 131 : voy. aussi la note 1 , nom qui la caractérisait : l-càai^o^ , Fixe, Ira- p. 294, et la définition que Suidas donne des mobile. 0u(iieXixoi : Ol iy ûtcoxplm tîjv xijviiy Itci^tuvOiwvoi.
(4) Son existence a été niée par G. Her- (5) On sait même par Suidas, Photius et
ment, usurpèrent la première place et réduisirent le Chœur à ne plus être qu'un accessoire sans autre but réel que d*ajouter à la mise en scène. Mais son importance ne périt point avec son influence légitime : tout étranger qu'il fût devenu au fond de la pièce, elle continuait à lui être subordonnée; il s'y mêlait du dehors pour blâmer ou encourager les différents personnages, proclamait au dénoûment la justice des dieux et restait constamment en vue entre le public et le théâtre (1). L*esprit vif et littéraire des Athéniens goûtait beaucoup trop le burlesque et le piquant de la parodie pour que la Comédie ne se modelât pas sur la tragédie, comme sur une chose de même nature et n*en contrefît pas tous les rouages ; elle voulut avoir aussi ses figurants, ses passes et ses danses, ses chants alternatifs et ses allocutions épisodiq[ues (2). Naturellement le caractère en était bien changé : elles n'étaient plus ni lyriques (3), ni optimistes; elles continuaient avec des formes plus élégantes les grossières interpellations des Phallophores, expliquaient au Peuple les sentiments de l'auteur et lui prouvaient la justice de ses satires. Quelquefois même elles le prenaient audacieusement à partie et lui remontraient les duperies où il s'était laissé entraîner et
les iniquités qu'il avait commises. Mais, malgré les modifica-
tiens profendes de son idée (4), le Chœur de la tragédie resta
Zénobius que les spectateurs manifestaient par. 11%), et Aristophane faisait dire à un de
leur mécontentement en disant : OO^lv k^ tôy ses Chœurs .
àt«yua«y. Comme la plupart des adages popu- ,^5^^» ^^^^ ^^ «.«lorotç UU.|uv •
laires, celui-là aTait sans doute un double . ,
sens , et signifiait réeUcment : U n'y a là rien Acnamentei , ▼. »X7 .
d'amusant. L'accompagnement sur la flûte qui s'y mé-
(1) La place habituelle du Chœur était sur lait souvent (iceXX^nK ; Schol. odÀveê, t. 68t} les marches du thymélé, que VEtymologicutn ne prouve nullement qu'elle eût rien conserré magnum définissait, col. 458, éd. de Sylburg : de lyrique : on donnait aussi dans l'Antiquité TpAinÇ« ik ^t i?' ^f iviAtK Iv toTç dy^oiç ^^w. le ton aux orateurs , et nous ayons encore , (A^nou léCiv >afo6ai)< t^yi^«{. même au Théâtre-Français , des récitatifs que
(2) Pour le faire mieux comprendre, le l'orchestre accompagne.
Chœur changeait alors de place et se tour- (4) Le dialogue qu'Eschyle introduisit le
nait Tws les spectateurs ; Suidas , s. t. premier dans la tragédie n'est encore qu'é-
n«pi€«vi(; Schol. ad EqwteSf t. 512. pisodique : le Chœur restait si étroitement
(3) La parabase était même habituelle- uni à l'action qu'il faisait réellement la pièce, ment en vers anapestes (voy. PoUux, 1. rr, Dans Sophocle, il ne tenait plus au suget que