CHAPITRE IV. LA COMÉDIE A ATHÈNES. 2ft
Coryphée se tenait au centre, sans doute assis derrière le thyraéié, et se levait quand il devait intervenir dans le dialogue ou conduire les danses (i). Le théâtre proprement dit, le Logéioji (2) était, comme aujourd'hui, approprié au sujet par des décorations qui, conservant le nom des branches d'arbres, son premier et pendant longtemps son seul ornement, s'appelaient encore la Scène (3). Le fond représentait habituellement trois portes, dont la destination semble avoir été d'abord invariable : celle du milieu était réservée au Protagoniste (4) ; la porte à gauche servait d'entrée au second acteur, et l'autre, aux personnages tout à fait secondaires (5). Le théâtre était au midi de l'Acropole, et par allusion à sa position réelle, le côté gauche du logéion était censé aboutir aussi à la ville de la pièce , et le côté droit, à la campagne. On pouvait enlever une partie du fond et découvrir un autre décor (6), ou y rouler une machine qui s'ouvrait et laissait voir un intérieur (7). Il ne paraît pas que les coulisses fussent encore connues, mais trois châssis tournant autour d'un pivot enfoncé dans le plancher du théâtre, permettaient aussi de changer jusqu'à trois fois la décoration latérale (8). ,
Ces moyens de mise en scène eussent suffisamment pourvu
Su se plaçait alors le premier à gauche. (6) Celte décoration s'appelait 'eÇomtcp», de
De A<S-fO{ , Parole : on donnait aussi ce *£Ç et *û(it12^u, Pousser de.
nom au Barreau. (7) C'était r*EYxûx^T(l|Aa, deKux^iw, Tourner
(3) Plutarque disait dans Âratus^ ch. xxni, en rond : une porte tournait sur des gonds, par. 1 : 'Airô t^ç »xit>^ç sk H^iow icpof,>.Oe ; Ft'toff, (8) On les appelait IleçîaxToi, en latin Verp. 1236, éd. Didot : voy. ci-dessus, p. 266, surae. Une remarque de Servius, sur le v. 24 note 4 , et le passage de Servius, ci-après, du 1. m des Géorgiques t explique très-bien note 8 . deux de ces changements de décor : Scena ,
(4) Le principal personnage, littérale- quae fiebat, aut Tcrsilis erat, aut ductilis. ment Le premier concurrent. Yersilis tum erat , quum subito tota raachi-
(5) Pollux, 1. lY, par. 124 ; t. I, p. 424. nis quibusdam convertebatur, et aliampietu- Malgré l'indifférence des Anciens pour l'illu- rae faciem ostendebat : ductilis tum, quum, sion et par conséquent la vérité delà mise en tractis tabulatis, hue atque illuc species picscène, ces distinctions matérielles n'étaient turae notabatur interior. L'encyclème rencertainement observées que pour la pre- trait dans ce dernier genre. Voy. l'Excurmière entrée des acteurs, et devaient, même sus vu de Bôttiger, Die Aldobrandinische à ce moment, se subordonner aux convenan- Hochzeit , p. i 22- 1 24.
ces du sujet : voy. Stieglizius, /. /. p. 556.
à toutes les nécessités de sujets plus complexes, auxquels on n'eût pas systématiquement mesuré le temps et Tespace. Les Athéniens n'allaient pas d'ailleurs chercher au théâtre ces émotions prosaïques et nerveuses que recherchent des bourgeois fatigués de leur journée et désireux surtout de comprendre sans peine. Ils veulent croire au moins par moments à la réalité des personnages et à la vérité de leurs sentiments ; ils rient de leurs ridicules et sympathisent à leurs souffrances, comme s'ils les avaient véritablement rencontrés dans la rue. Pour les amuser convenablement il faut abuser de leur bonne foi et les prendre pour dupes. A Athènes, le sentiment littéraire et l'imagination des spectateurs étaient bien plus développés : si ingénieuse que fût une pièce, ils en saisissaient aussitôt l'idée et le but, goûtaient en artistes le bonheur de la mise en œuvre, et en hommes de parti toutes les malices politiques dont elle était semée. Ce plaisir, en dehors de la scène et pour ainsi dire personnel, était même le seul qu'ils pussent encore attendre: dans les conditions défavorables où la Poésie dramatique était obligée de se produire, une illusion un peu durable était presque impossible. Le théâtre n'avait pas de toiture (1),
(i) G. Hermann a soutenu que l'Hyposcénion, ce qui s'appelle aujourd'hui la Scène , était couvert ; mais nous n'en connaissons aucun autre témoignage que le vase de la collection Durand, qui a été publié par M. Lenormant dans sa dissertation Cur Plato Aristophcmem in Convivium induMritj et c'est sans doute une faute de perspectiTC. Le toit ne recouvrait que les décorations : on l'appelait 'Eviffxtlvioy ; ce qui naturellement signifiait , ainsi que l'explique Hésychius , m lici -rijc oxi)v^< xa.vf(&^\w. S'il eût couvert la logéion , il en serait résulté une obscurité relative , qui eût empêché de bien voir les acteurs et les aurait complètement cachés à la fin de la journée. Apulée dit d'ailleurs en parlant de la foule qui se pressait pour voir la représentation d'une comédie sur le théâtre d'Hypata : Necmora, cum passim populus procurrens cavae conseptum mira celeritate com-
plevtt, aditus etiam et tectum omne fartim stipaverant; Metamorphoseon 1. m. Ce toitlà ne pouvait pas couvrir la scène. Dans un plan du grand -théâtre de Pompéi, Mazois, Ruines de Pompéi, p. iv , pi. 31 , a encore supposé que le Proscenium était couvert ; mais on sait aujourd'hui, que malgré son zèle, son autorité d'archéologue est nulle. Il eût suffi d'ailleurs que la salle ne fût pas couverte, et le doute sur ce point est impossible.
Spectabat modo solus inter omnes Nigris munus Horalius lacerais , Cum plebs , et minor ordo, maximusque Sanclo cum duce candidus sederet.
Toto nix cecidit repente coelo ; Albis spectat Horatius lacerais ;
Martial, EpigrammcUum 1. iv, ep. 2.
Voy. aussi Calpurnius , égl. vn, v. 26 ; Stace, SylvaCy 1. m, sylv. v, v. 91, et Tertnl- Uen, Apologeticusy ch. vi.